Un meurtre n’est pas un accident

Hakim, élève au lycée Darius-Milhaud du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), est mort vendredi soir dernier. Il a été poignardé le matin par un autre élève du lycée, prénommé Islam.

Réaction immédiate du ministère de l’Éducation nationale : déclarer que le meurtrier n’était « concerné par aucun problème de discipline », dans des propos rapportés par l’agence de presse AEF.

Pourtant, lors du reportage consacré à cette affaire dans le journal de 20 heures de France 2, lundi 11 janvier, le procureur de la République dans le Val-de-Marne en personne le décrit comme un élève « violent, qui avait des problèmes de discipline », notamment au lycée Romain-Rolland d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) où il était passé précédemment. On comprend donc que, pour l’Éducation nationale, est « sans histoire » un élève qui n’a pas encore eu de problèmes dans son établissement. Dans lequel il vient d’entrer…

Rappelons en effet que cet élève était arrivé un mois seulement avant de commettre cet assassinat.

Il y a bien un décalage entre le discours officiel sur la violence à l’école, qui fait de chaque acte de violence grave un « cas isolé », et la réalité. En remplaçant il y a trois ans le logiciel Signa, qui comptabilisait tous les actes de violence grave, par le logiciel Sivis, qui se contente de donner des pourcentages, l’Éducation nationale a « cassé le thermomètre ».

On peut cependant penser, avec la multiplication des agressions ces dernières années, que la violence est en recrudescence à l’école, et qu’il va falloir y apporter des réponses. Sécuriser les établissements, comme le gouvernement s’y emploie, ne règle pas le problème de fond : pourquoi cet élève peut-il, alors qu’il est majeur et donc dégagé de l’obligation scolaire, passer de lycée en lycée, d’exclusion en expulsion ? Pourquoi n’a-t-il pas été écarté d’un cursus dans lequel il n’est manifestement pas à son aise ?

Autant de questions auxquelles aucun portique de détection de métaux ni aucune compagnie de CRS n’apportera de réponse. Avant qu’elles ne soient posées rue de Grenelle, la violence continuera.

Roman Bernard

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Les profs ont la parole (8)

J’ai moi même, l’an dernier, été l’objet de menaces. J’enseignais jusqu’en juin 2007 en section de BTS comme certifié en génie mécanique productique. Mon poste a été supprimé malgré mes 18 ans d’ancienneté dans le même établissement. J’ai fait le nécessaire pour effectuer une reconversion en mathématiques et j’ai été nommé en septembre 2007 en collège comme prof certifié de maths. J’ai perdu du même coup un métier que j’aimais, un contact avec les étudiants, mon ancienneté et j’ai gagné au collège, la violence, avec impossibilité de revenir sur ma discipline d’origine malgré leurs promesses initiales. L’an dernier, j’ai été menacé de mort par un élève de cinquième, avec dépôt de plainte à la police. Depuis que je suis au collège, j’ai été arrêté environ cinq mois sur deux ans avec quatre tentatives de suicide et surtout aucun soutien de la part de la direction du personnel du rectorat de l’académie de Reims, bien au contraire, j’ai été jugé coupable de la situation dans laquelle je me retrouvais. Depuis septembre, je suis en disponibilité pour convenance personnelle afin de fuir cette situation que je ne peux maîtriser. Pour des raisons financières, j’ai repris les cours en collège le 4 janvier 2010. Je croise les doigts, je ne souhaite pas retomber dans cette spirale. Malheureusement, je ne suis pas tout seul et j’ai d’ailleurs perdu un collègue en septembre 2007 (suicide). Dans les collèges, les dépressions sont monnaie courante. Le plus dur, c’est surtout de n’avoir aucun soutien de la direction du rectorat. On est vraiment peu de chose, juste un numéro : le Numen.

J’espère sincèrement, que les choses vont évoluer, car si le climat de travail est de plus en plus mauvais pour les enseignants, il l’est aussi pour les élèves. Ces élèves qui bientôt dirigeront notre pays.

Il y aurait beaucoup de choses à dire, mais rien ne bouge. Alors, si ce témoignage pouvait aider à faire avancer les choses… Une autorité reconnue chez l’enseignant, un soutien de la part des directions, une reconnaissance du métier d’enseignant.

P.B.

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Ce que vont apprendre vos enfants en cinquième l’année prochaine…

Ci-dessous, le contenu d’un courriel que nous a envoyé un professeur d’histoire-géographie.

Madame, Monsieur,

Je vous fais part de mes surprises en lisant le Bulletin officiel (BO) d’histoire-géographie et d’éducation civique de l’année prochaine en cinquième.

Comme dans le programme actuel, l’Empire mérovingien passe complètement à la trappe en sixième comme en cinquième, mais Clovis avec ! Fini donc le baptême de Clovis qui ne sera même plus évoqué officiellement durant tout le collège ! Par contre ils étudieront l’Inde des Guptas ou la Chine des Hans, ainsi que l’empire du Ghana ou l’empire du Mali, ou l’empire Songhaï ou le Monomotapa.
Ne m’en demandez pas plus, je ne connais évidement rien sur ces derniers empires…

Le programme de géographie en cinquième est assez hallucinant… On se croirait dans une émission de Nicolas Hulot, dans des cours de Sciences de la Vie et de la Terre ou de français où le développement durable est lui aussi au programme.

En cinquième, voici ce qui va remplacer les « chapitres » de cette année sur :

  • L’Afrique
  • L’Asie
  • L’Amérique

Géographie cinquième :

I – La question du développement durable

  • les enjeux du développement durable
  • les dynamiques de la population et le développement durable

II – Des sociétés inégalement développées

  • Des inégalités devant la santé (ex: étude d’une pandémie….)
  • Des inégalités devant l’alphabétisation
  • Des inégalités devant les risques
  • La pauvreté dans le monde

III – Des hommes et des ressources

  • La question des ressources alimentaires
  • La question de l’accès à l’eau
  • Gérer les océans et leurs ressources
  • Ménager l’atmosphère
  • La question de l’énergie

Enfin et surtout une belle perle en éducation civique :
I – Des êtres humains, une seule humanité (dont : Thème 2 : « Les identités multiples de la personne » ! (sic))
Démarches : « On s’appuie sur des exemples de figures littéraires ou sur l’expérience et les représentations des élèves pour montrer que l’identité est à la fois singulière, multiple et partagée ».
Si ça ne s’appelle pas une porte ouverte au Gender, je me demande ce que c’est…

(Sources : les BO des nouveaux programmes)

Voilà… Ne soyons donc pas étonnés si nos enfants ne savent pas qui est Clovis ou Charlemagne…

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Les profs ont la parole (7)

Maintenant tout juste en retraite depuis septembre 2009, auparavant professeur-documentaliste dans une cité scolaire, j’ai été victime, au CDI, le 16 novembre 2006, d’un coup de point asséné à la mâchoire par un élève de 3ème, sous prétexte que je lui avais donné l’ordre de quitter les lieux : il était rentré au CDI, malgré mon interdiction, alors qu’il venait du couloir en faisant rebondir un ballon. Je suis resté trois jours sans pouvoir m’alimenter normalement, sauf sous forme de bouillies ou purées. Le médecin consulté m’avait attribué quatre jours d’ITT (interruption temporaire de travail). Le comble : une conseillère d’éducation, par pure démagogie, a fait pression sur moi pour qu’il n’y ait pas de conseil de discipline ! Motif avoué de cette indulgence : l’élève fautif, souffrant d’une situation familiale désastreuse, était suivi par le service de vie scolaire et son comportement était en voie d’amélioration. Motif véritable ? Peut-être la pétition signée par tous les élèves de la division pour soutenir leur condisciple ? Cerise sur le gâteau : à l’issue du conseil de discipline tenu malgré tout sur mon insistance, l’élève agresseur n’a pas été exclu de l’établissement. Et pour le trimestre en question, l’élève a reçu un 12/20 au titre du comportement !

Que faut-il pour exclure un élève ? Qu’il y ait un adulte poignardé ou mitraillé ?

Claude Viry

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Luc Chatel : « Le « chèque scolaire » n’est pas conforme à la conception française de la liberté d’enseignement »

M. Christian Vanneste interroge M. le ministre de l’Éducation nationale sur le chèque scolaire. Il aimerait connaître la position du Gouvernement sur ce sujet.

Réponse de Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale : Il existe, au niveau international, plusieurs types de « chèque scolaire », communément appelés « chèque éducation », mais ils partagent une caractéristique commune : au lieu que les établissements scolaires soient directement subventionnés, ce sont les parents qui reçoivent un chèque dont le montant représente le coût de l’éducation de leurs enfants.

Ils sont libres de le remettre à l’établissement de leur choix qui percevra la somme correspondante. Ce système a été initialement développé en 1990, dans la ville de Milwaukee (États-Unis) sous le nom de « school vouchers » et a depuis été mis en place au Chili, en Suède, aux Pays-Bas, à Hong-Kong et dans plusieurs autres États des États-Unis. Il a par ailleurs été expérimenté, puis abandonné, au Royaume-Uni. Plus récemment, il a fait l’objet d’un large débat dans plusieurs cantons suisses, sans avoir été retenu. En France, la liberté de l’enseignement est un principe fondamental reconnu par les lois de la République ayant valeur constitutionnelle. L’article L. 151-1 du Code de l’éducation dispose en effet que « l’État proclame et respecte la liberté de l’enseignement et en garantit l’exercice aux établissements privés régulièrement ouverts ». Ce principe a pour conséquence l’égalité de traitement des établissements dans les aides accordées par l’État aux établissements publics comme privés. L’article L. 442-1 du Code précité dispose ainsi que les « dépenses de fonctionnement des classes sous contrat (avec l’État) sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’enseignement public ». C’est en vertu de ce principe que la loi n° 2009-1312 du 28 octobre 2009 tendant à garantir la parité de financement entre les écoles élémentaires publiques et privées sous contrat d’association lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence, a été votée et publiée au Journal officiel du 29 octobre 2009. Compte tenu de ce qui précède, l’institution d’un « chèque scolaire » n’est pas conforme à la conception française de la liberté d’enseignement, exclusive de la mise en concurrence des établissements entre eux. Il ne s’agit donc pas d’une voie actuellement à l’étude, l’assouplissement de la carte scolaire apportant une réponse satisfaisante aux demandes des parents quant à la liberté de choix du collège ou du lycée de leurs enfants.

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Les profs ont la parole (6)

Je suis professeur de lettres modernes à la retraite depuis septembre 2007.

À quelques mois de cette retraite, dans ma classe de sixième, j’ai observé qu’un des élèves était absent depuis plusieurs jours.

J’ai averti la CPE, qui a téléphoné à la mère, laquelle est tombée des nues. Interrogeant son enfant, il lui a dit qu’il ne venait plus au collège parce que je lui faisais peur et que je le battais. La mère, n’écoutant que son « cœur » et l’alcool qu’elle avait ingurgité, se précipite au collège, pour, vocifère-t-elle, me « casser la gueule » (sic).

Heureusement, pour arriver jusqu’à ma classe, elle a dû passer par la salle des professeurs. Mes collègues ont donné l’alerte et elle a été arrêtée dans le couloir où le principal a subi ses foudres se faisant traiter de « sale juif », j’en passe et des meilleures. J’étais dans ma classe où la CPE est venue me dire de ne pas m’inquiéter, que la gendarmerie arrivait. Passablement étonnée, j’obtempérais, je n’étais toujours au courant de rien.

Quand j’ai eu enfin l’explication de tout ce tintamarre, j’ai immédiatement porté plainte à la gendarmerie pour mensonge et diffamation contre cette mère qui, au lieu de demander à me voir, employait la manière forte contre un professeur qui s’inquiétait de savoir où était son fils lequel, d’ailleurs, venait en classe sans livre ni cahier et dont le seul travail consistait à dormir ou faire du chahut.

Le principal a aussi porté plainte et nous avons averti ensemble notre assurance « autonome ».

Le principal, dès le lendemain, a changé l’élève de classe pour que l’un comme l’autre nous ne souffrions pas de la situation conflictuelle qui aurait pu s’installer, sachant qu’il disait à ses petits camarades que sa mère m’avait envoyée à l’hôpital.

La procédure a suivi son cours et un médiateur a raisonné cette dame, lui demandant de nous écrire une lettre d’excuses, que nous avons acceptée et l’affaire en est restée là. Considérant qu’elle avait assez de problèmes, nous n’avons pas voulu en rajouter.

Je dois dire que mes collègues se sont montrés solidaires, et que le recteur de l’académie de Bordeaux a fait prendre de mes nouvelles et m’a assurée de son soutien.

Cette histoire m’a assez perturbée, car après 30 ans passés au service de l’Éducation nationale, j’étais accusée d’une chose totalement invraisemblable : frapper un enfant. Il faut dire que depuis quelques années, l’école est considérée comme un supermarché. Les parents ne se préoccupent pas du véritable comportement de leurs enfants.

E. Castet

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Les profs ont la parole (5)

Ma femme est enseignante (en mathématiques, au collège) et il n’est pas toujours facile de la rassurer par rapport au malaise général qu’elle et l’ensemble de ses collègues éprouvent depuis quelques années à la rentrée scolaire. La pire d’entre elles est certainement la dernière (septembre 2009, sa 17e rentrée). C’est à partir de janvier 2009 que j’ai vu son comportement changer et son état de santé se dégrader considérablement : migraines, malaises, perte d’appétit, contractures musculaires et un état psychologique au bord de la dépression. Pensant que la coupure des grandes vacances d’été pouvait l’aider à remonter la pente, je l’ai vue au contraire s’enfoncer de plus en plus ; allant jusqu’à me demander d’annuler notre départ pour la montagne. Je ne compte plus les jours de migraines, de larmes et de désespoir sur cette période. À la rentrée, elle ne voulait plus retourner au collège et projetait de faire assistante maternelle.

Les raisons de cette souffrance : l’abandon de sa hiérarchie par rapport aux multiples incidents (insultes, dégradations volontaires, photos-montage à caractère pornographique diffusés sur des blogs et menaces physiques envers certains de ses collègues) survenus au cours de l’année scolaire 2008-2009 dans son collège. Ajoutez à cela le manque de moyens (assistante sociale, psychologue…) face à des élèves en très grande difficulté, voire en situation de handicap lié à des troubles psychologiques et un retard intellectuel important. Malgré les plaintes et revendications de l’équipe enseignante, rien n’est transmis à l’académie et au rectorat.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que les principaux ont pour consigne de se taire. Il n’est pas question d’alerter les pouvoirs publics sur ce malaise grandissant, lié en grande partie à la baisse des effectifs enseignant et encadrant (3 surveillants pour 680 élèves) et une moyenne de 27 à 30 élèves par classe depuis 2002.

Les principaux d’établissements scolaires sont « muselés » par leur notation et soumis à des pressions pour donner l’impression que tout va bien au risque de tourner le dos à leurs collègues professeurs.

Aujourd’hui, elle va beaucoup mieux ; nous avons réussi ensemble à peser le pour et le contre. Je lui ai souvent dit qu’elle était une excellente enseignante. C’est une personne très consciencieuse qui aime son métier et passe beaucoup de temps à son bureau (à la maison) en combinant sa vie professionnelle et familiale (mère de deux jeunes enfants).

Je l’aide du mieux que je peux à tout niveau (professionnel, domestique et sur le plan moral), mais je lui avoue parfois qu’elle n’a pas la tâche facile par rapport au peu de soutien et au dénigrement qu’ils subissent.

Pour tous les enseignants, je lance donc un appel de solidarité et je garde espoir que les choses changent rapidement. L’éducation de nos enfants est en péril, alors réagissez pour que les comportements changent.

N.M., mari d’une enseignante

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Les profs ont la parole (4)

Je suis enseignante dans le même petit village du sud de l’Essonne depuis onze ans. Depuis deux ans, je suis harcelée par la seule association de parents qui reste. J’ai été mise par terre par un parent de cette association, puis plusieurs réunions contre moi dans le village ont eu lieu. Des lettres de quelques parents ont été compilées soi-disant de témoignages de maltraitance de ma part sur les élèves de ma classe depuis neuf ans.

Mon directeur et mon inspecteur m’ont soutenue coûte que coûte. Malgré un an de harcèlement, on nous a expliqué que cela n’était pas recevable en justice. « Il n’y a eu ni coup de couteau, ni coup de revolver », nous ont-ils dit ! Mon inspecteur a insisté auprès de l’inspectrice d’académie qui a envoyé le dossier en justice. Bien sûr, trop tard, puisqu’il y a un délai. Cela a tellement traîné qu’ensuite, le juge nous a écrit en indiquant que l’affaire n’était pas recevable car étudiée trop tardivement.

Voilà que, pas plus tard que le mois dernier, la même association est repartie à l’attaque contre moi. Mon inspecteur, aidé de mon directeur, a reçu la présidente en lui signifiant que ses propos n’étaient aucunement justifiés et que cela ressemblait à du harcèlement.

Que faire ? Ces gens-là ne veulent pas reconnaître leurs erreurs et continuent. Je ne souhaite pas changer d’école. Je ne vois pas pourquoi je devrai être celle qui s’en va. Mais c’est extrêmement dur à vivre. Depuis que j’ai divorcé, mon fils (avant très bon élève) a redoublé sa Première S. A l’époque, j’ai eu un zona ophtalmique et ai perdu pendant 15 jours l’audition. Les médecins disaient que c’était du stress. Maintenant, c’est toute l’école qui semble visée ; déjections canines quotidiennes depuis avril devant l’école, affiche sur la porte de l’école « École de merde, n’y allez pas », ballon de baudruche rempli d’huile de vidange jeté dans la cour de l’école…

Notre équipe se disloque car la tension est grande. D’ailleurs, il y a deux ans, les deux collègues de la maternelle (de l’autre côté de la rue) avec qui nous faisons des fêtes depuis toujours, ont fait l’autruche et ne m’ont pas du tout soutenue. Mes propres collègues ont suivi le directeur, un peu poussées à la roue, mais elles ont suivi de très loin. Si je n’avais pas eu le directeur et l’inspecteur à mes côtés, je ne serai plus là pour vous écrire en ce moment. J’ai actuellement des troubles du sommeil depuis plus d’un an et un lumbago (ou quelque chose de ressemblant) depuis fin septembre. Tout cela parce que je fais un des plus beaux métiers, que dis-je, un sacerdoce ! Je le fais très consciencieusement et suis d’ailleurs très bien notée.

Jusqu’où cela va-t-il aller? Quand cela va-t-il finir, que nous puissions travailler sereinement ?

Sylvie Robin

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Les profs ont la parole (3)

Je vous écris de Nouvelle-Calédonie. Je suis professeur des écoles et mon mari professeur en mécanique dans un lycée professionnel.

Ici, nous n’avions aucun souci jusqu’à ces dernières années, où la violence verbale et parfois physique s’installe parce qu’il y a trop de laxisme.

Les élèves ont vite compris qu’il n’y a pas de sanction. Pourquoi, donc, s’empêcher d’agir comme on en a envie et de suivre ses pulsions, tout simplement, sans réfléchir ?

Nous sommes pour le respect : celui des élèves, mais aussi celui des professeurs. On a coutume de dire que nous avons tous des droits et des devoirs dans la société, mais on vit maintenant dans un monde à l’envers : la victime devient « la bête à abattre » ! Eh oui, elle dérange la victime, elle empêche certains de se couler de beaux jours et les oblige à prendre des problèmes bien ennuyeux à bras-le-corps.

Il faudrait que l’enseignant retrouve une marge de manœuvre : par exemple, quand l’élève a fait plusieurs infractions graves, couper les allocations familiales pendant un certain temps. On verrait soudain les parents s’impliquer dans l’éducation de leurs chers bambins.

Il y a quelque chose qui marchait bien aussi, quand mon mari travaillait dans un lycée en brousse : quand l’enfant était allé trop loin, il avait une mise à pied ou un mot dans le carnet de correspondance (en cas de faute moins grave) et il ne pouvait revenir au lycée qu’accompagné par l’un de ses parents. Et tout ce petit monde devait passer d’abord par le bureau du proviseur. Les parents devaient s’absenter de leur travail et devenaient bien plus sévères et impliqués. Cela existe toujours, je crois, mais n’est pas appliqué. Je peux vous dire que cela marche très bien, pour l’avoir expérimenté.

On est allé trop loin, mais je suis sûre qu’avec un peu de liberté rendue aux professeurs, les choses pourraient changer et les enfants vivraient mieux : surtout ceux qui ont envie de travailler.

Pourquoi ceux-là n’auraient-ils pas le droit de travailler dans la sérénité ?

Patricia Rolland

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