2015 : année zéro de l’École Française

SOS Éducation s’associe complètement à cette tribune du « Collectif pour la modernisation de l’école », parue sur le site du Figarovox, et qui propose plusieurs mesures portées par notre Pacte pour l’école qui a déjà été signé par des milliers et des milliers de parents, grands-parents, professeurs et citoyens soucieux de relever notre système scolaire !


2015 : année zéro de l’École Française

Sur FIGAROVOX/TRIBUNE


Il aura fallu 17 morts tués dans une sauvage barbarie.

Il aura fallu des dizaines de témoignages d’enseignants dépassés par la situation et probablement des centaines de réactions brutales d’élèves refusant de partager l’émotion d’un pays meurtri.

Il aura fallu des centaines «d’incidents», de défis, de refus et d’irrespect lors de l’hommage aux victimes du terrorisme pour qu’enfin les yeux s’ouvrent sur ce qu’est devenue l’École: un système de garde qui tourne à vide. L’École, en tant qu’institution, a arrêté de transmettre les repères et les valeurs nécessaires à la construction de notre identité collective, nationale.

Bien sûr, ces échecs sont minoritaires, mais ils ont suffi à pourrir notre quotidien, à répandre le fiel de la division et de la méfiance. Bien sûr, l’École n’est pas seule responsable et elle ne peut pas tout assumer. Mais comment se satisfaire d’une École qui, non seulement, laisse 150 000 élèves en sortir chaque année sans aucun diplôme mais qui, en plus, échoue à transmettre un sentiment et une envie d’appartenance commune? Quand a-t-elle démissionné, pour que des centaines d’élèves se sentent aujourd’hui autorisés à remettre en cause les valeurs qui devraient nous unir?

Comme le dit la Ministre de l’Éducation nationale elle-même, l’École n’est pas à la hauteur. Encore faudrait-il reconnaître que, bien souvent, ce qui est fait va à l’inverse de ce qu’il faudrait faire. Encore faudrait-il se mettre d’accord sur les raisons de cette faillite et en tirer les vraies conclusions.

L’École s’est condamnée chaque fois qu’elle a baissé les bras dans les violences du quotidien, dans les cours de récréation ou les salles de classe. Elle s’est condamnée chaque fois qu’un professeur, trop peu soutenu ou démuni, invité à ne pas faire de vagues, a accepté la remise en cause de son autorité. Elle s’est condamnée en diluant dans ses programmes scolaires tous les fondamentaux qui définissent notre identité collective. Elle s’est condamnée chaque jour en renonçant à transmettre l’amour de notre pays.

L’École a échoué dans sa mission républicaine chaque fois qu’elle n’a pas su faire de ses élèves des Français, c’est à dire des citoyens fiers de leur appartenance nationale, enrichie de leurs histoires personnelles. En valorisant parfois trop ces dernières, elle a oublié la première; de nombreux jeunes ne se sentent pas identifiés à notre destin commun et ont trouvé dans le communautarisme leur raison d’être. La responsabilité est collective: nous avons abandonné les «hussards» au front, sans soutien. Désormais, l’heure n’est plus à la communication ou à la consultation, elle est à la réforme et à la reconstruction, la vraie reconstruction. 2015 pourrait être l’année zéro de l’École!

La première des priorités est de cesser de transiger avec la loi: elle est la même pour tous, depuis nos plus grands élus, sur qui repose un impératif d’exemplarité, jusqu’à nos plus jeunes élèves. Nous ne devons plus accepter les petits renoncements du quotidien à la laïcité dans nos écoles: chaque concession est une démission.

La deuxième priorité est de placer -enfin!- la transmission au cœur de notre projet éducatif. La laïcité n’est que la partie émergée de l’iceberg: le «grand plan» pour la laïcité proposé par le gouvernement ne sera qu’une coquille vide s’il n’est pas appuyé sur une refonte totale des programmes qui permettra aux élèves de maîtriser les fondamentaux et leur rendra le goût de la connaissance. Cela commence par permettre aux élèves de sortir de l’école primaire en sachant parler, lire et écrire la langue française, en connaissant les grands auteurs qui l’ont honorée! Il faut apprendre à nouveau l’histoire de façon chronologique et continue, sans flagornerie et sans honte. Libre à chacun de se forger une conviction, mais que construisons-nous si nous ne transmettons pas les bases de notre destinée commune? Comme l’écrit Tocqueville, «le passé n’éclairant plus l’avenir, nous marchons dans les ténèbres».

Transmettons à l’École ce que sont la République, ses institutions, son drapeau, son hymne et ses valeurs. Apprenons à nos élèves à être fiers d’eux-mêmes, de leur école, de notre pays. N’ayons pas peur de proposer par exemple le port d’une tenue vestimentaire propre à chaque établissement: la fierté nationale commence par la fierté collective.

La troisième priorité, ce sont les enseignants. La transmission des fondamentaux ne s’improvise pas, elle se pratique; cette pratique est un métier. La Gauche avait promis de faire des enseignants une priorité; elle n’a fait qu’accélérer leur déclassement. La Droite les a ignorés, trop convaincue qu’il s’agissait d’un électorat qui lui était aliéné. En réalité, personne n’a su les former en leur transmettant, à eux aussi, la fierté de faire «le plus beau métier du monde»!

Il faut aussi que cessent les mutations aberrantes des jeunes enseignants sans expérience dans des collèges et des lycées de ZEP: c’est là où les plus expérimentés devraient être encouragés à exercer, avec des rémunérations réellement significatives. Les élèves respecteront d’autant mieux ceux qui les ont choisis et ceux qui reçoivent pour cela le salaire mérité. Il faut enfin valoriser les enseignants en fonction du travail qu’ils accomplissent, des résultats obtenus avec leurs élèves, et non plus de leur seule ancienneté. Là encore, l’exemplarité doit nous conduire à ne plus faire deux poids, deux mesures: la méritocratie doit être pour les élèves comme pour le reste de la société.

La quatrième priorité est de renforcer le lien entre l’École et les parents. Ils doivent être étroitement associés au processus éducatif, accompagnés et formés quand nécessaire par la création d’Écoles des parents. Chaque famille doit être en mesure d’accompagner la scolarité de ses enfants.

Pour que tout cela fonctionne, encore faut-il que la République elle-même, comme lieu de la méritocratie, de l’égalité des chances et de l’exemplarité soit à la hauteur. Une fois que les bases à l’École seront à nouveau posées, c’est au système de formation et au marché du travail de se décloisonner. C’est aussi à nos responsables politiques, administratifs, économiques, d’être exemplaires et de montrer la voie. Notre pays a besoin de retrouver son dynamisme, son attractivité, son enthousiasme, sa confiance, sa fierté! Il doit à nouveau transmettre, par tous les pores de toutes ses institutions, l’envie de réussir, pour tous les jeunes de France, d’où qu’ils viennent, où qu’ils habitent. La France ne sera la France que lorsque tous ses enfants, avec leurs histoires, dans leur diversité, seront à nouveau fiers de lui appartenir.

4 réflexions sur “2015 : année zéro de l’École Française

  1. Références : Quatre générations me séparent des candidats actuels au BAC.
    A l’époque où, certains de mes petits enfants sortent du Primaire,
    L’école avait nom; INSTRUCTION PUBLIQUE et, elle instruisait !
    Lors du passage au Certificat d’études Primaire,
    -nous savions tous,
    -lire, écrire et rédiger et
    -compter.
    -J’en suis sorti sachant le calcul mental de tête sans papier, ni crayons, ainsi
    que le calcul rapide.
    Nous connaissions:
    – nos montagnes, exemple le Mont Blanc altitude 4805 mètres en 1934.
    -Les fleuves et affluents, les
    – Départements Préfectures et sous-Préfectures .
    -Notre Histoire de France et environs immédiats.
    -la Géographie en général.
    Entrée le matin, dans la cour, inspections des Mains pile et face et ongles propres.
    -Première leçon, la MORALE que nous répercutions à la maison; ce qui permettait
    aux petits Italiens d’enseigner à leurs parents, quelles étaient leurs obligations en FRANCE.
    A Nice, dans les années 30, la moitié de la classe du Certificat; était Italienne d’arrivée récente.
    La discipline en classe et à la récréation enseignée dès les premiers jours.
    Tout se déroulait sans aucun problème.
    Quant à l’éducation des enfants, elle était du ressort des Parents ce qui se traduisait le cas
    échéant par la honte d’être convoqués par le Directeur .
    qui plus est condamnations à payer les casses commises par leurs enfants dont le minimum
    se traduisait par une râclée très instructive et Parentale !
    En conséquence, pourquoi ne pas revenir à l’INSTRUCTION PUBLIQUE de naguère, afin de
    responsabiliser les Parents, qui se doivent de bien élever leurs enfants et leur inculquer les
    Principes de politesse et de probité ?
    -Dés notre jeune âge nos parents nous avaient appris qu’ils étaient responsables
    Civilement et pécunièrement des actes délictueux commis par nous.
    Ainsi, les enseignants seraient délivrés de l’éducation des enfants, les enfants à leur tour
    seraient responsables de leurs actes, vis à vis de leurs parents en tous points !
    Je ne prétends pas détenir la Science infuse mais, de mes expériences, j’ai enseigné à mes
    petites filles, le calcul, le calcul mental, le calcul rapide en trois Langues dont deux étrangères.
    leur ai fait faire les Dictées sur l’ordinateur avec corrections des fautes par elles-mêmes ,éliminations suivies de recherches à l’aide du Dictionnaire. En C.M1 elles ne faisaient quasiment plus de fautes !
    Fin de citations.
    Salutations ………….. ALAMUT.

    Dés notre jeune âge nos parents nous avaient appris qu’ils étaient responsables
    Civilement et pécunièrement des actes délictueux commis par nous.

  2. Je crois que l’argumentation du texte se termine à ces mots : « cesser de transiger avec la loi: elle est la même pour tous, depuis nos plus grands élus, sur qui repose un impératif d’exemplarité, jusqu’à nos plus jeunes élèves. Nous ne devons plus accepter les petits renoncements du quotidien… »

    L’école n’est qu’une conséquence de la faillite des élites tout d’abord, couverte de légion d’honneur et pourtant trop complaisante avec les comportements indignes d’une partie d’entre eux.
    C’est la faillite des adultes, tant aujourd’hui il n’est tout simplement plus possible de réprimander un enfant qui jette du sable dans un bac à sable.

    C’est la faillite d’une administration préhistorique, dogmatique et gangrenée par le syndicalisme politisé. Il n’y a pas une seule question sur la motivation, dans le concours de professeur des écoles… et avec 5/20 de moyenne, c’est bon… 5/20… là où il faut plus de 12,5/20 dans certaines académies.

    Je suis pour la libéralisation de l’école, la responsabilisation des enseignants et des parents.
    1- les écoles et établissements doivent pouvoir refuser un élève… au parent de se débrouiller en cas d’exclusion, l’école n’étant pas obligatoire.
    2- pour les élèves incapables de s’insérer dans le cadre scolaire (une poignée, mais une poignée très perturbatrice) l’état doit offrir un dispositif medico-social , comme des internats de la seconde chance dès le primaire, des collèges à la discipline renforcée.. après c’est trop tard.

  3. Le problème social qui règne à l’école est très profond, le vivre-ensemble a ses limites mais après tout est une question de volonté de la part des uns ou des autres.
    Après je suis d’accord avec un commentaire précédent, durant les dernières années, les valeurs de l’école ne sont plus les mêmes qu’auparavant (je parle pour les années post années 2000 et même 90’s). Les professeurs se faisaient respectés et si on écoutait pas, les parents derrières grondaient encore plus fort alors que maintenant les parents protègent trop souvent l’élève et l’établissement ne soutien pas assez les enseignants en général. Résultat le prof est pris entre deux étaux et sa marche de manoeuvre est limité …

    Il faut donc redonner plus de pouvoir à l’enseignant car c’est lui et lui seul qui est au coeur de l’enseignement en France jusqu’à preuve du contraire. Après le niveau des enseignants c’est un autre problème …

  4. Il est urgent de revoir la rémunération des enseignants. Commencer à 1500-1600 € nets après des études longues (+4 / 5) et avoir réussi des concours, c’est trop peu pour attirer les meilleurs.

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