Alain Finkielkraut élu à l’Académie française

Alain Finkielkraut est un des trop rares écrivains et philosophes qui assume le projet d’honorer les lettres françaises ! Auteur de l’inoubliable essai la Défaite de la pensée (1987), mais également d’Enseigner les Lettres aujourd’hui (2003), Entretiens sur la laïcité (2006) ou la Querelle de l’école (2009), il n’a cessé de défendre, souvent seul contre tous, l’école de la

République, dénonçant le remplacement de l’exigence académique par une idéologie égalitariste. Le 6 mars dernier, il déclarait encore dans une entrevue donnée au journal Le Point : « Tous désormais sont égaux, tous sont logés à la même enseigne, le professeur et sa classe, le bon élève et le mauvais, la culture et l’ignorance. Il revient même au bon élève de s’aligner sur le mauvais, et la culture sur l’ignorance, afin que l’école ne prenne jamais le parti de l’inégalité. »

Pourquoi l’école devrait-elle rester une institution séparée de la société telle qu’elle est ? lui demande-t-on alors. Il répond en citant Cécile Revéret, trente ans d’expérience dans l’enseignement du français en Seine-Saint-Denis, qui a gardé dans son programme la lecture de l’œuvre « Le Cid », au lieu de se ranger derrière les directives de sa hiérarchie et de faire un cours sur « le divorce de mes parents, la vie difficile dans ma cité, la confrontation au racisme ». L’œuvre littéraire a le mérite d’arracher les jeunes à leurs préoccupations quotidiennes et de ne pas les enfermer dans leur misère sociale. Pour Alain Finkielkraut « il faut soutenir ces professeurs, de plus en plus rares, qui nagent à contre-courant ».

Les propos du nouvel académicien sont juste de bon sens ! En 2000, il résumait ainsi sa position sur l’école : « Jaurès voulait que les enfants du peuple reçoivent une culture équivalente à celle que recevaient les enfants de la bourgeoisie. Les parents instruits et avisés de la bourgeoisie rêvent aujourd’hui que leurs enfants bénéficient d’une culture équivalente à celle qu’ils ont reçue et ils sont prêts à y mettre le prix. Ils usent de tous les stratagèmes, de tous les subterfuges et de tous les déménagements pour trouver une école primaire, puis un collège, puis un lycée –privé ou public- où la communication n’a pas détrôné la transmission, où l’émulation n’est pas taboue, où l’idée de mérite est considérée comme un acquis démocratique et non comme un scandale pour la démocratie, où l’on ne s’adosse pas à la misère pour faire honte à la pensée, où d’autres dimensions de la réalité sont prises en compte que l’environnement social et d’autres dimensions du temps que l’actualité, où la différence entre information et connaissance n’est pas tombée dans l’oubli, où la laïcité n’a pas été vaincue par l’idolâtrie des consoles. »

Les positions d’Alain Finkielkraut lui ont valu l’étiquette haineuse de réactionnaire, qui lui colle à la peau au moins depuis son appel de 1989 intitulé « Profs ! Ne capitulons pas ! », visant à faire interdire le foulard islamique à l’école. Sa candidature à l’Académie française a logiquement échauffé les esprits. Sur les 28 électeurs, huit ont barré son nom d’une croix en signe de rejet. Mais Alain Finkielkraut est rentré dans la cour des Immortels dès le premier tour. C’est un beau témoignage de vitalité culturelle pour la France, et une lueur d’espoir pour l’école.

Lire le très bel hommage que Jean-Paul Brighelli a consacré Alain Finkelkraut : Deux ou trois choses que je sais de Finkielkraut

21 réflexions sur “Alain Finkielkraut élu à l’Académie française

  1. Je n’approuve pas tout ce que dit ou écrit Filkenkraut mais je souscris à l’essentiel. Professeur d’anglais à la retraite, je suis très heureux de ne plus avoir de responsabilité dans le système éducatif que j’ai vu se dégrader tout au long de ma carrière. Ayant été moi-même élève en difficulté en primaire, je comprenais qu’on essaie tout pour se mettre à la portée des plus faibles mais je ne comprenais pas qu’on le fît au détriment des meilleurs. Je savais que moi-même je m’en étais sorti grâce à un entraînement régulier dans les disciplines de base, qu’un élève doit apprendre à lire, écrire, compter pour s’en sortir. J’ai participé à de nombreux projets pour motiver mes élèves car je savais que la motivation est indispensable et j’ai souvent pensé à mes propres enseignants qui ont fait de même. J’ai même été précurseur dans l’introduction des technologies nouvelles (réception satellite, vidéo assistée par ordinateur, robotique…) en liaison avec Fr3 et la 5. J’ai cependant mal supporté les pressions de l’administration qui en voulait toujours plus et qui déformait tout. J’avais l’impression qu’on prenait les enseignants pour des imbéciles s’il n’adhéraient pas à toutes les nouvelles réformes qu’on pond dans leur dos pendant qu’ils triment sur le front. A la différence de Filkenkraut que je salue pour son élection à l’Académie française

  2. Cette élection constitue une grande victoire de la raison et de la Culture judo-chrétienne sur cette barbarie intellectuelle qui veut supprimer les élites pour aligner tous les niveaux sur la médiocrité.

  3. Nous sommes très heureux de cette nomination. Cela nous fait chaud au coeur de savoir que quelqu’un défend la langue et les valeurs françaises.
    Mais que dire des autres Français ????? Bravo Monsieur l’Accadémicien

    Non, ce n’est pas un doublon car je n’ai jamais envoyé de mail à ce sujet…

  4. Bravo, vous voici immortel et je vous en félicite. J’éprouve une grande admiration pour l’esprit éclairé que vous êtes et je suis heureuse pour vous.

  5. Bravo!!!20 personnes de bon sens sur 28;c ´est pas si mal.
    Ravie de cette élection.J adhère à ses iodées depuis longtemps et admire le courage qu’ il a de les défendre .
    Une lueur d’espoir pour notre pauvre école en effet.

  6. Alain Finkielkraut est de la race de ceux qui sont entrés en résistance au début du conflit en 1940 et chacun sait aujourd’hui qu’ils étaient très peu nombreux. En ces jours où Jaurès fait l’objet d’une intense récupération, par Nicolas d’abord et ensuite par François, sous les sifflets nourris des ex ouvriers de Carmaux, chômeurs depuis de nombreuses années maintenant. Il fait aussi partie des lanceurs d’alerte et des éveilleurs de conscience, d’un pays la France, quasi endormie par la télévision et les cachets. Au début des années 1930, certains voyaient très clairement poindre le danger, mais la majorité des citoyens apeurés, préféraient être « optimiste » mot dévoyé qui aujourd’hui remplace « lâcheté » Poutine a très bien compris, lâches ils sont. Merci aux ‘Immortels’ qui malgré les pressions, entretiennent une flamme vivante qui s’appelle la conscience

  7. Les chiens aboient : la caravane passe.
    Je connais ceux qui l’ont soutenu (d’Ormesson dont nous sommes de fidèles lecteurs et bravo pour lui).
    On ne sait rien par contre des 8 censeur autoproclamés même si c’est leur droit absolu. Lire ce qu’ils ont écrit par exemple pour mieux les connaître.

  8. C’est un motif d’allégresse de voir Alain Finfelkraut entrer à l’Académie Française. C’est la reconnaissance de la valeur de l’oeuvre de ce philosophe véritablement humaniste, profondément laïque, militant de l’émancipation des plus démunis grâce à l’école. Il avait courageusement tiré le signal d’alarme contre l’inculture et le nouvel obscurantisme relativiste, selon lequel une paire de bottes d’un grand couturier vaut une pièce de Shakespeare. Il avait aussi dénoncé le différentialisme pour ce qu’il est, la plus insidieuse forme de racisme. Espérons que sa réception sous la Coupole l’aidera dans son combat pour le réveil de l’Esprit des Lumières.

  9. Humble enseignante de Lettres classiques en banlieue parisienne, j’adhère totalement aux analyses (y compris celles exposées dans son « L’identité malheureuse »)menées par ce brillant philosophe, véritable défenseur de notre culture païenne et judéo-chrétienne, que l’Ecole s’emploie avec application depuis 1968 à détruire. Quand ce sont les élèves qui ont les pires résultats qui sont ouvertement applaudis en classe et les bons éléments qui sont conspués au cris de « intellos », on sait que l’école de la République est bien morte. Bravo à ce résitant de la 1ère heure pour son combat contre la barbarie et l’ignorance et félicitation aux 20 académiciens qui ont bravé la vindicte médiatique pour imposer son élection dès le 1er tour.

  10. Ravie de constater de nombreux internautes approuvent l’élection de M. FINKIELKRAUT à l’Académie Française. Le contraire eût été honteux pour les membres de cette institution ! J’apprécie beaucoup ses écrits et m’efforce de les faire connaître autour de moi. Avec les idées répandues par l’E. N., seuls les enfants qui ont des parents attentifs s’en sortiront.

  11. Je souscris totalement à tous les commentaires dithyrambiques, amplement justifiés, suite à l’élection à l’Académie Française de Alain Finkielkraut, et ce malgré tous les grincheux et autres pitoyables détracteurs. Une voix qui s’élève face à la médiocrité ambiante et du politiquement correct, cela fait le plus grand bien pour notre pays. Bravo pour son courage et son regard éclairé sur les problèmes occultés, voire nies de notre société, en raison du diktat de la bienpensance.

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