Apprendre à lire

Interrogés sur les derniers manuels de lecture mis en circulation par les éditeurs, les participants au groupe de travail sur la lecture, qui s’est réuni ce jeudi 24 mars dans nos locaux se sont très vite arrêtés sur un élément qui leur paraît crucial.

Une méthode de lecture et particulièrement un manuel qui a vocation à être diffusé dans le plus grand nombre d’écoles possible ne devrait pas dès les premières pages proposer des textes entiers. Cette entrée dans la lecture est à bannir.

En effet, la démarche en classe est différente de celle de la maison. Les élèves sont là pour acquérir une lecture aisée. Ils doivent posséder ce bagage pour la vie. On doit considérer l’ensemble des élèves ni les plus avancés, ni les moins avancés et faire en sorte que cette acquisition soit possible pour tous dans les meilleures conditions possibles.

Partant de là, les membres du groupe de travail ont été unanimes : il ne faut pas faire visualiser un texte en classe aux enfants quand ils ne peuvent pas décoder toutes les lettres qui figurent dans ce texte.

Cela veut évidemment dire qu’au départ cet apprentissage, pour être structuré, doit proposer des textes seulement une fois qu’un nombre de lettres suffisant a été vu par l’enfant ; forcément les premiers textes vus et lus en classe par les élèves ne seront pas d’un très grand intérêt.

OUI, Mais.

Le plus important en travaillant sur ces textes simples dont toutes les lettres écrites ont déjà été vues en classe, c’est que l’enfant puisse lire un texte seul. Même si dans ce texte figure un mot nouveau, comme il connaît toutes les lettres, il peut le déchiffrer et l’énoncer correctement.

« Les premiers textes que l’ont fait lire à nos élèves ne sont pas intéressants, mais cela n’a aucune importance, au moins ils sont fiers, ils peuvent lire » témoignait une enseignante du groupe de travail de SOS Éducation «  et après, à l’oral, ils brodent dessus, ils racontent une véritable histoire développée et leur imagination travaille. Ensuite quand ils sont suffisamment avancés, je leur propose le vendredi après-midi une « lecture cadeau ». Ils apportent un livre à eux qu’ils aiment bien et je leur lis à tous, en classe. Ils écoutent. »

« Aujourd’hui en proposant aux enfants de lire directement des textes, avec des mots qui comportent des lettres qu’ils n’ont encore jamais vues, c’est comme si l’on demandait aux enfants de courir sans leur avoir jamais appris à marcher » témoigne une orthophoniste du groupe de travail.

Un certain nombre des nouveaux manuels qui viennent d’être mis sur le marché ne respectent pas ce principe de progression qui a pour objectif de structurer l’apprentissage tranquillement sans brûler des étapes.

Pourtant, on ne le répètera jamais assez : mélanger l’apprentissage du code et une approche directe et donc brutale du texte est destructeur.

C’est typique des méthodes qui mélangent les approches : syllabique et globale. On les retrouve sous le nom de méthodes mixtes ou sans nom du tout. Mais attention, lorsque l’on demande à un enfant de suivre ou de lire un texte alors qu’il n’a pas encore vu toutes les lettres qui figurent dans ce texte, c’est une approche catastrophique. Cela revient à le plonger dans un bain de mots. L’enfant n’a pas encore suffisamment de repères pour se débrouiller seul, pour être autonome. C’est pour cette raison que l’on continue à avoir 40% d’enfants qui sortent de l’école primaire sans savoir lire, écrire et compter correctement. Au départ de leur scolarité, on les aura entraînés à deviner et non pas à passer par un apprentissage méticuleux certes difficile au début mais au terme duquel ils peuvent déchiffrer n’importe quel mot et le lire correctement même s’ils ne l’ont jamais vus avant. Ils seront capables également de lire la définition du mot dans le dictionnaire. C’est ça l’autonomie et c’est ce vers quoi nous devrions tendre, or ce n’est pas encore le cas.

Détectez si votre enfant apprend à lire avec une méthode globale.

3 réflexions sur “Apprendre à lire

  1. Vu et entendu à la télé, il y a environ 2 mois, dans une émission traitant des élèves en grande difficulté au collège :
    Il s’agissait d’une classe de 3e, en cours de français. La classe lisait (à haute voix !) un passage du Père Goriot…
    A mon étonnement (je suis sexagénaire), j’entends les élèves ânonner plutôt que lire avec aisance, et la prof de français corriger les mots mal lus : j’ai l’impression d’une classe de primaire, plutôt que de fin de collège !

    Un élève achoppe sur le mot « gousset »… Après cette séquence sur la classe, le journaliste interviewe l’enfant : celui-ci reconnaît ses difficultés de lecture, et commente : « Il faut dire que, parfois, on tombe sur des mots rares, qu’on n’utilise pas tous les jours… Par exemple, le mot ‘gousset' »…
    CQFD…

    Ce qui me frappe : que cet élève ne connaisse pas le sens du mot « gousset », passe encore, on pourra éventuellement considérer que, pour lui, c’est effectivement un « mot rare », si personne n’a prononcé ce mot dans son entourage, s’il n’a pas fait beaucoup de lectures…
    MAIS, ce qui, pour moi, ne passe pas, c’est que cet élève de 3e, ne connaissant pas ce mot, ne parvenait pas à le lire correctement, alors qu’il ne présente aucune difficulté particulière de déchiffrage.

    Triste… Découvrir Balzac quand on ne lit même pas encore couramment, ça risque d’être ardu, et… apte à vous dégoûter de toute littarature !

  2. « C’est pour cette raison que l’on continue à avoir 40% d’enfants qui sortent de l’école primaire sans savoir lire, écrire et compter correctement. » Voilà une affirmation un peu rapide même si je conçoit que la méthode globale n’est pas une bonne méthode certes. Vous n’avez d’yeux que pour la méthode de lecture qui serait l’unique cause des difficultés des élèves ? Je connais deux élèves qui malgré la méthode syllabique n’arrivent pas à lire : on en fait quoi ?
    Mais bon passons à quelque chose qui ma fâche :
    « Au départ de leur scolarité, on les aura entraînés à deviner… ». Je ne suis absolument pas protectionniste de mes collaborateurs intits mais je crois profondément par l’observation que les enseignants de l’élémentaire mais également de maternelle prépare du mieux qu’ils peuvent les élèves à la lecture (je peux entendre des critiques, on peux toujours s’améliorer). Pour faire baisser l’échec des élèves donnons des moyens à ceux qui en ont le besoin. Je ne demande pas l’égalité des chances (qui n’existe pas) mais l’égalité des moyens ou plutôt une équité des moyens. Ceux qui arrivent, à quoi bon les aider, ils y arriveront de toutes les manières. Je crois à une réforme plus profonde que votre « grand combat superflue de la méthode de lecture ».

    Cordialement

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