Carte scolaire et violences

Depuis le début de l’année scolaire, douze agressions, dont celle d’une professeur, ont eu lieu aux abords ou au sein du lycée René-Cassin, à Gonesse (Val-d’Oise). Choqués, les parents d’élèves demandent plus de sécurité.

Dans ces cas-là, le changement d’établissement peut constituer une solution. Il est en effet préférable d’envoyer ses enfants dans des établissements sûrs.

Seulement, la carte scolaire assignant chaque élève à l’établissement de son secteur empêche les parents d’envoyer leurs enfants dans les établissements de leur choix, même s’ils subissent des violences comme à Gonesse. Et ce même si la carte scolaire a été officiellement assouplie.

Il est certes possible de demander une dérogation. Selon le ministère de l’Éducation nationale toutefois, plus du quart des demandes de dérogation pour l’entrée en sixième et plus du tiers de celles pour la seconde ont été rejetées.

Cette dérogation doit d’ailleurs être motivée : la proximité d’un établissement d’un autre secteur, la présence de frères et sœurs dans l’établissement demandé, l’existence d’options (linguistiques notamment) rares, peuvent faire l’objet d’une dérogation. L’existence de violences scolaires, non.

Et pourtant, comme l’avait démontré une étude du sociologue Robert Ballion publiée en 1985, et toujours d’actualité (1), les motifs invoqués par les parents dans leurs demandes de dérogation sont des alibis : c’est moins l’apprentissage de telle langue rare qui motive leur demande que la volonté de mettre leurs enfants à l’abri de l’échec scolaire et des violences propres à leur établissement de secteur.

Nous nous étions penchés, en mai dernier, sur le cas de parents s’étant vu refuser une dérogation pour l’inscription de leur fille dans un établissement de leur choix : si l’existence d’une option était la première motivation, la volonté de fuir un établissement violent et de mauvais niveau en était la seconde.

Il semble que, dans les cas où les parents voudraient changer leurs élèves d’établissement à cause de la violence qui règne aux abords de celui de leur secteur, le libre choix devrait être permis. La logique maintenue de la carte scolaire l’empêche.

La question de sa suppression pure et simple, envisagée lors de la campagne présidentielle de 2007 par Nicolas Sarkozy, se pose donc avec acuité.

Pour protéger leurs enfants de la violence, les parents devraient pouvoir choisir l’école de leurs enfants.

Roman Bernard

(1) In Nemo, Philippe, Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ? (Grasset, 1991)

5 réflexions sur “Carte scolaire et violences

  1. Votre revendication est méritoire mais je regrette de e pas partager votre analyse.
    La solution ne réside pas dans l’élargissement des critères dérogatoires.
    Le problème ne ferait qu’être déplacé.De ce point de vue, le problème du lycée Cassin de Gonesse est exemplaire. la violence que subisse les élèves de cet établissement vient de l’extérieur. En l’occurence du quartier voisin, mais il n’en n’a pas toujours été ainsi. Ce lycée a aussi été ciblé dans le passé par des jeunes venus parfois de villes voisines.
    La violence des quartiers défavorisés doit être réglé de manière extrèmement forte. C’est une formule que je n’aime pas, qui me fait peur, il faut le reconnaitre, mais il faut reconnaitre également que la société est confrontée aujourd’hui à une jeunesse sans aucun reprère. J’ai longtemps cru, comme beaucoup, que de la compréhension, de plus grands moyens pour les banlieues, pourraient redonner de l’espoir à ces jeunes. Force est de constaté que l’on n’a fait que perdre du temps.
    Les pouvoirs publics n’ont jamais pu résoudre le problème des banlieues et leurs plans successifs, lorsqu’ils ont été réalisés, n’ont donné aucun résultat satisfaisant.
    Le temps passant, la stuation s’enlise de plus en plus et ceux qui le peuvent quittent ces quartiers, les laissant aux mains d’une véritable mafia locale, sans foi ni loi. Ces quartiers sont devenus nos favelas.
    Le lycée Cassin n’est pas un mauvais lycée. Les élèves témoignent tous du dévouement des professeurs. Il est honorablement placé dans les classements. Se déplacer vers des lycées mieux « côtés » ne résoudra donc pas le problème de la violence qui y règne mais augnentera les inégalités. En revanche il ne faudrait pas que sans réponse forte de la justice, des élèves, voire des parents d’élèves ne prennent en mains leur défense, avec les conséquences fâcheuses qu’on imagine aisément.

  2. puisqu’on ne s’attaque pas aux causes du mal (chômage, misère, ghettoïsation, absence de perspectives, inégalités croissantes, injustices, etc…), il n’y a pas de raison que les conséquences ne se développent pas. sarko s’occupe de la sécurité depuis 5 ans : quel beau bilan!

    • Les causes du mal ne sont pas le chômage, la misère (toute relative dans les banlieues françaises), la ghettoïsation (qui résulte d’une volonté des ghettoïsés, lesquels font fuir les autres des quartiers où ils vivent), l’absence de perspectives (ce n’est pas à l’État d’en fournir), les inégalités croissantes (encore faut-il prouver en quoi cela est immérité) ou les injustices (il faudrait donner une définition objective de ce mot, sans quoi il ne veut rien dire). Si les causes du mal étaient celles que vous donnez, alors tous les enfants de chômeurs, de pauvres, de ghettoïsés, de sans-perspectives, etc. seraient violents. Or, ce n’est pas le cas. C’est donc qu’il y a une responsabilité de ceux qui sont violents, et de ceux qui les laissent faire. Les causes du mal sont donc la violence de nombreux élèves et le laxisme de l’Éducation nationale face à cela. Responsabilisons les gens!

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