Ce que je pense de l'affaire Fillon

Ce que je pense de l’affaire Fillon

Je reçois beaucoup d’appels et de messages de sympathisants déconcertés par la polémique visant François Fillon. SOS Éducation a en effet soutenu sa candidature lors de la Primaire de la droite et du centre, sur la base de ses propositions d’action en matière d’éducation.

Personne aujourd’hui ne peut se prononcer sur le fond de cette affaire, et la justice dira en son temps ce qui participe de la cabale médiatique, de l’indélicatesse ou de la faute.

François Fillon est soupçonné, mais jusqu’ici présumé innocent. De fait, la pratique des emplois fictifs empoisonne la vie politique française depuis des décennies, comme en témoignent les condamnations d’Alain Juppé et Jacques Chirac en 2004 et 2011, de Jean-Christophe Cambadélis en 2000 et 2006 et de son prédécesseur Harlem Désir en 1998, de Jean-Marie Le Pen en 2016 et de sa fille Marine le mois dernier. Elle gangrène aussi les organisations professionnelles, l’Inspection générale et surtout les syndicats de l’Éducation nationale, qui comptent plusieurs milliers de membres complètement déchargés de toute tâche d’enseignement.

Nous devons nous féliciter que la justice ait apparemment enfin décidé de mettre un terme à ces pratiques, et souhaiter qu’un grand ménage soit réellement fait, à tous les niveaux.

À SOS Éducation, vous le savez, notre seul objectif est l’amélioration du système scolaire. Nous ne faisons donc pas de politique au sens partisan. Toutefois, je tiens à répéter publiquement ici ce que j’ai eu l’occasion de dire à certains d’entre vous lors d’ateliers ou de rencontres au siège de notre association ces derniers jours :

  1. Les révélations du Canard enchaîné constituent une information. Mais le moment choisi pour ces révélations constitue une autre information. Dès le départ, cette affaire est apparue comme un contre-feu au scandale des chiffres truqués de la participation à la Primaire de la gauche. Et je n’ai pas oublié, contrairement à certains, que le même Canard enchaîné a réussi, en 1981, à dissimuler pendant plusieurs mois « l’affaire Papon », afin de la dévoiler entre les deux tours du scrutin présidentiel et de faire trébucher Valéry Giscard d’Estaing. L’histoire se répète sous nos yeux : la scénarisation de l’affaire Fillon, avec ce feuilleton parfaitement orchestré auquel nous assistons depuis deux semaines, est au moins aussi étonnante que son contenu. En 1981, c’est François Mitterrand, on le sait, qui était à la manoeuvre. En 2017, lorsque le parquet financier placé sous l’autorité directe du gouvernement ouvre une enquête moins de 24 heures après la publication des premiers articles, qui tire les ficelles ?
  2. Le même François Mitterrand a élevé sa fille cachée, Mazarine, aux frais de la République, avant que son fils Jean-Christophe ne trempe dans des affaires de ventes d’armes, d’abus de biens sociaux et de fraude fiscale. Son ex-Premier ministre Laurent Fabius est actuellement président du Conseil constitutionnel, et a un fils qui défraye la chronique judiciaire pour des affaires d’escroquerie, et de dettes laissées dans des casinos. Christiane Taubira fut Garde des Sceaux, et elle a tenté de faire annuler la condamnation de son fils à une peine de prison pour une affaire de vol. Nicolas Sarkozy a été notamment mis en cause en 2008 pour avoir parachuté son fils Jean à la présidence de l’Epad – l’établissement public d’aménagement du quartier d’affaires de La Défense. Etc., etc. C’est entendu, François Fillon a salarié son épouse et ses enfants, dans des circonstances qui seront éclaircies. Mais avant de pousser des cris d’orfraie, il serait bon de mettre en balance la gravité des chefs d’accusation, et de garder en mémoire qu’une élection présidentielle n’a rien à voir avec un concours de probité familiale. Nous avons besoin d’un chef avec les idées claires, et ce spécialement pour ce qui nous intéresse, à savoir le système éducatif.
  3. Quelles seront les conséquences de tout ceci pour notre engagement en faveur de la transmission des savoirs et du goût de l’excellence ? Je maintiens que le programme éducatif du candidat Fillon est solide. Mieux, que François Fillon est le seul, dans sa famille politique, à conjuguer en ce domaine une véritable ambition et une certaine crédibilité pour la mettre en œuvre. D’autres propositions intéressantes viendront peut-être sur la table. Mais pour l’heure, nous assistons à une triste surenchère d’incantations irréalistes (plutôt à droite, où l’on se gargarise des termes d’autorité et de mérite sans envisager le nécessaire changement du périmètre institutionnel pour les rendre à nouveau possibles) et de bégaiements stériles (plutôt à gauche, où la réflexion se limite souvent à l’augmentation des moyens et à la satisfaction des revendications syndicales). Reste l’inconnue Macron, qui fait toujours mystère de son programme. Pour l’heure, la sagesse commande de préférer un mieux possible à un pire certain.

François Fillon, jeté dans la fosse aux lions de médias orientés, fait les frais d’un calcul politique savamment orchestré. La justice se prononcera sur son cas, mais l’opinion publique se souviendra surtout de la polémique engendrée. Cela risque au final de coûter bien cher aux parents d’élèves et aux professeurs qui se battent pour relever l’École.

Claire Polin

Présidente de SOS Éducation

11 réflexions sur “Ce que je pense de l’affaire Fillon

  1. Entièrement d’accord! C’est du lynchage médiatique, à gauche comme à droite! MAIS il est temps de remplacer les promesses par des actes! Il y a quelqu’un, pour moi, qui pourrait changer la donne! MELENCHON! Je lui donnerais ma confiance, au risque de se casser la gueule! Jusqu’à présent, il ne tire pas de « casseroles »! J’ai revu Richard Bohringer lors de l’émission « On n’est pas couché » remettre tout le monde à sa place! Moment inoubliable!

  2. Libres réflexions :

    L’art de transformer une victoire quasi certaine en défaite … !

    Avec mon épouse, nous avons voté avec un certain enthousiasme pour F. FILLON aux primaires, (malgré sa volonté de démembrer la Sécurité Sociale ; ce qui ne nous convient pas).

    Nous pensions enfin avoir affaire à un digne successeur du Général De Gaulle (Fillon fut l’assistant parlementaire de Joël Le Theule – gaulliste d’une droiture exemplaire – prématurément décédé, à qui il succéda en qualité de député).

    Avec toutes les affaires d’argent (public ou non) révélées et les tâches fictives (quasi certaines) de cette famille, on est dans le registre du népotisme. De Gaulle président ne ferait certainement pas de cet homme un ministre.

    Avec mon épouse nous sommes tombés d’un gratte-ciel à la révélation des faits non contestés et non contestables, puisque les sommes ont bien fait l’enrichissement personnel de la famille Fillon.
    Même si après maintes plaidoiries, (confinant à l’alchimie et à l’absurdité), on en venait à estimer que la « légalité » c’est ça, eh bien nous serions revenus à l’ancien régime et à la négation des valeurs républicaines d’égalité devant la Loi.

    Du point de vue de l’éthique, de l’équité et de la morale, ces faits (d’ailleurs non contestés) interdisent le chemin de l’Elysée.
    Imagine t-on l’élection d’un Pape dans la même situation ? (M. Fillon n’a t-il pas mis en avant sa foi chrétienne ?)

    Aucun pays des démocraties nordiques ne tolèrerait cela ; le Royaume uni, l’Allemagne et les Etats-Unis pas davantage.

    Les Républicains avaient un boulevard conduisant à L’Elysée. Ce n’est plus le cas.

    En refusant de se retirer François Fillon va faire perdre son camp. Il pourrait même devenir l’artisan involontaire de l’élection de Marine Le Pen.

    S’il était élu malgré tout, son quinquennat mettrait dans la rue des millions de personnes, bien décidées à entraver ses réformes. Ce serait un nouveau gâchis pour 5 ans.
    S’il veut rendre un vrai service à la France, Monsieur Fillon doit céder la place.

    Nous qui croyions, après ce quinquennat calamiteux, avoir trouvé sinon l’homme providentiel, du moins un véritable homme d’état habité par le goût de servir son pays, (« une certaine idée de la France », comme le disait De Gaulle), nous sommes servis !
    En France, ce monde politique (de droite ou de gauche) complètement déconnecté du pays réel et essentiellement préoccupé de voir pérenniser ses privilèges est haïssable.

    « Résultat des courses » : Les électeurs acquis à la formation Les Républicains et à son programme, sont complètement déstabilisés et dans le désarroi le plus total. La dynamique est cassée. Nous voilà livrés à l’incertitude.

    Il ne sortira rien de bon de tout cela pour la France.

  3. Merci pour ce texte éclairant. Je souhaite ajouter quelques points.

    1) La lutte contre l’assistanat qui gangrène notre pays ne peut être sérieusement menée que par François Fillon.
    Il est le seul à avoir dénoncé le poids que font subir à notre pays les millions d’assistés du RSA à moins de 500 euros par mois. Je veux bien qu’il soit difficile de vivre avec moins de 500 euros par mois, mais quand même, les assistés exagèrent, en étant trop nombreux.

    2) En revanche, quelles que soient les réserves morales qu’on peut avoir à propos de la rémunération de membres de sa famille à 5000 euros par mois pour ouvrir des enveloppes de la main droite et en fermer d’autres de la main gauche, on doit constater que ce ne sont pas quelques postes d’assistants parlementaires en plus ou en moins qui vont changer grand chose. La vraie révolution libérale ne consiste pas à s’attaquer aux assistants, mais aux assistés !

    3) Mes deux arguments précédents reposent sur une analyse lucide de la réalité. Seuls les socialo-communistes partageux sont responsables du fait qu’ils peuvent sembler cyniques à certains, décérébrés par des années d’alternance entre les deux gauches en France, dont l’une est conventionnellement appelée la droite, selon le trait d’esprit du grand historien Maurice Thorez.

  4. Ooops, quel lapsus, excusez-moi, je voulais bien sûr parler du grand historien Maurice Druon.
    (Claire, si vous avez la possibilité de corriger ma bourde, merci. Sinon, je suis de toutes façons bon pour une séance sur le divan).

  5. Se battre pour redresser l’école.
    Les enseignants, et j’en suis un encore pour quelques mois, en ont assez de ces réformes ministérielles, que chaque nouveau ministre se croit obliger d’imposer, pour faire plaisir aux syndicats et avoir la paix.
    Nous en avons assez de ces syndicats qui ne représentent rien que leurs propres intérêts : encaisser un maximum de cotisations pour exister. Nous enseignants avons en charge l’éducation des élèves : pour faire cette éducation, il nous faut des programmes clairs et complets pour acquérir et parfaitement maitriser les fondamentaux : lire et écrire notre langue en en respectant l’orthographe et sa grammaire, compter et maitriser parfaitement les quatre opérations, avoir des notion de sciences, connaître la géographie et l’histoire de notre pays, et recevoir des notions d’instruction civique, nécessaire à notre vie en société. Ces fondamentaux sont indispensables pour aborder le collège, qui va approfondir les connaissances et donner les outils pour bien apprendre et bien mémoriser. Ce collège doit aussi préparer l’orientation de l’élève pour le second cycle : soit général, soit technique ou technologique pour acquérir un vrai baccalauréat, soit en apprentissage pour déboucher directement dans la vie active.
    Il est bien évident que pour arriver à ces résultats, il faut que les établissements soient en autonomie en relation directe avec les régions et non plus cette gestion étatique pyramidale. Il faudrait également que le mode de gestion soit entièrement modifié et que l’on passe à une gestion par le personnel de l’établissement, directeur, intendant, conseillés principaux d’éducation et que l’on arrête enfin cette gestion kolkhosienne de nos établissements.
    Donc par niveau il faut un programme bien défini avec des objectifs précis à atteindre par les élèves, ce qui nécessite des contrôles réguliers où sont évalués, les connaissances bien sûr, mais aussi l’usage des outils permettant l’acquisition de ces connaissances. Enfin dernier point et pas le moindre, les enseignants doivent être bien formés, dans leur matière et aussi et surtout aux outils pédagogiques et que l’on cesse de les bassiner par tous ces dogmes politicards de gauche. Il faut enfin supprimer tous ces falbalas inutiles dans l’éducation. Toutes les écoles qui réussissent sont celles du sérieux et de la rigueur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *