De la capitulation scolaire

Par Alain Bentolila sur le site de l’Express


 

Face aux dangers majeurs qui menacent notre intelligence collective, face aux défis difficiles que nous imposent les nouvelles technologies de l’information, face à l’affaiblissement préoccupant de la médiation familiale, l’école reste plus que jamais notre seul espoir. Mais peut-on croire encore en sa capacité de former les esprits des élèves, peut-on encore espérer qu’elle construise des citoyens résistants à l’inculture et à la passivité intellectuelles, quand ministres et administration se contentent mandat après mandat de négocier précautionneusement les conditions d’un statu quo de complaisance. Alors que la population scolaire s’est transformée en profondeur, alors que l’image de l’école et de ses maîtres s’est terriblement détériorée, on s’arrange entre responsables et syndicats pour que rien ne change vraiment.

L’école privée de son sens

Il est une question à laquelle nous devons répondre avec franchise et lucidité car elle est politique, et non pas idéologique: « Acceptons-nous que le destin scolaire et social d’un enfant soit scellé selon qu’il est né du bon ou du mauvais côté du périphérique, selon qu’il vit en zone urbaine ou rurale ou selon qu’il appartient à une famille culturellement favorisée ou non? » La réponse à une telle question dépasse de très loin les modes pédagogiques éphémères et les postures mondaines. Prendre position sur cette question permet en effet de distinguer les égoïstes hypocrites des humanistes généreux. On trouve d’ailleurs les uns et les autres à droite comme à gauche. Dans son immense majorité, le monde politique a progressivement perdu foi dans la capacité de l’école publique de dépasser les déterminismes sociaux! Il a perdu collectivement confiance dans sa vertu, non pas, bien sûr, de faire disparaître les inégalités individuelles et sociales, mais de refuser d’en être le reflet fidèle voire de les aggraver. En acceptant que l’échec scolaire soit une fatalité, ils privent l’école de son sens et précipitent les plus fragiles de nos élèves dans les bras de ceux qui tenteront un jour de transformer leurs frustrations en désespoir. L’école ne sera plus alors qu’une obligation pour les élèves et les parents, une charge pour l’état et un job devenu banal pour les profs.

La France n’aide pas ses enfants défavorisés

Il nous faut aujourd’hui inscrire au coeur du projet politique d’éducation le pouvoir de résilience de l’école. Ce pouvoir signifie que l’attention singulière portée aux plus fragiles de nos élèves, l’ambition et l’exigence signifiées aux plus démunis et enfin l’accompagnement constant de ceux qui n’ont reçu que silence et indifférence ont le pouvoir d’élargir leur horizon d’espoir scolaire et social. Dans l’évaluation des systèmes éducatifs, le taux de résilience est devenu un indicateur de première importance au plan international. La France l’utilise fort peu et on comprend pourquoi: le pourcentage d’enfants résilients (élèves performants malgré un handicap socio-économique) y est de 8% alors qu’il atteint 15% en Corée, de 14% en Finlande et qu’il dépasse 12% dans bien des pays qui consacrent des moyens moins importants que nous à l’éducation. La route sera donc longue et difficile pour rejoindre les nations bien plus soucieuses que nous du destin de leurs enfants les moins chanceux. Nous ne gagnerons pas cette bataille nécessaire en exigeant aveuglément des moyens supplémentaires ou en tranchant tout aussi aveuglément dans le vif. Car ne l’oublions pas, ce n’est pas l’augmentation des moyens qui induit les changements fertiles, ce sont les changements utiles qui imposent les moyens nécessaires.

Une école faite pour les privilégiés

Lorsqu’il fut décidé d’ouvrir largement les portes de l’école à tous les enfants de ce pays, nous avons collectivement pris l’engagement de les y recevoir tous tels qu’ils étaient: ceux issus de catégories sociales peu favorisées, mais aussi ceux de plus en plus nombreux « venus d’ailleurs », en équilibre culturel et identitaire instable. Cet engagement ne pouvait être tenu au sein d’une école qui était construite pour accueillir des privilégiés préalablement triés. Il eût fallu que cette école se transformât en profondeur dans ses contenus, sa pédagogie, la formation de ses maîtres et ses finalités professionnelles. Elle est en fait restée quasiment identique à elle-même. Même si elle a tenté de donner le change en multipliant des filières qui n’étaient en fait que des voies de garage, elle a en fait navigué entre complaisance et cruauté, maquillant l’échec en abaissant régulièrement ses ambitions, ses exigences et… ses moyens. Si elle a réussi la massification de ses effectifs, elle a complètement raté sa démocratisation.

Lire la suite sur le site de l’Express

 

Une réflexion sur “De la capitulation scolaire

  1. Bonjour,

    Vous citez un texte de Bentolila paru dans l’express. Cet auteur se lamente sur l’échec de l’école et son constat est bien réel. MAIS ce M. Bentolila en est un des principaux fossoyeur. C’est un hypocrite doublé d’un menteur. Il se cache derrière de grands mots sur la meilleure manière d’apprendre à lire (voir sa réponse au « cahier pédagogique » http://www.cahiers-pedagogiques.com/Polemiques-autour-de-la-lecture-des-chercheurs-repondent-aux-Cahiers qui est un exemple fameux du patois que ces gens là peuvent déblatérer), mais c’est lui qui est l’auteur de l’horrible méthode à fabriquer des dyslexiques « Gafi » qui est du 100% global, c’est lui qui lors de « formation » de maître apprend la lecture « prédictive ». Cet homme est un malfaiteur, il devra démissionner de son poste indéboulonnable de « pédagogue » du ministère et il devra répondre un jour de ses actions devant un tribunal pour avoir tué la lecture chez une génération entière d’enfant. Je vous prie d’ouvrir les yeux sur ce personnage peu recommandable spécialiste du double langage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *