Débat sur le chèque-éducation

Intéressant débat chez Mathieu L., alias «Le Privilégié», professeur d’histoire-géographie dans un lycée de ZEP en Seine-Saint-Denis. Il y donne son point de vue sur le chèque-éducation, mesure proposée par SOS Education. Il en rappelle le principe : «Il s’agit de redistribuer l’argent consacré aujourd’hui à l’éducation sous forme de chèque à l’ensemble des citoyens ayant des enfants pour leur permettre de choisir librement leur école.» Et en vient même à reconnaitre que «l’idée est très séduisante». Dès lors, pourquoi «Le Privilégié» ne croit-il pas aux «promesses de ce chèque» ?

D’abord, on considère qu’avec ce chèque, les familles auront le libre-choix de leurs écoles. On […] met donc en avant […] l’idée de libre-concurrence entre les écoles pour séduire le demandeur. Or, on sait que lorsqu’un système éducatif est mis en concurrence, ce ne sont pas les usagers qui choisissent leur établissement, mais les établissements qui choisissent leurs élèves.

Ils pourront aussi choisir leurs enseignants. Et les élèves choisis voudront, comme leurs enseignants, se trouver dans leur établissement, plutôt que de subir, dans le cas des élèves, leur établissement du fait de la carte scolaire, et, dans le cas des enseignants, par des mutations décidées verticalement par le ministère.

Qu’est-ce qui empêchera une école de demander un tarif plus élevé que le chèque-éducation ? On pourra comme cela créer des écoles pour riches qui absorberont en plus des fonds publics.

Rien n’empêche d’imaginer, d’abord, un chèque-éducation dégressif selon les revenus des parents. En outre, le montant proposé par le Parti libéral-démocrate (6810€) permettrait le financement d’une scolarité de base.

À lire aussi, le billet de L’Hérétique.

Roman Bernard

Chèque-éducation

0 réflexions sur “Débat sur le chèque-éducation

  1. Mathieu L ajoute : « Par exemple, imaginons un lycée qui peut accueillir 1 000 élèves, et pas plus. Si ce lycée a bonne réputation, comme un grand lycée du centre de Paris, il va recevoir 15 000 dossiers. Dans ce cas, c’est l’établissement qui choisira les meilleurs élèves et pourra continuer à dire qu’il est excellent. Ensuite, les élèves rejetés se rabattront sur les lycées de second rang, qui prendront les meilleurs dossiers rejetés ».

    Ce n’est pas faux. Et en effet, on peut retrouver au final les mêmes structures entre lycées prestigieux et lycées « poubelles ». Sauf que… sauf qu’en fait tout change. Les familles qui engageront cette dépense annuelle exigeront des résultats concrets et visibles. D’autre part, la mise en place de ce chèque éducation devrait s’accompagner de l’autonomie des établissements qui devront pratiquer une politique axée sur la réussite et « allécher » le client (eh oui). En définitive, les collègues devront se « bouger » davantage et ne pas se reposer sur leurs confort douillet. Quant à la sélection.. elle a toujours été et sera toujours et c’est tant mieux. Pourquoi diable le sport serait il le seul bastion de l’excellence et de la compétition. Personne ne songerait à remettre en cause la prééminence donnée à ceux qui terminent premiers au 100m. Les dossiers les meilleurs seront pris les premiers? Tant mieux. Aux élèves de donner le meilleur d’eux mêmes. A chacun son dû et à chacun de trouver sa place dans le système.

  2. Je rappelle également, que nous restons à Scolaria École bien en deçà de ce coûte réellement l’enseignement puisque nos prix vont de 4 500 € en cursus classique à 5 500 € en cursus linguistique, mais avec un séjour linguistique intégré.

  3. Pour ma part, je ne suis pas encore totalement convaincue par le chèque éducation. S’il est question de pouvoir choisir son école pourquoi ne pas tout simplement annuler la carte scolaire?
    Pourquoi faut il donner de l’argent à dépenser pour l’école? certes, on peut espérer que le fait de dépenser de l’argent va responsabiliser les familles, les élèves et les écoles. Mais cela peut aussi avoir des effets tout à fait inverses. Puisqu’il s’agit de l’argent donné par l’état aux familles, ce n’est pas LEUR argent qu’elles dépenseront. Comment va-t-on définir la somme? Les procédures autour risquent de devenir encore une usine à gaz, comme c’est souvent le cas avec les subventions de l’état.

    Enfin, l’argent seul ne résoudra pas le problème essentiel de la société qui ne veut plus SAVOIR. Je veux dire que le fait de disposer d’un chèque pour pouvoir mettre son enfant dans une « bonne école » n’aidera pas forcément les familles à prendre véritablement conscience de l’utilité et de la finalité des études. Dans certains cas, cela risque même d’accentuer les comportements clientélistes dans le mauvais sens du terme à l’égard des institutions : « on a payé, on veut le diplôme ».

    Je ne pense pas pour autant que cette idée de chèque éducation est mauvaise et inutile. Il faut encore en peser tous les pour et les contre.

      • La dessus, nous sommes d’accord. J’ai parlé un peu vite de la suppression de la carte scolaire, en effet. Ce sujet est vaste et j’espère continuer à voir sur ce blog des débats animés sur la carte scolaire et les moyens de changer la situation.

        En tout cas, pour qu’il y ait une véritable liberté de choix il faut admettre une liberté d’offre de formation. Et en particulier la possibilité de créer de nouvelles écoles. Seulement, il ne faudrait pas à mon avis que ces nouvelles écoles deviennent des arches de Noé avant que l’Education Nationale coule définitivement. Il faudrait à mon avis que l’offre publique reprenne de la force. Et pour cela, comme vous l’avez mentionné plusieurs fois ici, l’autonomie des établissements dans la gestion et le recrutement des enseignants est une mesure indispensable.

        Mais pour revenir au thème de chèque-éducation, je rejoins ceux qui s’inquiètent des effets secondaires, comme la sélection par argent. Ces effets pourraient s’avérer encore plus dramatiques en primaire qu’au lycée et collège. Qu’en pesnez vous?

        • Voici un témoignage sur l’assouplissement de la carte scolaire : http://soseducation-leblog.com/2009/05/25/assouplissement-de-la-carte-scolaire%C2%A0/ .

          Sur votre métaphore des écoles privées qui seraient des « arches de Noé » échappant au « déluge » de l’Education nationale : on peut aussi penser qu’une fois concurrencée, cette dernière se forcerait à se restructurer… Espérons.

          Enfin, sur les effets secondaires potentiels du chèque éducation : ce n’est pas parce qu’ils existent qu’on ne peut pas y remédier ! En ce qui concerne la sélection par l’argent, rien n’empêche d’imaginer un chèque-éducation dégressif selon les revenus des parents. Cette sélection par l’argent existe aujourd’hui avec la carte scolaire. Elle serait moindre si l’on mettait en place un chèque éducation dégressif selon les revenus des parents…

    • Anya, vous n’avez pas tort. Il faut éduquer les familles avant tout et surtout être très ferme avec les objectifs : Bien préciser que si l’enfant recevra la meilleure instruction, il est l’acteur de sa propre réussite qui passera par son travail et son mérite. on ne délivre pas un passeport pour un métier, on donne une solide culture humaniste pour en faire un être libre et lui donner les armes pour se former à un métier.
      A ce titre, je ne saurais trop insister sur la nécessité du recours à l’internat afin de combattre les effets souvent néfastes de l’éducation familiale consumériste.

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