Éducation en France : les contradictions d’un système au fond du gouffre

Le 9 septembre dernier, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a publié « Regards sur l’éducation », son rapport annuel concernant l’état de l’éducation dans le monde.

Comme tous les ans, le rapport s’articule autour de trois grands thèmes :

  1. le lien entre niveau de formation, compétences acquises, employabilité et accès à la formation professionnelle ;
  2. la situation des enseignants du premier et second degré ;
  3. les ressources investies dans l’éducation.

Il montre qu’une formation élevée n’est pas un gage de qualité du métier d’enseignant. En effet, si 90 % des enseignants français se disent bien préparés au contenu de la matière qu’ils enseignent, 40 % d’entre eux estiment être insuffisamment préparés au volet pédagogique de leur métier. Cela revient à dire que nos universités forment de bons mathématiciens, mais pas forcément de bons enseignants…

De plus, l’offre de formation continue en France n’est pas suffisamment centrée sur les besoins des enseignants.

Selon l’enquête TALIS (une enquête internationale qui vise à doter les pays de l’OCDE d’informations sur l’environnement professionnel des enseignants, leurs conditions de travail, l’influence que ces facteurs exercent sur l’efficacité des établissements scolaires et des enseignants) seulement 76 % des enseignants déclarent avoir suivi une activité de formation continue, contre 88 % des pays participants à l’enquête TALIS. Selon les enseignants, les formations proposées sont moins investies en France et le nombre de jours de formation est deux fois moins élevé en France (4 jours par an) qu’en moyenne dans les pays participants au TALIS (8 jours par an).

Selon le rapport de l’OCDE, « les enseignants en poste dans les écoles maternelles » en France « sont quasiment les seuls de tous les pays de l’OCDE à avoir obtenu un master durant leurs études. »

Voici le plus grand paradoxe de notre système éducatif : avoir des enseignants très diplômés et qui gagnent nettement moins que leurs collègues européens. En effet, depuis 2008 et la réforme Darcos, le niveau de formation des enseignants a été élevé de la licence (bac+3) au master (bac+5). Alors que les enseignants européens ne bénéficient pas forcément d’un niveau si élevé de formation, tout en gagnant beaucoup plus que les français.

Les enseignants en Europe, après 15 ans d’expérience, gagnent :

  • 2 403 euros par mois en maternelle (contre 2 189 euros en maternelle française)
  • 2 513 euros en primaire (contre 2 189 euros)
  • 2 612 euros au collège (contre 2 386 euros)
  • 2 760 euros au lycée (contre 2 405 euros)

Mais surtout, tableau à l’appui, l’OCDE montre qu’il y a bien une corrélation entre les performances des élèves et le niveau de salaire des enseignants :

« parmi les pays et économies où le PIB par habitant est supérieur à 20 000 dollars, les systèmes d’éducation qui rémunèrent davantage leurs enseignants obtiennent de meilleurs résultats. »

(cliquez sur le tableau pour zoomer)

(cliquez sur le tableau pour zoomer)

 

En regardant le tableau, nous pourrions être soulagés de voir la France se situer dans la moyenne… En réalité, elle court le risque de se faire doubler par les pays en voie de développement, qui font un effort considérable en matière de rémunération des enseignants. La France n’a pas encore compris l’importance d’attirer les meilleurs enseignants en leur offrant des salaires attractifs.

Éric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE, explique qu’au Brésil, par exemple, un enseignant travaillant dans un établissement difficile gagne « 60 % de plus qu’un enseignant dans un établissement classique ». Alors qu’en France, on préfère envoyer un jeune enseignant sans expérience à l’abatage, dans des classes difficiles et avec un salaire de stagiaire…

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *