François-Xavier Bellamy, professeur de philosophie

 

Etre professeur de philosophie et maire adjoint de Versailles : deux activités pour un seul homme, c’est déjà étonnant. Quand cet homme n’a que 29 ans, et s’adonne par ailleurs à l’écriture avec un talent remarquable, c’est encore plus étonnant. François-Xavier Bellamy publie cette semaine Les Déshérités, qui se pose assurément comme un des grands textes contemporains sur l’éducation. 50 ans après la publication du livre «Les héritiers : les étudiants et la culture» de P. Bourdieu, il fait un état des lieux alarmant de la crise actuelle de la transmission culturelle. L’ensemble du savoir et de l’expérience humaine devant être transmis est selon lui remis en cause par une rupture inédite du dialogue entre les générations.

« J’aime mon métier de professeur par-dessus tout ». A l’entendre, on sent qu’il dit vrai. « Ce rôle auprès des jeunes est primordial, parce que l’école n’a pas rempli sa mission, parce qu’il y a eu rupture de transmission, parce qu’il y a une vraie soif qui n’a pas été étanchée. Notre génération va devoir affronter des défis considérables. Mon expérience d’enseignant m’a révélé le visage d’une génération qui sort du lycée en n’ayant pas le socle nécessaire pour construire une société ». Devant la confusion des débats publics, François-Xavier souhaite apporter à ses élèves, par son engagement éducatif et par la philosophie, une capacité à argumenter, à clarifier les concepts pour mettre fin à la pauvreté de la réflexion collective.

Extrait :

« La lecture se trouve en fait à l’exact opposé de la logique informatique : elle semble déjà appartenir à l’histoire de l’information. La pratique du présent, c’est le téléchargement de données, dont nous voudrions réduire à néant la durée, afin de parvenir enfin à cette immédiateté qui nous obsède. Disposer de toute l’information, partout, tout de suite, à portée de clic – et diminuer sans cesse le nombre de ces clics et le temps nécessaire avant d’arriver au but : voilà l’utopie contemporaine et l’objectif que nous nous sommes fixé. Il faudrait que le but soit toujours déjà là, que toute distance soit supprimée. Dans cette course de vitesse, le livre a perdu d’avance ; car la distance, c’est l’être même du texte: la valeur de la lecture ne réside pas dans le fait d’arriver au point final, mais dans le chemin que l’on suit vers lui depuis le premier mot. C’est dans sa fin, atteinte la plus vite possible, que le téléchargement réussit ; c’est dans son processus, et dans le temps qu’il représente, que la lecture prend son sens. Tendre vers l’immédiateté, ou prendre le temps de la médiation : notre époque semble avoir choisi.

De façon très concrète, l’instantanéité de notre univers d’informations continues nous rend à peu près incapables de l’effort patient que représente la lecture.

Que restera-t-il de l’homme en effet quand toute la culture aura été déconstruite ? Il restera la barbarie. »

François-Xavier Bellamy, Les Désherités

Deshérités

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Une réflexion sur “François-Xavier Bellamy, professeur de philosophie

  1. « O rage, o désespoir, o vieillesse ennemi », c’est l’avare de Molière quand il a perdu sa cassette…
    Les îles où Napoléon a été exilé? « Jersey et Guernesey »….
    Victor Hugo s’est-il exilé pendant le Premier Empire?

    Ce genre de perles dans la bouche d’un polytechnicien de 24 ans, fort aimable jeune homme au demeurant.
    Significatif, non?

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