0 réflexions sur “Gâchis national

  1. Les propositions d’SOS Education relèvent ici du simple bon sens, et elles font mouche. On voit se manifester aussitôt les zélateurs des sciences de l’Education qui n’ont d’autres arguments que de renvoyer ces mesures à un passé lointain et révolu, voire même nauséabond fleurant bon le Pétainisme. Cette propension à tout ramener aux années 40 montre bien la difficulté à poser clairement et de manière pragmatique les maux actuels de l’enseignement dans les Ecoles, Collèges et Lycées.
    Je suis professeur en lycée et en collège depuis 20 ans dans le public et je ne supporte plus la dégradation continuelle de nos conditions d’enseignement. Soyons lucides :

    1. La responsabilité première est familiale. Société consumériste, jouissance immédiate, crise des valeurs, doltoïsation de la société (la malheureuse fut souvent mal comprise), sacralisation de l’enfant qui est devenu le centre de la cellule familiale (et du système scolaire), médias glorifiant l’ado consommateur, le « jeune » (autre volapuk du langage socialisant) – il suffit de voir l’ahurissant documentaire de Canal + sur les ados ce début de semaine – et enfin mépris souvent constaté à l’égard d’un corps enseignant qui hélas n’est pas toujours exempt de reproche. Bien entendu, il ne s’agit pas de nier une paupérisation sociale de plus en plus visible dans les cités et en milieu rural (où j’enseigne).

    2. La crise du primaire : je ne reviendrai pas sur les ravages de la méthode globale (toujours appliquée dans la majorité des écoles malgré les dénégations des « spécialistes »), mais je voudrais rappeler que le redoublement en primaire est quasi inexistant et que les élèves ont officiellement jusqu’à la fin du cycle élémentaire pour savoir lire et écrire (CE2), ce qui est totalement suicidaire. Si on ajoute à cela que l’école primaire est devenue une école de l »éveil » et non de l’acquisition des fondamentaux (les exercices à la maison ont été très longtemps interdits) et que fort peu de « professeurs des Ecoles » (vocable pompeux consacrant ceux des instituteurs ayant fait allégeance à Saint Meirieu) ne montre de goût ni d’intérêt ou simplement même de compétence pour l’histoire, la géographie, les mathématiques, les dictées (orthographe, sciences des ânes disent nos chers pédagogistes) et préfèrent les ateliers cuisines, ou mener des débats stériles (peut on débattre quand on pas encore acquis les clés du vocabulaire?). On comprend dès lors pourquoi nous récupérons en sixième des élèves qui ne savent absolument RIEN.

    3. En effet, depuis 10 ans que je suis dans le même collège, j’ai régulièrement demandé des sixièmes tous les deux ans. Il y a encore dix ans, nous pouvions encore parler de la règle des trois tiers : 1/3 d’excellents élèves parfaitement préparés, 1/3 d’élèves moyens pouvant glisser selon la gestion de la classe dans le premier tiers ou le dernier tiers qui regroupaient les élèves « radiateurs » c’est à dire ceux qui décrochaient très vite, faute d’acquis nécessaires. Aujourd’hui, cette règle n’est plus. Elle est remplacée par celle des 10% : C’est le pourcentage d’élèves en capacité de suivre le programme proposé en collège. La moitié d’une classe est dès la sixième pratiquement perdue pour le lycée (déjà) et décroche progressivement. On comprend dès lors pourquoi on veut transformer le collège en abaissant considérablement les exigences (nous avons déjà de grandes pression de notre hiérarchie pour « adapter » nos cours et notre notation au « nouveau public »). Le lycée est le continuateur naturel de ce gâchis immense ; le nouveau programme des mathématiques en seconde supprime géométrie, algèbre, déduction pour se consacrer à l’outil informatique uniquement.

    4. Enfin pour terminer, tout cadre structurant a disparu de notre univers. Le Surveillant Général est devenu Conseiller d’Education (un conseiller conseille « ce n’est pas mon rôle de punir » me disait un des CPE de mon collège devenu depuis principal de collège!), les couloirs et la cour de récréation sont devenus des lieux de violence ordinaire (en nette hausse depuis trois ans) jamais sanctionnés, les parents et mêmes les élèves deviennent procéduriers (judiciarisation de la société oblige). Pas de structuration externe, et aucune interne non plus : les élèves qui vivent dans un présent éternel, cocon douillet d’où personne ne songe à les en sortir n’ont aucune notion de chronologie, de rigueur, et ont une paresse intellectuelle de plus en plus inquiétante (même chez les « bons » élèves).

    Je ne force pas le trait. Je constate simplement ce qui se passe dans mon métier et j’ai décidé de ne plus être ce spectateur. Je me suis aperçu qu’il était pratiquement impossible de changer l’Education Nationale de l’intérieur. Nous sommes dans le règne des bureaucrates courtelinesques. Tel principal a vu sa notation stagner pour avoir initié trop de conseils de discipline! Tel autre, paternaliste et fuyant envers les collègues se montre patelin et systématiquement « social » devant les élèves perturbateurs : « Ne t’en fais pas, je ne suis pas comme ton méchant professeur, je te comprends mon enfant » (sic! mésaventure advenue à l’un de mes collègues)

    J’ai donc pris la décision de réagir. J’ai lu plus haut dans un commentaire une opposition formelle au Privé, à l’uniforme scolaire (censé brimer l’épanouissement). je répondrai que l’Ecole n’est pas faite pour « épanouir » l’élève, il y a d’autres activités pour cela. L’Ecole doit fournir un cadre structurant et « élever » l’enfant vers le statut d’Homme, dans le sens d’honnête Homme éclairé et capable de voir plus loin, juché sur les épaules de ces aïeux. Naïf ? J’accepte volontiers le terme. Je préférerai toujours la classe et la discrétion élégante d’un Paul Guth à la lourdeur vulgaire d’un Cohn Bendit (pour ceux qui se rappelle une certaine émission de Pivot en 1975).

    Depuis un an, je travaille sur un projet d’école (du primaire au lycée) privée laïque et hors contrat (donc totalement indépendante des Diktats de l’institution) : SCOLARIA. Il s’agit de créer une « public school » à la française. Sélection, haut niveau d’exigence et formation morale et intellectuelle solide. A mon sens, on ne peut « sauver » la classe moyenne de ce pays qu’en lui proposant une structure élitaire (l’élite pour un grand nombre) et en proposant un internat, élément indispensable à une restructuration sociale. Un primaire ouvrira en Normandie (près de Rouen) dès septembre 2010, le collège en septembre 2012 et une seconde en septembre 2014. Trois cursus seront proposés aux parents au collège : Classique (latin, littérature), Scientifique (Maths et Sciences renforcées), et Linguistique (dès la sixième deux langues : anglais et chinois, échanges avec les USA et la CHINE). Des classes relais permettront aux élèves qui n’auront pas un niveau suffisant pour accéder directement à ces trois cycles seront également proposées pour pallier les lacunes. Le Primaire, fondé sur le syllabisme et la méthode SLECC (Savoir Lire, Ecrire, Compter, Calculer) favorisera l’entrée au collège SCOLARIA.

    Vous pouvez consulter le site du projet à l’adresse suivante :

    http://scolaria.fr/scolariaecole/

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