Journées ordinaires en SEGPA

[…]Je me suis épuisée à tenir mes classes à bout de bras, à force de volonté… pour des résultats aberrants.

Les gamins qui se mettaient d’accord dans les rangs sur la façon de faire craquer le prof avant la fin de l’heure… Un môme refusant de se taire en classe et me disant: de toute façon, je vais vous faire craquer, vous prendrez un arrêt et on aura la paix… Une petite gamine de 6ème perchée sur une chaise pendant que les autres tapaient du point sur la table pour ponctuer son discours et hurlant :

Oui, vous, les profs, vous croyez que vous faites la loi, mais c’est pas vrai, c’est nous qui la faisons !

À quoi bon continuer d’être vidée à chaque fin de cours, avec des baisses de tension et des papillons devant les yeux ? J’allais y laisser ma peau…  J’ai pris une dispo : accordée, bien entendu.

Le chef d’établissement, tout comme l’inspecteur ont été éberlués :

Mais si VOUS, vous ne tenez pas, qui va tenir ?

J’ai essayé de bien faire jusqu’au bout. Je n’ai pas baissé les bras. Mais j’étais aussi consciente que je ne pouvais pas continuer comme ça : ce n’est pas pour faire flic que j’ai signé, c’est pour aider les élèves en difficulté. À partir du moment où ce public captif nous considère comme des flics parce que l’institution n’est plus capable d’offrir un cadre cohérent pour qu’on travaille, je n’ai plus ma place dans le système. Deux mois plus tard, j’ai déposé mon dossier de retraite, car j’ai heureusement 4 enfants, ce qui m’a permis de le faire. Accordée, bien entendu!

En entrant dans l’institution, je m’étais donné 10 ans avant de repartir vers des publics d’adulte, j’ai fait plus de 20 ans avec les jeunes et surtout j’avais dit que jamais au grand jamais, je deviendrais l’un de ces profs de fond de salle, des profs qui disent du mal de leurs élèves qui le leur rendent bien… Mais bien entendu, je ne peux m’empêcher de penser aux collègues qui se sentent prisonniers de leur travail et qui sont broyés par leurs conditions de travail…

Si vous aussi vous souhaitez témoigner, rendez-vous sur notre site.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *