La chaîne du redoublement

Le Privilégié propose aux blogueurs spécialisés dans l’éducation de répondre à cette intéressante question : faut-il maintenir le redoublement ? Ce professeur d’histoire-géographie en lycée voulait ainsi réagir aux propos de Nicolas Sarkozy sur la réforme du lycée. Le chef de l’État a en effet déclaré que « le redoublement doit devenir l’exception. » Et le Privilégié de pointer la désuétude de cette pratique, qui est subordonnée à l’acceptation des parents au collège et en première, seul le passage de la seconde à la première restant à la discrétion du conseil de classe. Il ajoute à cela les critiques que l’OCDE adresse à la France en la matière, 15 % des lycéens redoublant leur seconde. Et déplore l’inutilité du redoublement pour la plupart des élèves.

Il fait en revanche part de l’argument de certains de ces collègues favorables, selon lequel le redoublement permet de motiver les élèves de seconde, à un niveau où il leur faut faire le choix déterminant de la filière.

Il manque à son argumentaire une idée qui m’apparaît première : l’exigence de niveau. Comme l’a déjà dit à plusieurs reprises David Barbaud, lui aussi professeur d’histoire-géographie, en commentaire à ce blog, de plus en plus d’élèves passent dans la classe supérieure sans avoir le niveau. Dans son établissement, il n’est pas rare que des troisièmes passent en seconde avec une moyenne de sept sur vingt ! Il n’apparaît pas très raisonnable de laisser passer des élèves à un niveau supérieur alors qu’ils n’ont même pas acquis les bases du niveau précédent. Le Privilégié a beau dénoncer l’« humiliation » qu’implique selon lui le redoublement pour les élèves, on attend sa solution pour éviter le nivellement par le bas qui découlerait de son absence.

L’argument plus recevable, en revanche, consiste à dire que le redoublement est inutile pour la plupart des élèves qui le « subissent ». Il faudrait alors aller au bout de cette logique et se demander si, pour certains élèves, il ne serait pas préférable de quitter la voie générale où, manifestement, ils ne sont pas à leur aise.

Par exemple, comment aborder cette question sans remettre en cause le collège unique ? C’est à cause de celui-ci que tous les élèves doivent recevoir le même enseignement, même si cela implique l’ennui des élèves ayant des facilités et le retard de ceux ayant des difficultés, retard qui peut conduire jusqu’au redoublement.

La question du redoublement se poserait-elle si chaque élève pouvait suivre un enseignement adapté à ses capacités et ses aspirations, et non un enseignement uniforme, faisant fi de la diversité des aptitudes ?

Roman Bernard

0 réflexions sur “La chaîne du redoublement

  1. Je crois moi aussi qu’il faut tempérer le principe du collège unique.
    Le redoublement ne saurait être en soi une solution suffisante bien que nécessaire.
    Je pense qu’un élève redoublant devrait être « accompagné » par un personnel qualifié afin d’identifier et traiter la source du problème.
    Parfois il s’agira d’un problème social, culturel, personnel, psychologique, médical, etc… De fait, il ne s’agirait pas tellement d’un redoublement mais plus d’un accompagnement.
    Comme indiqué, c’est mettre à mal le principe du Collège Unique. Mais n’est-il pas temps?

    • Il y a aussi un autre argument, que je n’ai pas avancé car il m’aurait mené loin : le principe des classes qui correspondent à un âge précis est aussi à aménager : si des élèves redoublent, c’est parfois parce qu’ils manquent de maturité. Cela existe dans certaines formations en sport-études, comme des écoles d’ingénieur ou de commerce. Des sportifs de haut niveau s’adonnent à leur sport, et mettent un peu plus de temps à finir leurs études. À la fin, ils ont le même diplôme, et une expérience originale. Pourquoi ne pas laisser cette possibilité à des niveaux plus précoces ?

  2. Dans la conception actuelle de l’école, le redoublement en effet est souvent voué à l’échec car l’élève redoublant n’est pas mis dans une structure lui permettant de rattraper son retard. il reproduit le plus souvent le même manque d’implication que l’année précédente.
    Il faut en finir avec cette conception grotesque que le « jeune » est sur un modèle uniformisé et qu’une classe d’âge doit forcément se trouver en telle ou telle classe.
    Mettre fin à hétérogénéité absurde et inefficace et établir des groupes de niveaux progressant à leur rythme est une des solutions au problème. Établir des classes relais qui se chargent des élèves les plus en difficulté. Mais changer l’âme de l’école est une longue lutte qui ne fait que commencer.
    Si déjà on commençait à dire posément aux familles que leur enfant doit avoir telle moyenne pour passer en classe supérieur et que ce n’est en rien négociable, les choses soudain s’arrangeraient fortement pour les deux tiers des élèves du primaire et du secondaire.
    Mais le manque de courage est le premier vice de notre chère école.

    • J’ai vu cela. J’ajoute à ce que j’ai dit dans mon billet que la réorientation que tu proposes serait d’autant mieux acceptée qu’elle serait plus précoce et ne serait donc pas présentée – et ressentie – comme une voie de garage.

  3. J’admets être assez surpris par votre prise de position à la fin, à laquelle je souscris.

    Pour le reste, j’estime que l’expulsion des élèves du général n’est pas la solution approprié si le but est d’élever le niveau moyen des élèves. La sélection bénéficie toujours aux mêmes. Pour moi, un enseignement de qualité viserait à rechercher toutes les solutions pour amener tous les élèves au plus haut niveau d’exigence. Aujourd’hui, nous ne faisons pas cela : nous pouvons aider les élèves moyens ou un peu juste, mais n’avons que peu de recettes face à la grande difficulté.

    Le redoublement reste un moyen pour l’école de se défausser sans rechercher de solution réelle aux difficultés des élèves. C’est dommage, car le redoublement est coûteux et que l’on pourrait utiliser ces moyens autrement.

    Je n’ai pas donné de solutions car mon but était de voir les idées des autres sur le sujet. Je le ferai sans doute dans un futur billet-bilan de la chaîne, mais je suis attentif à vos attentes de mes solutions.

    • Comme quoi, tout arrive.

      Quand vous dites que la sélection bénéficie toujours aux mêmes, cela serait vrai si l’on continuait à mettre la voie générale (et, à l’intérieur de celle-ci, la filière S) au sommet de la pyramide du secondaire. Montrer aux élèves plus manuels ou bien techniques qu’ils feront de meilleures carrières en étant par exemple artisans, et sélectionner dans les filières qui y conduisent les meilleurs éléments, peut constituer un début de solution. En tout cas, et c’est sans doute là que vous, L’Hérétique ou moi sommes le plus d’accord, la situation actuelle n’est pas bonne.

  4. Le gouvernement avait parlé de l’apprentissage à 14 ans suite aux émeutes de 2005 ? Pourquoi ne pas avoir exploré davantage cette idée ?
    Dévaloriser les métiers manuel était et est une grave erreur.
    Pour ce qui est de ce collège unique hétérogène, je lui trouve quand même une capacité à mécontenter beaucoup de monde.

  5. Bon… Tout le monde a l’air plus ou moins d’accord sur le sujet alors : offrir des parcours diversifiés, ne rien lacher sur le niveau, en finir avec l’ingérable hétérogénéité.

    Il y a un point qui me gêne sur le billet, c’est l’expression « quitter la voie générale ». Tant qu’il y aura une différenciation de « voies » qui définit implicitement une hiérarchie, il n’y aura pas de valorisation possible pour les divers parcours possibles.
    Je rêve de lycées où les matières enseignées sont différentes (parce que, sur l’ensemble du système, le nombre de matières enseignées est grand) mais où les comparaisons d’acquis seraient objectivement possibles matière par matière, quelle que soit la spécificité du lycée.

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La chaîne du redoublement

Le Privilégié propose aux blogueurs spécialisés dans l’éducation de répondre à cette intéressante question : faut-il maintenir le redoublement ? Ce professeur d’histoire-géographie en lycée voulait ainsi réagir aux propos de Nicolas Sarkozy sur la réforme du lycée. Le chef de l’État a en effet déclaré que « le redoublement doit devenir l’exception. » Et le Privilégié de pointer la désuétude de cette pratique, qui est subordonnée à l’acceptation des parents au collège et en première, seul le passage de la seconde à la première restant à la discrétion du conseil de classe. Il ajoute à cela les critiques que l’OCDE adresse à la France en la matière, 15 % des lycéens redoublant leur seconde. Et déplore l’inutilité du redoublement pour la plupart des élèves.

Il fait en revanche part de l’argument de certains de ces collègues favorables, selon lequel le redoublement permet de motiver les élèves de seconde, à un niveau où il leur faut faire le choix déterminant de la filière.

Il manque à son argumentaire une idée qui m’apparaît première : l’exigence de niveau. Comme l’a déjà dit à plusieurs reprises David Barbaud, lui aussi professeur d’histoire-géographie, en commentaire à ce blog, de plus en plus d’élèves passent dans la classe supérieure sans avoir le niveau. Dans son établissement, il n’est pas rare que des troisièmes passent en seconde avec une moyenne de sept sur vingt ! Il n’apparaît pas très raisonnable de laisser passer des élèves à un niveau supérieur alors qu’ils n’ont même pas acquis les bases du niveau précédent. Le Privilégié a beau dénoncer l’« humiliation » qu’implique selon lui le redoublement pour les élèves, on attend sa solution pour éviter le nivellement par le bas qui découlerait de son absence.

L’argument plus recevable, en revanche, consiste à dire que le redoublement est inutile pour la plupart des élèves qui le « subissent ». Il faudrait alors aller au bout de cette logique et se demander si, pour certains élèves, il ne serait pas préférable de quitter la voie générale où, manifestement, ils ne sont pas à leur aise.

Par exemple, comment aborder cette question sans remettre en cause le collège unique ? C’est à cause de celui-ci que tous les élèves doivent recevoir le même enseignement, même si cela implique l’ennui des élèves ayant des facilités et le retard de ceux ayant des difficultés, retard qui peut conduire jusqu’au redoublement.

La question du redoublement se poserait-elle si chaque élève pouvait suivre un enseignement adapté à ses capacités et ses aspirations, et non un enseignement uniforme, faisant fi de la diversité des aptitudes ?

Roman Bernard

12 réflexions sur “La chaîne du redoublement

  1. Je crois moi aussi qu’il faut tempérer le principe du collège unique.
    Le redoublement ne saurait être en soi une solution suffisante bien que nécessaire.
    Je pense qu’un élève redoublant devrait être « accompagné » par un personnel qualifié afin d’identifier et traiter la source du problème.
    Parfois il s’agira d’un problème social, culturel, personnel, psychologique, médical, etc… De fait, il ne s’agirait pas tellement d’un redoublement mais plus d’un accompagnement.
    Comme indiqué, c’est mettre à mal le principe du Collège Unique. Mais n’est-il pas temps?

    • Il y a aussi un autre argument, que je n’ai pas avancé car il m’aurait mené loin : le principe des classes qui correspondent à un âge précis est aussi à aménager : si des élèves redoublent, c’est parfois parce qu’ils manquent de maturité. Cela existe dans certaines formations en sport-études, comme des écoles d’ingénieur ou de commerce. Des sportifs de haut niveau s’adonnent à leur sport, et mettent un peu plus de temps à finir leurs études. À la fin, ils ont le même diplôme, et une expérience originale. Pourquoi ne pas laisser cette possibilité à des niveaux plus précoces ?

  2. Dans la conception actuelle de l’école, le redoublement en effet est souvent voué à l’échec car l’élève redoublant n’est pas mis dans une structure lui permettant de rattraper son retard. il reproduit le plus souvent le même manque d’implication que l’année précédente.
    Il faut en finir avec cette conception grotesque que le « jeune » est sur un modèle uniformisé et qu’une classe d’âge doit forcément se trouver en telle ou telle classe.
    Mettre fin à hétérogénéité absurde et inefficace et établir des groupes de niveaux progressant à leur rythme est une des solutions au problème. Établir des classes relais qui se chargent des élèves les plus en difficulté. Mais changer l’âme de l’école est une longue lutte qui ne fait que commencer.
    Si déjà on commençait à dire posément aux familles que leur enfant doit avoir telle moyenne pour passer en classe supérieur et que ce n’est en rien négociable, les choses soudain s’arrangeraient fortement pour les deux tiers des élèves du primaire et du secondaire.
    Mais le manque de courage est le premier vice de notre chère école.

    • J’ai vu cela. J’ajoute à ce que j’ai dit dans mon billet que la réorientation que tu proposes serait d’autant mieux acceptée qu’elle serait plus précoce et ne serait donc pas présentée – et ressentie – comme une voie de garage.

  3. J’admets être assez surpris par votre prise de position à la fin, à laquelle je souscris.

    Pour le reste, j’estime que l’expulsion des élèves du général n’est pas la solution approprié si le but est d’élever le niveau moyen des élèves. La sélection bénéficie toujours aux mêmes. Pour moi, un enseignement de qualité viserait à rechercher toutes les solutions pour amener tous les élèves au plus haut niveau d’exigence. Aujourd’hui, nous ne faisons pas cela : nous pouvons aider les élèves moyens ou un peu juste, mais n’avons que peu de recettes face à la grande difficulté.

    Le redoublement reste un moyen pour l’école de se défausser sans rechercher de solution réelle aux difficultés des élèves. C’est dommage, car le redoublement est coûteux et que l’on pourrait utiliser ces moyens autrement.

    Je n’ai pas donné de solutions car mon but était de voir les idées des autres sur le sujet. Je le ferai sans doute dans un futur billet-bilan de la chaîne, mais je suis attentif à vos attentes de mes solutions.

    • Comme quoi, tout arrive.

      Quand vous dites que la sélection bénéficie toujours aux mêmes, cela serait vrai si l’on continuait à mettre la voie générale (et, à l’intérieur de celle-ci, la filière S) au sommet de la pyramide du secondaire. Montrer aux élèves plus manuels ou bien techniques qu’ils feront de meilleures carrières en étant par exemple artisans, et sélectionner dans les filières qui y conduisent les meilleurs éléments, peut constituer un début de solution. En tout cas, et c’est sans doute là que vous, L’Hérétique ou moi sommes le plus d’accord, la situation actuelle n’est pas bonne.

  4. Le gouvernement avait parlé de l’apprentissage à 14 ans suite aux émeutes de 2005 ? Pourquoi ne pas avoir exploré davantage cette idée ?
    Dévaloriser les métiers manuel était et est une grave erreur.
    Pour ce qui est de ce collège unique hétérogène, je lui trouve quand même une capacité à mécontenter beaucoup de monde.

  5. Bon… Tout le monde a l’air plus ou moins d’accord sur le sujet alors : offrir des parcours diversifiés, ne rien lacher sur le niveau, en finir avec l’ingérable hétérogénéité.

    Il y a un point qui me gêne sur le billet, c’est l’expression « quitter la voie générale ». Tant qu’il y aura une différenciation de « voies » qui définit implicitement une hiérarchie, il n’y aura pas de valorisation possible pour les divers parcours possibles.
    Je rêve de lycées où les matières enseignées sont différentes (parce que, sur l’ensemble du système, le nombre de matières enseignées est grand) mais où les comparaisons d’acquis seraient objectivement possibles matière par matière, quelle que soit la spécificité du lycée.

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