La colère des orthophonistes (suite)

Ouvrons les yeux : nos enfants qui consultent des spécialistes des troubles du langage ne souffrent pas tous de dyslexie, de dysorthographie ou de dyscalculie. Beaucoup d’entre eux souffrent simplement de DYSPÉDAGOGIE ! Parce que les méthodes choisies ne sont pas les bonnes et qu’elles génèrent des troubles là où au contraire elles devraient poser les bases … À lire de toute urgence, le nouveau témoignage d’une orthophoniste.

Orthophoniste, je constate tous les jours les méfaits des méthodes à départ global. Le souci est que dès la maternelle, on formate le cerveau des enfants sur ce mode de lecture qui considère le mot comme une image et amène donc le cerveau droit à travailler au lieu du gauche.

Si l’on revient enfin au syllabique pour le bonheur des enfants (ça videra sûrement une grande partie de nos cabinets et fera faire des économies à la sécurité sociale), il faut aussi traiter le problème en maternelle. Petite, je me souviens que chaque enfant au lieu d’écrire son prénom sur ses dessins, signait son travail avec un tampon : il est donc possible de faire disparaître le global en maternelle aussi.

Aujourd’hui, on demande aux enseignants de ne pas donner de travail écrit à faire à la maison. Au cours de ma scolarité, je me souviens avoir eu de nombreux exercices à faire (bled et mathématiques) à l’école et le soir, ce qui permettait l’automatisation des règles, sans parler des vraies dictées quasi quotidiennes. Or aujourd’hui, exit les exercices et les dictées d’où une absence d’automatismes en écriture. Il paraîtrait à chacun absurde d’attendre d’un automobiliste les bons réflexes de conduite lors d’un accident, si on ne lui a donné que l’enseignement théorique de la conduite, 2 ou 3 heures de cours et qu’il ne conduit quasi jamais ! Eh bien, c’est pourtant ce que les pédagogues responsables des programmes et manuels scolaires attendent des enfants. Alors revenons aux fondamentaux, apprendre à lire, écrire, compter et réfléchir sans fioriture, n’ayons pas peur de parler d’instruire les enfants et de reconnaître que l’adulte possède le savoir et doit le transmettre ce qui sécurise les enfants

Tous les enseignants n’utilisent pas les mêmes méthodes et il serait indispensable de soutenir ceux qui ont fait le choix, parfois à leurs risques et périls, de lutter contre le système. C’est grâce à ceux-là que j’ai appris il y a 25 ans à lire avec la méthode BOREL couplée avec du Montessori. J’en garde un très bon souvenir. Je dois beaucoup à la directrice ce l’école qui contre vents et marées a lutté pour maintenir cette méthode dans son école, partant du principe que si ça aidait les enfants en difficulté ça ne ferait aucun mal aux autres.A  l’époque sur 2 classes ( = 45 élèves) d’un même niveau, seuls 2 enfants étaient suivis en orthophonie ! Aujourd’hui sur une classe de 20 élèves, il n’est pas rare que 5 ou 6 soient suivis par le RASED, l’orthophoniste et même en soutien scolaire. Orthophoniste aujourd’hui, je m’étonne que certains de mes collègues ne voient pas le problème mais aussi que des enseignants ne remettent pas en cause leur méthode quand la moitié de leur classe de CP est suivie en orthophonie!

Je me permets aussi de remarquer que les travaux de Mme Nuyts, dont il n’est pas fait référence sur ce site, pousse l’analyse des difficultés scolaires bien plus loin et incrimine aussi les méthodes d’enseignement de la grammaire et des mathématiques. Je peux témoigner de la véracité de ses propos et de l’efficacité des moyens qu’elle propose. Nombreux sont les enfants qui souffrent de dyspédagogie et non de dyslexie, dysorthographie, dysgraphie ou dyscalculie !

J’espère que le combat de SOS Éducation aboutira mais ne se cantonnera pas à la méthode de lecture même si elle est la base de tout.

Madame C., orthophoniste, dans le Nord

Note de la rédaction :

Vous aussi vous pouvez agir !

Vous pouvez comme cette orthophoniste nous transmettre votre témoignage ou vous pouvez passer à l’action, directement en écrivant à votre député. . Ils ont besoin de savoir que vous êtes nombreux à demander l’utilisation de la méthode syllabique dans nos écoles pour agir. Alors n’hésitez pas, faites leur savoir.

7 réflexions sur “La colère des orthophonistes (suite)

  1. Plusieurs remarques : je rappelle toujours à mon grand désespoir que la société a changé. Même si on peut incriminer certaines méthodes (qui restent minoritaires pour moi…et majoritaires pour vous!), la société a changé. Moins de suivi à la maison, des enfants à qui on ne parlent pas et qui restent devant la télévision. Pourquoi tapez vous toujours sur les enseignants et pas sur les parents un peu !!! A vous entendre la méthode globale en maternelle est à bannir. J’ai un peu de mal à comprendre ce que vous appelez méthode globale en maternelle. Si c’est reconnaître des mots sans les lire alors oui, nous faisons de la méthode globale ce qui n’est pas en contradiction avec le mouvement montessori. Que préconisez-vous ? D’apprendre à lire à 4 ans ?
    Quand aux devoirs écrits, je vois beaucoup d’enseignants en donner à la maison (pour ma part je ne donne que des lectures, des poésies et des dictées donc pas de devoirs écrits!!!).
    Votre allusion à la conduite est mal venue. Quand je prends des leçons de conduite, je ne fais pas que regarder le moniteur, je conduis. Et bien en 6 heures de classe, nous n’enseignons pas que la théorie, nous pratiquons également. Je ne peux laisser la pratique à la maison car les parents de mes élèves ne font aucun suivi (il ne prête pas leur voiture à leurs enfants!).
    Et pour l’affiche sur Einstein, magnifique pour un génie qui était le saviez-vous dyslexique et dysorthographique !

    Cordialement

    • Vous donnez vous-même certaines réponses : Eh oui, Einstein était, peut-être, dyslexique… et l’on voit que, selon l’interprétation d’aujourd’hui de la dyslexie et des « remèdes » à y apporter, ceux qu’on y apporte actuellement ne fabriquent plus des Einstein adultes ! Pourquoi donc ?

      Par ailleurs, étant moi-même parent écoeuré par l’école publique, et c’est un euphémisme, l’occasion m’est donnée ici de répondre à votre autre question : « Pourquoi taper toujours sur les enseignants ? »

      Je vous donne MA réponse : Moi, je tape sur « les enseignants », ou plutôt sur CERTAINS enseignants, malheureusement très nombreux, qui n’ont pas le courage de reconnaître que l’état de nos gosses, quand ils quittent le primaire après avoir été « soumis » à 5 années de très mauvais et très déloyaux services du corps enseignant, pris en tant qu’institution, est, à 40 %, apocalyptique, et que 40 élèves sur 100 qui iront au collège « sans avoir les bases nécessaires pour suivre une scolarité NORMALE » (chiffres officiels : on ne dit pas ici que 40% ne deviendront pas Einstein, n’est-ce pas ?), ce n’est pas NORMAL !
      Et pas ACCEPTABLE !
      Maman d’un enfant qui fera à coup sûr partie de ces « 40 % », si sa descente aux enfers ne mobilisait pas toute mon énergie pour tenter de l’en sortir, j’estime qu’il serait temps que les parents des 40 % se regroupent et portent plainte contre cette école primaire, qui massacre tant de gosses.

      Alors, choisissez, monsieur l’Enseignant : quand vous enseignez des enfants pendant 5 ans, ou bien vous êtes pour quelque chose dans leur état final, soit quand ils quitteront votre enseignement, ou bien vous n’y êtes « pour rien »…
      Pour les 60 % qui vont « avoir les bases nécessaires », y êtes-vous pour quelque chose ??? Je suppose que votre réponse sera « Oui ».
      Alors, prenez vos responsabilités pour les 40 % qui ne les auront pas.

      A vous de voir si, actuellement, l’école primaire sert à quelque chose, ou si elle ne sert à rien… Si VOUS êtes utile à 60 % des enfants, et malheureusement nocif pour 40 %, ou si vous êtes simplement inutile…

      • Je me suis laissé peut-être emporté avec Einstein. Tous les dyslexies actuelles n’engagent pas une scolarité obligatoirement catastrophique.
        Je vous trouve très dur et très pessimistes avec les enseignants. Ne croyez vous pas qu’ils font leur métier de mieux qu’ils peuvent. Critiquez les programmes, les formations mais surtout les moyens donnés aux enseignants.
        C’est un peu compliqué de vous répondre sur la question de l’état final des élèves à la sortie de l’école primaire. Dans une classe ordinaire, je vous aurais répondu que pour les élèves qui réussissent je n’y suis pour rien, ils réussiront même sans moi et pour les autres, je chercherais tous les moyens pour qu’ils y arrivent. Mais je suis désolé de vous dire que pour certains, je n’y arriverais pas. Les raisons peuvent être multiples. Elles peuvent n’être lié qu’à moi mais également à l’entourage de l’enfant, des moyens qu’on ne donne pas. C’est trop simple de penser que l’enseignant y est à 100 % pour quelquechose de la réussite ou de l’échec d’un élève. C’est minimaliste de penser qu’une méthode permettrait de résoudre tous les problèmes de l’école.Trop superficiel d’imaginer des enseignants tout blancs ou tout noirs.
        En ce qui concerne mes élèves à moi, ils font déjà parti des 40 % car ils n’auront pas les bases nécessaires pour une entrée au collège. Mes élèves sont en situation de handicap.
        Vos critiques sont un peu trop facile et vos remèdes souvent un peu trop miraculeuse. Je préfère encore me battre pour l’école publique quitte à la remettre en cause.

        En ce qui concerne la société qui change, je suis d’accord que l’enfant est toujours en attente de la même chose mais est-ce que la société lui propose ? Est ce que la famille guide l’enfant, est ce qu’elle l’écoute, lui propose une vision ouverte sur le monde et sa diversité, des échanges culturelles, … ‘est en cela que je dis que la société a changé. La société, pas les enfants !

        • Désolée mais j’ai 40 ans , mes parents immigrés et analphabètes ont fait confiance à l’école à qui je dois tout .Ils n’avaient aucun moyen de contrôler mon travail , mes notes…..je pouvais leur raconter ce que je voulais et pourtant dans la fratrie nous avons tous fait des études honorables sauf …..le petit dernier ravagé par les méthodes globales et autres maths modernes qui traîne encore ses difficultés dans sa vie d’adulte. Tout ça pour vous dire qu’un bon enseignant et une bonne méthode ont fait des miracles pendant des décennies alors n’incriminez pas les parents qui,en majorité ,veulent le mieux pour leurs enfants.

    • Et puis… j’en ai marre d’entendre « La société a changé » !

      Les enfants, EUX, que ce soit ceux de l’Antiquité romaine, de la Renaissance ou ceux d’aujourd’hui, savez-vous ? Eh bien, ils ont, grosso modo, toujours les mêmes besoins, toujours le même mode de construction intellectuelle et affective, ils ont toujours besoin qu’on les guide, toujours besoin qu’on les regarde pour ce qu’ils sont, des enfants, soit de futurs adultes en construction…

      Et les adultes seraient bien inspirés de se souvenir que, en tant qu’adultes, ils sont responsables du bien des enfants, de TOUS, et pas seulement de 60 % dont pas mal, de fait, se construiraient tout aussi bien sans l’école primaire…

  2. En effet la méthode syllabique est excellente pour les enfants dyslexiques, Quant à la méthode Borel Maisonny : « I have a dream… »que tous les enfants apprennent à lire avec cette méthode ! 2 enfants dys à la maison, la première a appris avec la méthode semi-globale, la kata, en CE2 la Miss ne savait toujours pas lire (sa dyslexie sera diagnostiquée en 6ème), le second apprend avec la méthode Borel, tout se passera bien pour la lecture. Pour moi M. Einsten illustre très bien le post ! Ceci dit, je n’ai pas du tout ressenti une attaque envers les enseignants, mais plutôt sur les programmes. Peut-être en demande trop aux enseignants, en matière de diversité de la chose enseignée. Je pense qu’il faudrait se recentrer sur les fondamentaux. Visiblement c’est là où ça pêche, beaucoup d’ enfants ne savent plus lire, écrire, calculer correctement. Alors c’est là qu’il faut mettre le paquet !

  3. Bonjour,
    je sors d’un bilan d’orthophonie avec ma fille de 6 ans qui est en CP. Et je suis enfin soulagée d’apprendre, après 2 bonnes années de passage devant médecin scolaire, psy scolaire, bilan ortho (x2!!) que ma fille va bien!!! Elle ne souffre de rien d’autre que de dyspédagogie!!! Cool! Sauf que du coup, qu’est ce que je peux lui proposer de mieux?? Nous vivons loin des villes (où tout est possible!!), pas vraiment le choix d’ecoles, je bosse tout comme mon mari… J’ai bien pensé à l’ecole à la maison (financièrement ça risque d’être compliqué!), changer d’école (y aura t il une pédagogie différente?), déménager…. Bref je suis en recherche de solutions….

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