La méthode en question…

Voici la lettre d’une mère inquiète par la méthode de lecture utilisée dans l’établissement de son fils.

« Je me permets de vous écrire afin de vous demander un conseil.

Mon fils fréquente une école publique de Paris où il y a de nombreuses nationalités.

L’apprentissage du français se fait sur 2 ans.

Au mois de septembre, la maîtresse nous a demandé d’acheter Super Gafi pour apprendre à lire aux enfants du CP.
Lorsque j’ai pris connaissance du contenu du livre, j’ai été indignée par la méthode suivie pour apprendre à lire aux enfants.
J’ai donc, en parallèle, continué à apprendre à lire à mon fils avec la méthode syllabique que j’avais eu enfant (« Je saurai lire vite  … et bien » de A. Décatoire et N.Tenoux  ). Il sait à présent lire  alors que nous avons avancé sans forcer.
Le principe de la  méthode syllabique a été si bien compris par mon fils qu’il apprend aussi à lire, sans confusion et sans difficulté aucune, une autre langue avec un alphabet non latin. Il a seulement 2 heures de cours dans cette langue. Il consacre  5 mn par jour à ses exercices de lecture. A la fin des 7 prochains cours, il saura alors parfaitement lire.
Mon fils n’a rien d’un enfant surdoué. C’est la régularité qui lui permet d’avancer.

Pour en revenir à ce qui se passe dans cette école. Les enfants de sa classe qui parviennent à se débrouiller dans l’apprentissage de la lecture en français le peuvent grâce à leurs parents. Ceux-ci les suivent à la maison avec une méthode syllabique qu’ils ont choisi de leur côté. D’autre part, le fait de leur avoir appris à lire de façon syllabique dans leur langue les aide un peu.
Depuis lundi, j’ai découvert que Super Gafi avait été dénoncé et retiré de nombreuses écoles.

Sachant que les résultats de cette maîtresse sont dus au travail fourni par les parents à la maison et qu’ils ne reflètent en aucun cas ce qu’elle fait avec eux, serait-il envisageable de demander à la maîtresse de changer de livre en cours d’année?
A votre connaissance, est-ce que sous la pression des parents ce genre de situation s’est-elle déjà vue?
Dans notre école, Gafi est là pour 2 ans vu qu’il a été choisi de leur apprendre à lire en français sur 2 années?
C’est, au passage, ridicule vu qu’avec leur 5 heures de cours de français  hebdomadaire, si les enfants avaient une  méthode syllabique, les enfants pourraient déjà au final de cette année scolaire lire.
Beaucoup de parents voudraient agir.

Auriez-vous des conseils à nous donner? »

 

8 réflexions sur “La méthode en question…

  1. Un élément de réponse : au lieu de payer de prétendus enseignants qui ne font pas leur travail et obligent les parents à les remplacer à la maison, l’état serait bien avisé d’être plus vigilant sur la qualité des personnels recrutés.
    J’attends la réponse à la question posée au ministre sur la méthode syllabique.

  2. Cette lettre montrent bien les problèmes trop souvent rencontrés par de nombreux parents.

    Elle reflète tout à fait le fait qu’ils se retrouvent souvent démunis face à la situation de mise en échec de leurs enfants.
    Mais avant de remettre en cause le travail des enseignants et le recrutement du personnel, faudrait il avant tout se poser la question de la formation des enseignants ayant la lourde tâche d’enseigner les fondamentaux. Leur vigilance devrait plutôt être orientée sur la pratique scolaire et les méthodes utilisées.

    Si je peux donner conseil à cette maman, c’est de rester vigilante sur les progrès de son enfant. Souvent des enfants en échec mettent en place des stratégies hallucinantes pour duper les adultes et leur faire croire qu’ils savent lire. Alors, faîtes lui lire des mots ou des textes dont il n’aurait pas pris connaissance avant (Tout cela sans le mettre en difficultés – le texte doit être abordable !)
    Bonne continuation et bon courage !

    • @Le droit de Lire qui dit : « Souvent des enfants en échec mettent en place des stratégies hallucinantes pour duper les adultes et leur faire croire qu’ils savent lire. »
      En aucun cas cette mère ne laisse entendre que son enfant est en échec, bien au contraire.
      Qu’est-ce qu’être en échec ? Ne pas être formaté ?
      Si des enfants sont capables de créer des « stratégies hallucinantes », c’est qu’ils sont intelligents et malins.
      S’ils font croire aux adultes qu’ils savent lire, c’est pour ne pas se marginaliser. Mais le pire et le plus dommageable, c’est que les enfants y croient eux-même.

      L’intérêt de la méthode syllabique, en autres, est d’autonomiser le lecteur devant un mot ou un texte inconnu et par conséquence de le rendre curieux et motivé pour décrypter.

      Petite anecdote personnelle : alors que j’accompagnais en voiture mon fils à son cours de judo et que je lui disais que nous allions revoir sa page de lecture en rentrant, il me répond -« de toute façon, ça sert à rien de savoir lire ! ». Arrivée au carrefour, je m’arrête (sur la voie bus !!) et je lui dis – « je ne sais plus comment aller au Dojo, comment je fais ? ». Intéressé par cette situation inédite, mon fils me dit -« il y a des panneaux qui disent le chemin » – « aide-moi à les lire, je suis mal garée et je dois surveiller la circulation »… Il a alors décrypté, plutôt que lu, le panneau indiquant « complexe sportif : gymnase, dojo, piscine » qui ne sont pas vraiment des mots mentionnés de façon répétive dans les livres d’apprentissage de la lecture. Depuis ce jour, mon fils n’a cessé de lire tous les panneaux et affiches quand nous étions en voiture. (Pour info : il était en CE1, subissait les aventures de « Gafi le petit fantôme » et apprenait à lire et à écrire avec sa mère suivant une méthode qui associe des lettres et des groupes de lettres à des sons, compléter d’explications quant à la correspondance entre la signification d’un mot et la façon de l’écrire. Bref, vous m’avez compris : syllabique, orthographe, grammaire et compréhension. Il a aujourd’hui 20 ans, est en école d’ingénieur par alternence et obtient des A à ses rapports et soutenances dont la qualité de rédaction et l’orthographe sont félicitées.)
      Cet enfant a été considéré comme « en difficulté », pas en échec c’est vrai, par ses instituteurs, parachutés professeurs des écoles, jusqu’en CM1 parce que trop lent, méticuleux et avec un blocage quand il ne comprenait pas (sic : les dossiers d’évaluations) !!

      Effectivement, la question de la formation des enseignants se pose très cruellement. Mais je veux noter deux points :
      1) Actuellement rien n’empêche un enseignant de CP/CE1 de faire preuve de créativité et d’initiative afin d’adapter son enseignement (son travail) à sa personnalité. C’est ce qu’on attend de beaucoup de salariés en général : mettre en oeuvre des procédures innovantes et rechercher la formation professionnelle qui les y aiderait. Et ce pas que dans le « privé » mais aussi dans la fonction publique comme les collectivités territoriales pour parler de ce que je connais bien.
      2) Le temps a malheureusement passé. Nous nous trouvons donc avec de jeunes enseignants qui ont appris à lire avec la méthode globale. Comment leur annoncer que ce qu’on leur a enseigné relève de l’absurde ? Le changement et l’innovation les attireraient très certainement… Mais revenir à la méthode des grands-parents sera considérée comme une régression.

      Le « Corps Enseignant » a toujours voulu être le fer de lance du progrès pédagogique et le seul détenteur du Savoir (cf les post de M. Barbaud). Revenir à une méthode qui a fait et fait toujours ses preuves ne passera pas « comme une lettre à la Poste », c’est humain.
      Soyons créatifs : reprenons les fondamentaux et changeons le vocabulaire s’y référant. De « méthode syllabique » passons à « lecture sémiotique », d' »othographe » parlons d' »écriture étymologique » et de « grammaire » disons « technique de la syntaxe »… ;-))

  3. @SOS Education :
    Pourrait-on connaître la réponse que vous avez faite à cette mère inquiète et sollicitant votre avis ?
    En tant qu’association représentant les parents d’élève, cette réponse pourrait servir à beaucoup d’entre eux.

    Je pense qu’il y a plusieurs types de violence.

    La violence physique qui touche à l’intégrité physique des professeurs que vous dénoncez abondamment et celle des élèves dont vous ne parlez pas. Cette violence totalement inacceptable bien qu’explicable et analysable par l’évolution malsaine de notre société.

    Il y a aussi la violence morale qui actuellement percute de plein fouet les enseignants en mal de reconnaissance, les élèves enfermés dans des cases et étiquettés dès le 1er trimestre par les professeurs et devant toujours « mieux faire » alors que leurs enseignants reprennent d’année en année les mêmes cours comme une panacée puis enfin les parents taxés de toutes les fautes par les équipes pédagogiques en s’occupant trop de leurs enfants ou trop peu ou même de les avoir mis au monde. Cette violence commune bien que perçue différemment est certes elle aussi « sociétale » mais elle est aussi le cancer de l’Education Nationale. Ce cancer n’est autre que le manque de respect : celui des supérieurs hiérarchiques envers les enseignants, des enseignants entre eux (Primaire, Secondaire, Supérieur) le corporatisme a quelques limites, des parents envers les enseignants et réciproquement, idem pour les élèves. Celui-ci me semble à un stade très avancé, même en stade final.

    Le gouvernement, les ministres et les députés l’ont bien compris. Nous aurons l’école des nantis (celle que construit M. Barbaud par exemple) et que vous soutenez, et l’école des autres (celle du village ou du quartier) dont la grande majorité des parents et de leurs enfants ont besoin mais qui ne sera pas à la hauteur de leurs espérances et que vous négligez. Parce que cette école ce ne sont pas les enseignants qui lui porteront secours ou vraiment très peu d’entre eux. Seuls les parents vraiment concernés par l’avenir de leurs enfants initieront ce sauvetage et seront acteurs, au sein même des établissements, dans la mise en place d’un fonctionnement rationnel, d’une pédagogie interactive et d’un respect mutuel. L’histoire et le quotidien montre que c’est dans l’adversité que la solidarité et l’inventivité sont les plus fortes.

    L’école n’a pas à être obligatoire de 6 à 16 ans puisque certains lui crachent dessus et la sabotent. Notre démocratie ne doit au peuple que de rendre l’instruction accessible à tous et à n’importe quel âge. Sans volonté et désir d’apprendre, aucun apprentissage ne se fait.

    J’ai toujours été agréablement étonnée de constater qu’une association (culturelle, associative ou sociétale) réussissait là où les institutions pataugeaient. Mais…
    J’avoue avoir cru en SOS Education et penser rejoindre un groupe porteur d’idées novatrices. J’ai le regret de constater, et je pense qu’à la lecture de votre dernier courrier vous n’êtes pas loin de penser de même, que vous n’avez pas su garder votre indépendance d’esprit et d’actions.
    Vous avez commis de très grosses erreurs dans vos critères de communication, alors que les interventions sur le blog le faisaient remarquer.
    La place prépondérante et pompeuse des enseignants sur le blog et sur le site n’a pas permis aux parents de s’exprimer et de se sentir les bienvenus en tant qu’acteur et pas seulement soutien financier.
    Les témoignages choisis pour faire vivre le blog sont loin d’être pertinents et convaincants (ayant travaillé avec 5 orthophonistes pendant 10 ans, je n’en ai jamais rencontré de celles qui sont intervenues).
    Le nombre de commentaires postés parle de lui-même.
    Je ne saurai analyser les raisons de cet échec en interne ne connaissant pas le fonctionnement du bureau de l’association mais je voulais vous faire part de mon ressenti d’adhérente lamda.

    Ce sera mon dernier commentaire sur ce blog. ;-((
    Désolée pour cette conclusion… désolante mais je ne suis qu’une mère de famille… qui continuera la lutte pour que ses petits enfants sachent lire, écrire, compter et comprendre aussi bien que leurs parents.

    • Chère Noémie,

      Merci pour vos commentaires.

      La réponse à cette mère consiste à l’accompagner
      dans sa démarche pour rassembler les parents qu’elle
      connaît.

      Oui, bien sûr la violence contre le professeur est
      tout autant violence contre l’élève, et la maîtrise
      de la discipline (la matière et la façon de tenir sa
      classe) est source de l’autorité.

      Nous sommes bien conscient que ce blog pourrait
      être plus actif. Il connaîtra sans doute un regain
      d’énergie bientôt.

      Quant aux orthophonistes, j’avoue ne pas comprendre
      ce que vous leur reprochez. Pour en avoir contacté
      un certain nombre en très peu de temps, nous avons
      constaté qu’elles disent toujours la même chose…

      L’invitation pour vous rencontrer d’il y a quelques mois
      tient toujours. Vous serez toujours la bienvenue, comme
      tous les autres parents d’élèves.

      GEP

  4. Pourqoui faut-il toujours critiquer, conseiller les enseignants dans leur pédagogie?
    Est-ce que nous disons au plombier, au chirurgien, au garagiste, ce qu’ils doivent faire dans leur métier?…
    La confiance semble perdue…
    Mais est-ce la faute des enseignants? Ne serait-ce pas plutôt celle des consignes ministérielles? Des fausses publicités? Des coups de dernière minutes avant les élections?
    Les enseignants enseignent, en tous cas, ils essaient!.Peut-être pas toujours très bien, mais ils font la plupart du temps du mieux possible, et les jeunes font confiance en ces méthodes que des gens payés pour réfléchir, leur ont conseillées…
    Je viens de lire beaucoup d’amertume, mais je pense que chacun a un rôle à jouer, l’enseignant doit enseigner, les parents doivent éduquer, tout en respectant l’enseignement dispensé, même s’il n’est pas parfait.
    Car qui est parfait?…
    Et si chacun reste a sa place…je pense que le dialogue peut revenir…Mais pas s’il y a confusion des rôles…

    • @Martin
      Si mon plombier bouche la baignoire au lieu de déboucher les wc, je lui dit (gentiment?) d’aller voir ailleurs.
      Si le chirurgien ampute une jambe saine au lieu de recoudre une plaie… oui, on peut dire qu’il n’est pas parfait… le pauvre.

      Je confie mon enfant à la maîtresse. Mais quand on se rend compte du mal qui est fait, non seulement on ne peut pas « aller voir ailleurs », mais en plus c’est une vie gâchée.

  5. N’oublions pas que de toutes façons toute éducation est à la base violence faite à l’individu et à ses instincts ; ceci rappelé , les formes de violence actuelles révèlent trop souvent un manque de respect de certains enseignants envers leurs élèves et vice-versa.
    Je pense par ailleurs que les enseignants comme les familles supportent les conséquences de l’évolution de la vie qui fait que les parents sont par leurs horaires de travail et leurs temps de trajets beaucoup moins disponibles qu’autrefois pour faire relire par exemple la page de lecture du jour: prendre davantage conscience de cela amènerait peut-être à trouver des solutions plutôt que chacun reste dans son camp et mette les difficultés sur l’autre
    Les enseignants actuels ne sont pas plus mauvais loin de là ni les parents moins concernés…

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