La «reconquête du mois de juin» a un coût : 16 millions d’euros

Le baccalauréat, qui commence jeudi prochain, coûtera cette année 50 millions d’euros, contre 34 en 2008, soit une augmentation de 47%. La faute, paradoxalement, à la «reconquête du mois de juin» : les enseignements étant désormais assurés jusqu’au bout de l’année scolaire, c’est donc en heures supplémentaires* que les enseignants seront payés pour corriger les copies. [Mise à jour, lundi 15 juin 2009] : Notre désaccord porte surtout sur le fait que la correction des copies faisant partie du temps de travail des enseignants, on peut légitimement se demander pourquoi celui-ci est compté en heures supplémentaires pour la correction du baccalauréat. Les chiffres du baccalauréat, qui «donnent le vertige» au ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, posent la question d’une introduction du contrôle continu au bac pour en réduire le coût. Mais c’est une question que Richard Descoings n’a abordée que concernant les examens oraux dans son rapport sur la réforme du lycée.

* Avec, en fait, une rémunération de 5 euros par copie, contre 1,32 euro auparavant.

A lire, l’article d’Aurélien Véron, président du Parti libéral-démocrate, sur son blog : «Combien vaut le bac ?».

Roman Bernard

25 réflexions sur “La «reconquête du mois de juin» a un coût : 16 millions d’euros

    • La formulation d’heures supplémentaires est inexacte : il s’agit bien d’une rémunération par copie (5 euros désormais, contre 1,32 euros auparavant).

      A noter : il n’y a pas de différence de rémunération entre les matières, ce qui est illogique, vu qu’une copie de philosophie prendra beaucoup plus de temps à être corrigée qu’une copie de mathématiques, par exemple.

  1. Bonjour,

    Je voulais vraiment insister sur cet aspect d’HS, et je ne vois pas comment vous tenez votre bout.

    Dans le système précédent, les cours cessaient quasiment fin mai (ils se poursuivaient en fait, mais les élèves n’y venaient plus du fait du passage des conseils de classe), les conseils se déroulaient entre la fin mai et début juin et le bac commençait vers le 10 juin. Or, nous étions normalement payé jusqu’à fin juin comme si le temps était travaillé.

    Aujourd’hui, les cours durent au moins jusqu’au 12 juin dans les bahuts où il n’est pas possible de faire autrement, et jusqu’au 26 juin ailleurs. Cependant, le salaire reste le même. Il n’y a donc pas d’HS, nulle part.

    Je vois comment vous essayer de présenter la chose, en disant que nous touchons quasiment des heures supplémentaires vu le taux des copies. Cependant, à partir du moment où on continue à faire cours, cela représente une vraie charge de travail en plus, et n’est pas incohérent. De plus, les copies sont fiscalisées, alors que les HS ne le sont plus.

    Vous oubliez aussi de signaler que le nombre de copies à corriger n’est pas négligeable (souvent, en HG, entre 50 et 100 copies, le plus souvent 74) et que le délai de correction s’est réduit à cause de la reconquête, ce qui augmente la concentration du travail dans le temps. Cela peut aussi justifier une augmentation.

  2. Enfin, vous n’êtes liés à aucun parti (d’après votre site), mais vous recommandez un billet d’Aurélien Véron… Pas de parti, mais des idées. Je trouve que vous pourriez dire que vous soutenez une vision libérale de l’école, ce n’est pas sale en soi.

    Maintenant, je suis HS, et je m’en excuse…

  3. Non, elle n’est pas suffisante pour le justifier. L’introduction du contrôle continu (qui est déjà introduit tout de même) aurait des impacts sociaux et pédagogiques très importants. Vu le faible coût du bac par rapport à l’ensemble du système, le contrôle continu mérite une autre analyse que de simples questions financières, surtout avec un impact budgétaire si réduit.

    • Deuxième remarque : le surcroît de 5 euros par copie semble illogique à deux égards. D’une part, la correction fait partie du temps de travail du professeur, ce qui justifie (avec la préparation des cours) le fait que les enseignants assurent un nombre limité d’heures de cours. On se demande donc bien pourquoi la correction des épreuves du bac serait payée en plus.

      D’autre part, comment peut-on donner le même traitement à une copie de philosophie, et une copie de maths, vu la différence de temps de correction?

      • Je suis habituellement d’accord avec SOS Education. Mais là… Personnellement je suis à mi-temps de droit parental avec trois enfants de 2, 3 et 5 ans. Je suis convoquée pour l’oral de français et vais être hors de chez moi 5 jours de 7 à 18h30 (plus 2 jours, habituellement non travaillés de réunion de jury). Ensuite en une semaine je devrai corriger 60 copies, soit 60 heures au bas mot, quand j’en effectue en général 35. Calculez le coût de la nourrice, de la cantine, de la garderie le soir dans une école privée, de la personne qui s’occupera de mes enfants le matin : j’ai tout à perdre, alors franchement si j’étais payé 1.30 €/copie je ferais un scandale. 5€/copie, faut-il rappeler que c’est deux fois moins bien payé qu’une femme de ménage en province ? Et comment aurais-je fait si mon époux n’avait pu s’occuper des enfants le WE où il faudra avancer les copies ? Et pendant la semaine de correction, je devrai quand même assister à mes conseils, venir une journée pour la classe dont je suis professeur principal, une autre pour la présentation aux nouveaux inscrits dans l’école…

  4. Sur le temps de correction, je suis d’accord, vu que je corrige une matière à grosses copies.

    Sur le temps de correction, corriger 74 copies de bac en 6 jours n’a rien à voir avec un paquet de seconde habituel. Si on n’a pas cours, votre proposition se justifie. Mais en maintenant les cours en même temps, là, non. Il faut choisir : soit on reconquiert le mois de juin et on met de l’argent, soit on ne reconquiert pas, et ce sera moins cher.

    • Cela dit, il y avait déjà un traitement d’1,32 euro par copie auparavant, et sans reconquête…
      Puisque vous êtes professeur d’histoire-géographie, combien de temps, en moyenne, consacrez-vous à la correction d’une copie ? Ce qui nous permettra de déterminer un traitement horaire. L’idéal étant de pouvoir comparer avec celui d’un enseignant de mathématiques.

  5. Je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas de paiement avant, mais il n’y avait pas de cours en même temps. Globalement, le bac me rapportait une soixantaine d’euros par an jusqu’à maintenant. Je vous rappelle qu’au départ, la cause de mon intervention était le terme d’HS employé dans le billet.

    Une copie de bac en HG est très longue à corriger, mais cela dépend évidemment de ce que l’on trouve à l’intérieur. A l’époque où on avait dix jours pour le faire, j’en faisais dix par jour, et cela me prenait deux heures trente par jour, soit, en moyenne, 15 mn pour une copie. Mais cependant, il y a de gros écarts : certaines copies très vides ou très bonnes vont vite et d’autres peuvent durer beaucoup plus longtemps. Globalement, si on bossait huit heures par jour pour le faire en établissement, et pour éviter la saturation qui survient au bout d’un moment, on ferait ça en trois jours de travail en HG.

    Donc, si on me payait en HS, je toucherai 900 €. Par contre, à 5 € la copie, je toucherai 370 € fiscalisé. Tout cela n’est pas exactement la même chose. Pour expliquer le taux d’HS, je suis agrégé.

    • Vous aurez noté, concernant le terme d' »heures supplémentaires », que j’avais apporté une précision avant. D’ailleurs, quel est le terme exact ?

      Car Les Echos ont été eux aussi incapables de trouver un terme.

      • Réponse à la question : « Indemnité ? Pour indemniser quoi ? ».

        Les indemnités kilométriques octroyées pour les examens ne couvrent pas l’investissement d’un véhicule ni son usure, tout centre d’examen n’étant pas accessible en train. Il faut se nourrir sur place, ce qui est plus cher que chez soi. Il faut parfois se loger à l’hôtel : le Rectorat de notre académie n’a pas tenu compte cette année des souhaits des enseignants de se rendre dans telle ou telle ville où ils peuvent dormir gratuitement (famille ou amis).
        L’enseignant avance les frais, il ne touche pas de « treizième » mois. Un jeune enseignant peut même manquer de liquidités pour ces avances. Cela commence à se dire en commissions.
        Le temps réservé à la correction des copies étant trop court cette année, en « jours ouvrables », on leur a fait savoir qu’ils avaient deux week-ends. On a l’habitude des week-ends de travail, pendant que les autres voisins salariés ont le temps de bricoler chez eux. On attend les grandes vacances pour s’y consacrer…
        Plus généralement, l’enseignant ne dispose pas non plus d’un bureau sur son lieu de travail et supporte sur son salaire le coût d’une pièce supplémentaire dans son logement. Quand il est locataire, je ne vous fais pas le dessin de cette dépense sur son budget : entre la capitale et les diverses provinces, les disparités sont énormes. L’enseignant propriétaire conserve au moins son capital sur cette pièce « à usage professionnel ».
        Toutes ses fournitures scolaires sont à sa charge : depuis les stylos jusqu’aux cartouches d’encre de l’imprimante… S’il reçoit des spécimens gratuits des éditeurs, pléthoriques du reste, il doit les stocker, ou s’en débarrasser. Une bibliothèque de prof de lettres par exemple tient de la place : elle augmente chaque année un peu plus.
        L’indemnité apporte un petit complément de revenus à ceux qui participent jusqu’au bout à cette énorme machinerie du BAC, dont le mécanisme s’enclenche à chaque jour de nouvelle rentrée pour s’achever vers le 15 juillet. Ouf ! Pouvoir enfin prendre l’air : après le marathon des épreuves, il reste le rangement du bureau. On peut commencer le gros ménage d’été et admirer les liserons en fleurs dans le jardin qui montent en graines.
        Bonnes vacances.

  6. Certes, on peut envisager ce système, mais aussi faire un paiement de la copie en fonction du poids. On pourrait aussi payer un certain nombre d’heures et faire varier le nombre de copies en fonction de la vitesse de correction. Beaucoup de choses sont possibles.

  7. Tout cela laisse un point important de côté :
    Désormais une part importante du temps de correction a lieu en juillet
    ainsi bien entendu que les autres obligations liées (oraux de rattrapage,
    jurys).
    Et un enseignant n’est pas rémunéré en juillet (ni en août) et ce depuis la loi qui fixe son statut particulier de fonctionnaire (dans les années cinquante). Il est payé sur 10 mois et son salaire est annualisé sur 12.
    Ses congés payés sont ce qu’il est convenu d’appeler ses « petites vacances ».
    Sous cet angle, la revalorisation n’est pas un cadeau mais une obligation administrative.

    • « Ses congés payés sont ce qu’il est convenu d’appeler ses “petites vacances”. »

      Petites vacances : Toussaint (une semaine), Noël (deux semaines), Hiver (deux semaines), Pâques (deux semaines) : soit sept semaines de congés payés, c’est-à-dire deux de plus qu’ailleurs. Quant à l’annualisation des dix mois de salaire, c’est un sophisme : en pratique, cela revient à rémunérer l’enseignant sur douze mois. Ne nous payons pas de mots, mais de faits…

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