Le mythe de la « faute aux parents » (version 2)

La faute des parents est constamment évoquée pour expliquer les problèmes d’indiscipline à l’école. Au nom de leurs petits droits individuels, ils refuseraient toute autorité extérieure. Ils n’enseigneraient même plus aux enfants à respecter leurs maîtres d’école. D’où le chaos dans les classes.

Ce constat a le mérite de la simplicité… et de ne pas remettre en cause le fonctionnement de l’Education nationale.

La réalité, c’est que les parents se sont désintéressés de l’école parce que l’Education nationale les a mis à l’écart.

Quiconque a des enfants scolarisés et a déjà essayé de s’impliquer dans une école a compris à quel point les parents sont considérés comme indésirables par l’administration.

Même élu représentant des parents d’élèves et invité à siéger dans les instances des établissements, le parent doit faire preuve d’une prudence, d’une docilité humiliantes. D’emblée, il est entendu qu’il n’a le droit de discuter ni les choix pédagogiques, ni les programmes, ni les manuels, ni la composition des classes, ni les compétences de qui que ce soit dans l’établissement. Restent les questions d’intendance, d’infirmerie et de cantine, de voyages scolaires, et encore…

Alors effectivement, quatre générations après Jules Ferry, beaucoup de parents ont fini par conclure qu’à eux revient l’alimentation, le logement et les loisirs des enfants. A l’Education nationale revient l’éducation. Et certains vont jusqu’à s’en laver les mains complètement… et à s’essuyer les pieds sur les professeurs.

Alors quelle solution ? Donner aux parents plus de droits dans la gestion des établissements, comme le réclament les fédérations de parents d’élèves ?

Certainement pas. Cela ne ferait qu’aggraver le chaos, et la guerre parents-profs.

Le seul moyen de les responsabiliser, tout en évitant de les faire sortir de leur rôle, serait de leur donner la liberté du choix de l’établissement scolaire de leurs enfants.

« Les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents ». Ce slogan de Danton a servi de fil directeur et de justification aux fondateurs de l’école publique. C’est à ce titre qu’ils se sont considérés en droit de taxer la population, et d’utiliser l’argent ainsi récolté pour éduquer les enfants selon leurs propres vues.

Et aujourd’hui, beaucoup sont réticents à donner ce libre choix de l’école aux parents, sous prétexte qu’ils seraient incapables de choisir, et que la plupart, de toutes façons, se désintéressent de l’éducation de leurs enfants.

Pourtant, des indices concordants montrent que l’intérêt des parents pour l’éducation n’a jamais été aussi fort qu’aujourd’hui. Et que si on les responsabilisait, en leur rendant le droit de faire des choix réels pour l’éducation de leurs enfants, la plupart des parents s’impliqueraient autant que le leur permettrait l’Education nationale :

1) Les sujets de conversation : l’école, l’éducation des enfants, sont des sujets qui reviennent constamment dans les conversations des Français, actuellement. Pas un dîner, pas une après-midi entre amis n’est possible sans que la question des enfants ne soit abordée. Avec les radars sur les routes, le football, et l’insécurité, c’est LE sujet qui obsède nos contemporains, qui sont d’ailleurs en général inquiets pour l’avenir.

2) Le seul domaine où les parents gardent leur mot à dire concernant la scolarité de leurs enfants, à savoir le choix des fournitures scolaires, est, malgré son caractère dérisoire, l’objet du plus vif intérêt à chaque rentrée, au point de faire des jours durant la une des journaux. Combien les parents s’impliqueraient-ils plus, alors, s’ils pouvaient, s’ils devaient, choisir l’établissement scolaire le mieux adapté à leur enfant ?

3) Le secteur des jeux éducatifs, et de la littérature jeunesse en particulier, n’a jamais été plus florissant qu’actuellement. En fait, l’édition ne survit que grâce à la locomotive toujours plus puissante des livres pour enfants. Comment prétendre, avec ça, que les Français se moquent de l’éducation ?

4) Le marché immobilier, tous les professionnels le savent, est fortement corrélé à la qualité de l’établissement scolaire dont dépend le logement. Cela prouve que, lors d’un choix aussi important que le choix d’une résidence, beaucoup de parents actuels donnent la priorité à l’éducation de leurs enfants. Ce n’était pas le cas jusque dans les années 80, à de rares exceptions près (le 5e arrondissement de Paris, à cause de la proximité des lycées Henri IV et Louis-le-Grand).

Alors, démissionnaires, les parents ?

9 réflexions sur “Le mythe de la « faute aux parents » (version 2)

  1. Bien qu’enseignant dans le public, je m’oppose à l’abus éducatif qui consiste à substituer l’Etat aux parents. La seule part d’éducatif qui nous incombe est celle qui consiste à instaurer l’ordre dans notre classe pour permettre l’Instruction dans les limites justement définies par Olivier Leroy dont le livre salutaire « Comment tenir sa classe » est publié par SOS éducation.

    Cela dit, il y a une infime minorité de parents, souvent des hilotes acculturés et irresponsables, qui sont autant mauvais éducateurs que les pédagogistes à la Meirieu sont mauvais pédagogues. J’ai le cas d’un élève qui fait l’école buissonière avec le soutien de ses parents. Il vient le matin par exemple et se fait raccompagner par ses parents s’il a contrôle l’après-midi ou l’inverse. Il s’en vante même. Et le chef d’établissement s’en fout. C’est pour cela que la nouvelle loi contre l’absentéisme a de fortes chances de ne pas être appliquée dans les faits.
    Il faudra plus d’un Kärcher pour nettoyer l’EN de la crasse jacobino-rousseauiste.

  2. Oui, il faudra plus qu’un nettoyage de printemps. Je vais me répéter, une grande majorité de nos responsables dans cette institution sont là pour le statut, pas pour résoudre les problèmes.
    Toute notre fonction publique est dans cet état continuel de non-responsabilité, il ne faut pas évaluer un fonctionnaire, c’est scandaleux, pour ne pas dire amoral, offensant.
    Oui, les parents sont responsables, mais tous les enseignants ne le sont pas.

  3. En tant que ancien directeur d’une grosse école (maternelle + élémentaire), je contredis cette analyse. Les problèmes d’indiscipline que l’on rencontre au collège pourrait être inexistants si CERTAINS parents ne contestaient pas l’autorité de l’enseignant et du directeur DES L’ECOLE MATERNELLE !
    On ne voyait pas ça il y a 30 ans mais pour certaines familles soutenues par la FCPE, l’enfant est ROI et on lui donne toujours raison.
    Les bases de l’éducation sont sapées : il ne pas s’étonner qu’on en paye les conséquences à l’adolescence (d’où la réaction de cette prof injustement suspendue par le recteur).
    Ce n’est pas la faute AUX parents mais à CERTAINS parents dont le comportement est totalement ANTIEDUCATIF.

  4. Je suis ancienne déléguée de parents d’élèves (il y a 15 ans), je n’ai jamais rencontré de problème de communication avec les professeurs ou les directeurs d’école qui ne soit gérable.
    Par contre, il est vrai qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus démission des parents quant à l’autorité vis à vis de leur progéniture. Ces parents qui se reposent totalement sur la Société et les représentants de l’école, qui devraient selon eux, instruire, éduquer et gérer leurs enfants, mais lorsque cette autorité agit pour le bien de l’élève, ils sont les premiers à contester cette même autorité.
    Certains parents sont de vrais sauvages sans éducation eux-mêmes, il suffit de voir leur attitude dans les supermarchés avec leurs enfants ou dans certains lieux publiques. Ceci explique celà.
    Les enseignants sont là pour enseigner pas pour se substituer aux Parents, ils ont déjà assez à faire de ce côté, de plus en plus de retard sur le plan scolaire.

    • Josie a écrit : « Certains parents sont de vrais sauvages sans éducation eux-mêmes, il suffit de voir leur attitude dans les supermarchés avec leurs enfants ou dans certains lieux publiques. Ceci explique celà. »
      Voilà, c’est bien ça le problème … Et parfois vous pouvez ajouter à cette situation les grands-parents qui reviennent complètement ivres. Bien des parents auraient du s’abstenir d’avoir des enfants.

  5. Eh oui, dans notre société, très hypocrite, nous ne pouvons aborder ce (problème),
    être parent, tout humain normalement constitué peut avoir des enfants, surtout la femme, pour l’homme, c’est moins compliqué, il y a des donneurs.
    Mais les qualités d’être parents sont simples et très compliquées, voire brouillées.Surtout pour certains.
    Nos sociétés mélangent le bien du mal au gré du moment, ambigu,équivoque,énigmatique, sans repère, ils vont de façon égoïste,narcissique élever l’enfant, qui devra, bien sûr, avoir toutes les qualités que lui, au gré du vent n’a pas eu. À l’arrivée, vous avez notre jeunesse actuelle, qui a toute la responsabilité que leurs parents n’ont pas prise.
    Des parents qui ne seront jamais capables d’être responsables de quoi que ce soit, et qui iront avec assurances demander aux assistantes sociales de faire ce qu’ils ne font pas. Voilà notre société.

  6. Après avoir lu l’écrit de Jacques, je reste serein. La contestation a été élaborée dans nos écoles, comme vous le savez, c’est l’enseignant qui à juste titre a
    expliqué, inculqué, appris, montré la contestation.
    Pour finir, vous récoltez, ce que vous avez semé.

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