L'Église du pédagogisme

L’Église du pédagogisme

Elle a son Pape émérite : Philippe Meirieu,
Elle a sa Théologie : les « sciences de l’éducation »,
Elle a ses Séminaires : les ESPÉ (ex-IUFM) ,
Elle a son Saint-Office : l’Inspection générale, relayée par une piétaille d’inquisiteurs subalternes dans les académies,

Son dogmatisme et son intolérance ont déjà fait des millions de victimes parmi nos enfants…
… mais elle ne cesse d’étendre son emprise sur un nombre croissant de professeurs :

l’Église du pédagogisme, la religion qui ruine depuis 40 ans l’Éducation nationale… et menace désormais l’avenir même de notre pays.

Une secte coupée de la réalité

Si l’enfant de vos voisins rencontre des difficultés à l’école, et si vous proposez de lui donner quelques cours de soutien, vous trouverez normal que ses parents souhaitent avoir une discussion avec vous sur votre programme et vos méthodes.

Après quelques mois, si vos voisins s’aperçoivent que leur enfant ne s’améliore pas, mais rencontre au contraire encore plus de problèmes, qu’il éprouve des difficultés à faire des exercices simples, vous vous attendrez à ce qu’ils vous demandent de remettre en question vos pratiques.

Vous-même, soucieux du bien-être de votre petit élève, et de conserver la confiance de ses parents, vous chercherez à ne pas les décevoir. Vous essaierez de leur expliquer le plus simplement possible vos choix d’enseignement. Vous les tiendrez informés de ce que vous faites, pour qu’ils comprennent votre façon de travailler et qu’ils soient au plus vite rassurés par les progrès de leur enfant.

Ce n’est pas du tout comme ça que les membres de l’Église du pédagogisme voient l’éducation.

L’Église du pédagogisme rassemble des personnes qui se croient investies d’une mission :« changer l’école pour faire changer la société » [1]. Enseignants, inspecteurs, formateurs, ils sont quelques milliers, mais ils tiennent toutes les clés de l’Éducation nationale.

Les enfants sont le matériau brut sur lequel ils travaillent pour réaliser ce projet. Ils considèrent les familles comme leur principal obstacle, et les professeurs qui dispensent un enseignement en harmonie avec ce que désirent les parents comme des traîtres ou des hérétiques. Ils ont inventé un vocabulaire qui n’est compréhensible que par les initiés, pour mieux couper l’école du reste de la société.

Tous les futurs enseignants passent par leurs séminaires, les ESPÉ. Là, ils apprennent le langage du pédagogisme. Ils intègrent les dogmes de l’Église du pédagogisme. Ces dogmes, qui ne sont fondés sur aucune démarche rationnelle, leur sont présentés sous la forme de paraboles. Par exemple : « Quand on va chez le boulanger, on ne lui explique pas comment faire le pain. De même, quand des parents mettent leur enfant à l’école, ils n’ont pas à savoir comment le professeur enseigne. »

Avec ses quelques milliers d’adeptes militants, l’Église du pédagogisme est plus petite que les Témoins de Jéhovah en France, par exemple. Mais son influence sur la société est beaucoup plus puissante et dangereuse puisqu’ils occupent les postes de pouvoir de l’Éducation nationale, qu’ils ont carte blanche pour y faire à peu près ce qu’ils veulent, et qu’ils n’ont de comptes à rendre à personne.

Ce sont eux qui rédigent les programmes scolaires et prescrivent discrètement les livres de classe de nos enfants. Ce sont encore eux qui mènent les expérimentations, les évaluent et qui inventent les nouvelles méthodes. Plus grave encore, ce sont eux qui inspectent les professeurs, et qui leur imposent leur manière de penser et d’enseigner, une manière dont les conséquences sont souvent, on le verra, désastreuses.

Car en effet, grâce à ses réseaux dans certains grands syndicats de l’Éducation nationale, l’Église du pédagogisme a organisé un système redoutable pour filtrer l’accès aux postes influents. Plus on monte dans la hiérarchie de l’Éducation nationale, plus la foi dans les dogmes du pédagogisme est répandue et enracinée. Quand on arrive au niveau des inspecteurs et des formateurs en ESPÉ, on se trouve parfois face à de véritables ayatollahs.

Instituer une nouvelle religion

Les membres de l’Église du pédagogisme sont, comme tous les fanatiques, complètement indifférents à la réalité et aveuglés par leur foi. Si depuis les années 1970, date à laquelle ils ont commencé à se rassembler, ils ont promu d’innombrables réformes pédagogiques qui ont invariablement tourné au désastre, ils sont sincèrement convaincus que l’Éducation nationale marche de mieux en mieux. Et pour cause : apprendre à lire, écrire, compter et réfléchir aux enfants n’est pas du tout la mission qu’ils assignent à l’école.

Citons l’expérience des « maths modernes » de 1973, celle du « collège unique » de 1975, les méthodes de lecture globales tout au long des années 70 puis « idéovisuelles »[2] dans les années 80, l’histoire « thématique », la Loi Jospin de 1989 mettant « l’enfant au centre du système éducatif »[3], la création des IUFM en 1990, le nouveau Bac en 1995, le remplacement du corps des instituteurs par celui des « professeurs des écoles », et surtout, les réformes successives des programmes tout au long de cette période, jusqu’à la création du Conseil Supérieur en 2013 par Vincent Peillon, qui prétendait instituer une « Refondation de l’école » afin d’« arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel » [4] : si on prend ce projet au sérieux, cela suppose finalement de désapprendre aux enfants leur propre langue, ce que l’Éducation nationale s’emploie à réaliser par tous les moyens depuis 40 ans.

Peillon

Il est vrai que Vincent Peillon représente la frange la plus illuminée de l’Église du pédagogisme, n’hésitant pas à déclarer : « Toute l’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion » [5].

La ministre actuelle, Najat Vallaud-Belkacem, est incapable d’un tel degré d’élaboration théologique, mais elle est redoutablement douée pour la propagation du dogme, et aussi pour prononcer les excommunications.

Quoi qu’il en soit, ces bouleversements ont bien sûr débouché sur un recul prodigieux des connaissances maîtrisées par les élèves à la fin de leur scolarité, malgré l’allongement du nombre d’années d’études et l’explosion des dépenses du système éducatif.

En 2015, on a fait refaire à des élèves de CM2 une dictée de 5 ou 6 lignes qui avait été donnée en 1987. Il s’agissait d’un petit texte qui ne comptait aucune difficulté particulière. Déjà en 1987, le travail de sape avait considérablement affaibli le niveau des enfants, qui faisaient à cette dictée une dizaine d’erreurs. Mais en appliquant le même barème de notation en 2015, on a constaté que le nombre moyen de fautes était passé à 17,8 : soit une explosion de + 70% !

Dans les années 90, les élèves français figuraient encore dans le groupe de tête des pays du monde en mathématiques. En novembre dernier, le comparatif international TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) a attribué à la France, à partir de tests réalisés sur des élèves de CM1 et de Terminale S la dernière position en Europe, et de très loin.

L’enquête internationale PISA, qui compare les systèmes éducatifs de nombreux pays du monde, vient par ailleurs de montrer que la France, qui ne cesse de sombrer dans les fonds du classement, est le seul pays développé où l’école amplifie les inégalités sociales et migratoires !

Malgré ces faits accablants, les prélats de l’Église du pédagogisme expriment la plus grande satisfaction chaque fois qu’ils font le bilan de quarante années de réformes.

Pour justifier les problèmes que tout le monde constate et qu’ils ne peuvent pas nier, sous peine de se ridiculiser – indiscipline, violence à l’école, illettrisme, chômage de masse des jeunes diplômés, pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans de nombreux secteurs – ils ont une réponse automatique : c’est parce qu’on n’est pas allé assez loin. Et si on n’est pas allé assez loin, c’est parce qu’on ne leur a pas donné les moyens.

Les moyens, comprenez « des budgets et des postes supplémentaires ». En effet, l’Église du pédagogisme doit notamment son influence au soutien de certains syndicats d’enseignants, et cela fait partie du contrat qu’elle appuie leurs revendications. Une clause facile à observer d’ailleurs, puisque tous ses membres sont directement intéressés par les succès des syndicats pour augmenter le nombre de postes dans l’Éducation nationale. Chaque nouvelle hausse d’effectifs venant automatiquement remplir ses séminaires, les ESPÉ !

Si les méthodes des pédagogistes sont, selon eux, mieux adaptées aux enfants, elles sont nettement plus coûteuses. De combien ? Ils ne nous ont jamais donné de chiffre. Tout ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que nous sommes encore très loin d’avoir mis assez d’argent sur la table. La bonne volonté des Français n’est pourtant pas en cause. Depuis trente ans, ils acceptent chaque année de financer l’augmentation du coût de leur système scolaire. Le budget de l’Éducation nationale a plus que doublé, en euros constants, depuis les années 80. On pourrait demander à quoi sert tout cet argent, premier poste de la dépense publique ?

Mais l’Église du pédagogisme a peu à peu réussi à imposer ses vaches à lait comme des vaches sacrées : par exemple les ZEP (ou REP). Les ZEP démontrent depuis des décennies par l’absurde que, si les méthodes d’enseignement sont mauvaises, dépenser plus ne sert à rien. Pourtant, des milliards y sont engloutis dedans chaque année, et pas un ministre n’osera y toucher, même si on n’y observe pas la moindre « réduction des inégalités », bien au contraire. Les ZEP n’ont jamais été aussi redoutées par les parents : n’y laissent leurs enfants que les familles qui n’ont strictement aucune autre possibilité, pendant que les membres de l’Église du pédagogisme regroupent leurs rejetons dans des écoles privées où l’on n’entre que sur recommandation. Qu’importe : à la moindre tentative de mettre un terme à ce gaspillage scandaleux, l’Église du pédagogisme lancera ses mots d’ordre, et ses adeptes emboîteront une nouvelle fois le pas de son clergé dans leur traditionnel pèlerinage de République à la Nation, avec chants, bannières, et grande ferveur apostolique.

« Apprendre à apprendre »

L’Église du pédagogisme se compose de toutes les personnes qui croient qu’éduquer un enfant ne consiste pas à lui apprendre des choses, mais à lui « apprendre à apprendre » pour lui permettre de « construire lui-même son savoir ». Elle vise donc à interrompre la chaîne de la transmission des connaissances, par laquelle la culture se transmet d’une génération à l’autre.
Laissant les enfants « construire eux-mêmes leurs savoirs », elle espère ainsi qu’ils construiront un monde nouveau, radicalement différent de celui de leurs parents. C’est le sens de son slogan « Changer l’école pour changer la société ».

Évidemment, cette démarche est parfaitement hypocrite car, derrière ce discours officiel neutre, il y a un projet précis. Il n’est absolument pas question de laisser les enfants construire le monde qu’ils veulent.

S’ils se refusent à transmettre la culture classique aux enfants, ils ne se privent pas en revanche, de leur transmettre les « valeurs » qui, selon eux, devront façonner la nouvelle société. La tradition républicaine d’enseignement fondée par Jules Ferry voulait que les maîtres s’interdisent toute considération politique devant leurs élèves. Tous leurs efforts consistaient à leur transmettre un contenu factuel. Les pédagogistes au contraire ne veulent plus du contenu factuel. Et ils ont vigoureusement promu dans les écoles les matières et activités qui permettent d’influencer les valeurs des enfants. Ainsi, dès la grande section de maternelle, ils demandent aux enseignants d’organiser chaque semaine une demi-heure de débat sur des sujets de société. Officiellement, le but de ces débats est d’entraîner les enfants à l’exercice de leur liberté d’expression, pour faire « vivre la démocratie ». Dans les faits, les enfants étant incapables de prendre position, et encore plus d’argumenter, l’enseignant dirige lui-même le débat. Il énonce les arguments et récite, parfois inconsciemment, le catéchisme pédagogiste appris pendant son séminaire dans les ESPÉ. Les enfants manipulés s’approprient le raisonnement d’autant plus facilement qu’on leur fait croire qu’ils y sont arrivés tout seuls. Ces débats ont lieu tout au long de l’école primaire, l’Église du pédagogisme a inventé pour justifier ce genre d’activité destinée à remplacer l’instruction traditionnelle le concept de « vivre-ensemble ».

L’éducation civique est une matière fortement exploitée par les pédagogistes pour influencer politiquement les élèves. Beaucoup de parents croient, à tort, que les cours d’éducation civique s’apparentent à « l’enseignement du civisme » : encourager les enfants à faire preuve de courage, de patience, de prudence, de générosité, de respect, de justice, etc. En fait, « l’ éducation civique » enseigne aux enfants leurs droits, et pas n’importe lesquels : la liberté d’expression dans les limites de la bien-pensance, le droit de contester une décision qu’ils trouvent injuste, le droit de se syndiquer, le droit de grève, les « droits sociaux » (RSA, logements sociaux, CMU, etc.) On y trouve désormais aussi de la propagande à caractère sexuel. Mais nulle part il n’est question d’enseigner aux enfants les vertus civiques.

Les autres matières, comme la littérature, l’histoire et la géographie sont aussi fortement contaminées. Les enfants doivent « construire leurs propres savoirs » dans ces matières à partir de documents. Ces documents sont distribués en classe ou figurent dans leurs manuels. Ils doivent les observer et en tirer des conclusions. Ici, le prétexte est de leur enseigner la « méthode » littéraire, historique ou géographique, plutôt que de leur enseigner directement la littérature, l’histoire et la géographie. Ceci afin, soi-disant, qu’ils soient capables de continuer à étudier seuls ces matières une fois qu’ils auront quitté l’école. En réalité, le piège est le même que dans les « débats » pipés qu’on fait faire aux enfants de maternelle : le choix des documents donnés à l’élève permet de dicter d’avance les conclusions auxquelles il va aboutir, tout en lui donnant l’impression d’y être arrivé tout seul. Cela permet de faire des cours, et des manuels, d’où la rigueur la plus élémentaire est absente. Et personne ne peut s’en offusquer puisque les erreurs, simplifications et omissions n’apparaissent nulle part de façon trop évidente.

Jusqu’aux années soixante, les élèves apprenaient l’histoire dans des manuels qui racontaient l’enchaînement des événements historiques. Selon la classe, l’histoire était racontée avec plus ou moins de précision. Mais dès le cours moyen (les CM1 et CM2 actuels), les manuels détaillaient assez les événements pour que les élèves puissent les comprendre avec une certaine finesse. Et, si le manuel contenait des erreurs, elles étaient évidentes et remarquées. L’éditeur avait intérêt à les corriger s’il ne voulait pas perdre sa réputation et sa clientèle.
Sous la pression des pédagogistes, les manuels sont devenus des recueils de documents, où le cours n’occupe plus, même dans les matières littéraires, que 10 à 15 % de l’espace. De nombreuses leçons se résument donc à l’observation de documents, d’où les élèves doivent tirer leurs propres conclusions. C’est bien sûr la porte ouverte à d’innombrables manipulations, afin de faire rentrer dans l’esprit des élèves une idéologie de repentance et de défiance par rapport à leur héritage culturel.

Les enfants d’immigrés premières victimes

La volonté des pédagogistes de couper la chaîne de la transmission du savoir explique leurs ambitions malsaines concernant les enfants d’immigrés. Jusqu’à la création de leur Église, la conception dominante en France était que tous les enfants se trouvaient dans une filiation intellectuelle et spirituelle qui faisaient d’eux, qu’ils soient blancs, jaunes ou noirs, des héritiers de la culture gréco-latine, fécondée par le christianisme et l’esprit des Lumières. Cette idée était résumée par la fameuse phrase que tous apprenaient : « Nos ancêtres les Gaulois ». On a beaucoup ironisé sur le fait que les petits africains aient appris cette contrevérité historique évidente. Mais on aurait pu dire la même chose de presque tous les Français du début du XXe siècle, qui descendaient bien plus des Germains, des Latins et des Normands que des Gaulois. En réalité, cette phrase « Nos ancêtres les Gaulois » exprimait l’ouverture et la générosité d’une école qui avait l’ambition d’amener tous les enfants à la connaissance la plus approfondie possible de l’héritage culturel humaniste. Personne ne pensait qu’il fallait priver certains enfants de cet héritage, sous prétexte que leur ascendance « biologique » remontait ailleurs que vers Platon, Aristote, Descartes et Kant.

Mais les pédagogistes, eux, ont vu dans les petits immigrés l’alibi idéal pour qu’on arrête de transmettre la culture humaniste aux enfants. Présentant la pensée occidentale comme la culture exclusive des petits blancs, ils ont fait pression pour que les programmes scolaires soient réécrits en tenant compte des apports de toutes les autres cultures, avec comme argument massue que des héritiers de ces autres cultures étaient maintenant présents dans presque toutes les classes.

Ce fut le début du plus grand hold-up culturel jamais subi par une génération. Sous prétexte d’ouverture, les programme scolaires, qui étaient des modèles de cohérence et de progression logique, se sont fermés à la culture classique. Il sont devenus des fourre-tout dans lesquels sont sans cesse introduites des nouveautés, au fur et à mesure qu’apparaissent de nouvelles modes[7]. Les élèves sont donc privés de l’héritage que leurs parents, et bien sûr les pédagogistes eux-mêmes, ont reçu à pleines mains de leurs professeurs. Mal formés, ou pas formés du tout, incapables de pensée critique, ils en deviennent extrêmement perméables aux idéologies. C’est peut-être une explication de la radicalisation de la jeunesse sur certains sujets religieux ou politiques, alors que leurs aînés sont beaucoup plus mesurés. Mais évidemment, cette défaite de la pensée est vue comme une immense victoire par l’Église du pédagogisme. Elle ne pouvait pas rêver, il y a trente ans, d’un si complet triomphe de son nihilisme.

On comprend dès lors les causes de l’intolérance des pédagogistes vis-à-vis des parents et des professeurs attachés aux méthodes classiques d’éducation. Ce qu’ils mettent en cause, ce n’est pas l’efficacité de ces méthodes pour enseigner des choses aux enfants. C’est l’objectif lui-même qu’ils contestent. Car transmettre aux enfants la culture, c’est mettre en péril leur projet de construire l’homme nouveau qui fera la société nouvelle.

Leur opposition aux méthodes d’enseignement classiques est politique. C’est ce qui explique la violence avec laquelle ils luttent contre leurs adversaires.

De leur côté, les « adversaires » en question, parents ou professeurs, ne comprennent pas. Pour eux, la question des méthodes n’est pas idéologique. Leur but n’est pas de changer la société. Ils veulent juste que leurs enfants apprennent des choses intéressantes, sans trop les forcer si possible. Ils cherchent donc à savoir quelle est la méthode la plus efficace. Ils interprètent simplement l’agressivité des pédagogistes comme un signe du fait qu’ils croient vraiment en l’efficacité de leurs méthodes. Et face à une telle détermination, ils se laissent parfois convaincre, même s’ils n’ont aucune bonne raison de les croire.

Tant qu’ils ne s’aperçoivent pas que les pédagogistes s’opposent à leurs méthodes pour des raisons politiques, ils ne luttent ni avec les mêmes armes, ni avec la même détermination. Et ils perdent bataille après bataille.

C’est pour les rassembler et les mobiliser qu’existe SOS Éducation.

Depuis 15 ans désormais, notre association dénonce les basses œuvres de l’Église du pédagogisme et nous nous battons pied à pied pour reprendre les rênes du système éducatif. Pour que l’école amène chaque enfant à donner le meilleur de lui-même, dans le respect de sa conscience et des valeurs de sa famille, tout en recevant le trésor de notre héritage scientifique, littéraire et culturel.

Bien sûr, notre conception de l’enseignement est qualifiée d’ « hérétique » par les prêtres de l’Église du pédagogisme, qui a d’innombrables relais pour nous insulter dans la presse nationale. Chaque fois que nous dévoilons la réalité de cette nouvelle religion, dont le dogmatisme et l’intolérance ont déjà fait des millions de victimes parmi nos enfants, nous sommes ainsi accusés d’être « néo-conservateurs », « ultralibéraux », « réactionnaires ».

Mais grâce des généreux donateurs qui nous soutiennent, ils ne parviennent pas à nous museler.

Cette année encore, nous avons envoyé plus d’un million deux cent mille courriers postaux afin d’alerter l’opinion publique sur ce qui se passe dans les établissements scolaires.

Nous avons inondé le gouvernement de pétitions, intenté des recours en justice, arraché la réécriture de programmes et de textes de loi.

Nous avons formé des centaines de professeurs aux méthodes d’enseignement les plus solides lors de nos ateliers au siège de l’association, semaine après semaine.

Nous avons rencontré des responsables politiques de tous bords, qui sont de plus en plus nombreux à reprendre nos propositions, à commencer par le vainqueur de la Primaire de la droite et du centre, François Fillon, qui a le courage de faire tomber les masques de ces idéologues fanatiques et de dénoncer ces « pédagogistes prétentieux ». D’autres se lèveront à n’en pas douter, venant de tout l’échiquier politique, si nous leur ouvrons les yeux.

Nous avons publié des ouvrages de réflexion sur l’école, des manuels pour aider les professeurs, des révélations qu’aucun autre éditeur n’osait prendre le risque de faire paraître, comme L’Agonie de l’école, ce témoignage choc signé par un inspecteur qui, après 25 ans d’exercice, a décidé qu’il ne pouvait plus se taire.

Chère amie, cher ami, j’ai une question très importante à vous poser : pensez-vous, comme moi, que ce combat doive être poursuivi ?
Si tel est le cas, alors c’est maintenant que vous pouvez agir, en nous soutenant par votre don, le plus généreux possible. N’oubliez pas que, si vous êtes imposable sur le revenu, vous pourrez déduire de votre impôt 66% du montant de votre don. Ainsi, un versement de 100 euros, par exemple, ne vous « coûte » en réalité que 34 euros…

Peut-être vous demandez-vous ce que pèse une association comme la nôtre face à la puissance de cette Église du pédagogisme ? Je vous répondrai franchement : si je vous écris aujourd’hui, c’est parce que chaque soutien est décisif.

Avec 30 euros, par exemple, nous pouvons imprimer un millier de pétitions, qui seront déposées sur le bureau du Ministre, voire même sur celui du Président de la République.

Avec 50 euros, nous pouvons former un professeur pendant une demi-journée entière aux méthodes de lecture syllabiques qui ne sont utilisées actuellement que dans à peine 5% des classes de CP, alors que leur efficacité est incomparable.

Avec 100 euros, nous pouvons toucher plus de 20 000 personnes sur les réseaux sociaux, qui eux-mêmes pourront mobiliser leurs réseaux de proches et d’amis.

Avec 1000 euros, nous pouvons envoyer à tous les parlementaires un manifeste sur l’état de l’école avec la liste des mesures à prendre de toute urgence pour la sortir des griffes de Église du pédagogisme.

Vous le voyez, il n’y a pas de « petit » don : à SOS Éducation, vous pouvez compter sur nous pour faire feu de tout bois et utiliser chaque euro que vous nous donnerez pour nous mobiliser sans jamais rien lâcher, au service du redressement de l’école et de tous les élèves !

Nos enfants et petits-enfants ne pourront résoudre aucun des défis gigantesques qu’ils devront affronter dans les années à venir si le système éducatif continue à fabriquer à chaque nouveau quinquennat un million d’illettrés, qui de surcroît se font laver le cerveau par les sectateurs de l’Église du pédagogisme. Or, c’est ce qui se produit en ce moment-même et c’est ce qui se produira encore l’année prochaine, si l’Éducation nationale n’est pas réformée très vite, et en profondeur.

Dans les prochains jours, le ministre Najat Vallaud-Belkacem, va lancer une dernière série de réformes inspirées par l’Église du pédagogisme. Nous devons nous donner les moyens de la contrer et de marquer des points tout de suite, même si c’est difficile.

Alors je compte sur vous : soutenir notre combat est certainement la meilleure chose que vous pouvez faire aujourd’hui ! Et si vous nous avez déjà généreusement fait un don, vous pouvez démultiplier l’effet de votre action en transférant ce message à tous vos amis.

Vous savez que pour conserver une totale liberté de parole, SOS Éducation n’accepte aucune subvention publique, et ne dépend que de la générosité de ses sympathisants.

Vous pouvez donner directement et de manière sécurisée sur notre site. Mais si vous souhaitez nous adresser un don par chèque, libellez-le à l’ordre de SOS Éducation et adressez-le à mon intention au siège de SOS Éducation, 120 bd Raspail, 75 006 Paris. Vous recevrez un reçu fiscal vous permettant de déduire 66 % du montant de votre don de vos impôts.

D’avance merci,

 

Claire Polin
Présidente de SOS Éducation

 

PS. Transférer ce mail, partager cet appel sur les réseaux sociaux, c’est déjà nous aider. Alors je vous en prie, aidez-moi à faire connaître la vérité sur l’Église du pédagogisme à toutes les personnes de bonne volonté. Et si vous le pouvez, aidez SOS Éducation à protéger les générations futures et l’avenir de notre pays en faisant un don d’un simple clic ici.

 

[1] Voir les « Cahiers pédagogiques », un des principaux organes de l’Église du pédagogisme. Sur la page d’accueil, on peut lire « Changer l’école pour changer la société ».

[2] Cette méthode part du principe que le lecteur reconnaît les mots comme les Chinois reconnaissent des idéogrammes, et apprend donc aux enfants à « photographier » les mots dans leur mémoire, plutôt que de leur apprendre les lettres.

[3] Par opposition à la transmission des savoirs. Le but de l’école, selon cette nouvelle loi d’orientation, ne devait plus être de transmettre des savoirs aux enfants, mais de leur permettre de s’épanouir en les encourageant à exprimer leurs besoins.

[4] Voir lexpress.fr, du 02/09/2012, Vincent Peillon pour l’enseignement de la « morale laïque ».

[5] Une religion pour la République : la foi laïque de Ferdinand Buisson, Le Seuil, 2010.

[6] Il s’agit d’une technique psychologique bien connue, et très utilisée aussi dans les ESPÉ : pour obtenir l’adhésion d’une personne à une opinion donnée, il est beaucoup plus efficace de lui faire faire des activités ciblées pour la faire arriver sans qu’elle s’en rende compte à cette opinion, plutôt que de la lui imposer au moyen d’une argumentation rationnelle, même si celle-ci est convaincante.

[7] Voir en particulier, Le Chaos pédagogique, Philippe Nemo, Albin Michel, 1992. En 2016, ce livre n’a pas pris une ride.

 

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7 réflexions sur “L’Église du pédagogisme

  1. Excellente présentation des raisons de la ruine de notre système éducatif.
    Il y a cependant un mot qui n’apparaît pas dans l’article, celui de trotskisme.
    Car les méthodes utilisées par « l’Église du pédagogisme » sont bien celles des révolutionnaires patentés, qui veulent abattre les institutions, et, derrière elles, la société française elle-même, au profit d’un ordre nouveau, le leur (ce qu’on appelait la révolution culturelle du temps de Mao).
    Donc : agitation-propagande (autour du thème « toujours plus de moyens », par exemple), désinformation, lavage de cerveau (dans les Espé), noyautage jusqu’au plus haut niveau de l’État, le tout sur fond de dogmatisme intransigeant et de doctrine distillée par de pseudo-intellectuels.
    Les centaines de milliers d’enseignants qui travaillent sérieusement, avec le souci d’éduquer nos enfants, doivent être débarrassés de ces idéologues malfaisants, qui les inondent de circulaires illisibles et politiquement orientées.
    FP, haut fonctionnaire (ne travaillant pas à l’Éducation nationale)

    • Il ne s’agit ni plus ni moins que du projet maçonnique pour l’école. Vincent Peillon, en bon Franc Maçon, n’en cache même plus la finalité. Objectif qui est poursuivi depuis la création même de l’école.
      « Et donc, l’école a un rôle fondamental puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. ». Traduction : dépouiller l’enfant du savoir, de ses origines, de ses facultés de penser.
      Cette « nouvelle naissance » et cet « ordre nouveau » étaient notamment le thème du siècle des lumières, et donc bien ceux de la FM. Le trotskisme n’est qu’un des innombrables rejetons de ce dogme qui opère depuis des siècles à tous les niveaux de notre société, soi disant laïque.

  2. Bonjour,

    j’ai relevé des approximations dans les dates que vous indiquez , quant à l’enseignement des math et de la méthode globale de lecture… J’ai eu le bac en 1970 et j’ai vécu bien avant ces expériences. Bénéfique pour moi en lecture, catastrophique pour les math… (j’omets volontairement le « s » de math s’agissant d’une abréviation)
    Je crains de partager votre constat sur la faillite du système, sans vous rejoindre en rien sur le retour en arrière que vous préconisez… Depuis une soixantaine d’années, les expériences les plus diverse ont été tentées, en France, mais aussi en Suède, Allemagne et autres pays qui ne connaissent pas le même déclin de leur système éducatif…
    Vous prônez exactement la même méthode de contrôle unique de la pensée, que vous dénoncez dans le système actuel… Apprendre à apprendre n’est pas une fin en soi, mais semble pourtant indispensable à toute forme d’apprentissage dans quelque matière que ce soit… Ce sont les méthodes et l’organisation de l’Ecole qu’il faut refonder, en prenant enfin en compte que les capacités d’imprégnations d’une classe d’âge ne sont pas identiques pour tous les enfants. Stigmatiser les enfants parce qu’ils n’ont pas atteint la maturité nécessaire à un apprentissage a créé autant de dégâts que les diverses « expériences » éducatives que vous critiquez…. Le simple intitulé des différents ministères chargés tour à tour de l’enseignement, puis de l’éducation, montre bien une volonté politique de mainmise sur un système…. La formation des enseignants en vase clos coupé de la réalité du monde extérieur est à mon avis une des causes principales du fossé qui perdure entre le monde enseignant et la population… Combien d’éducateurs ont eu une expérience dans le monde du travail? La plupart sortent du système scolaire pour entrer en religion dans une autre école qui ne diffère en rien de ce qu’ils viennent de quitter…. Aucune remise en cause n’est possible, aucune prise de conscience des réalités du monde actuel n’est amorcée…. On demande à des individus de former nos enfants au monde du travail à des gens qui n’en connaissent rien.
    Je suis architecte, j’ai beaucoup œuvré dans le monde associatif, j’ai été moniteur fédéral d’aviron, président d’association sportive (7 500 membres), et je n’ai jamais pu avoir un dialogue constructif avec le monde enseignant, sauf avec ses dissidents, par ailleurs écartés du système et relégués à des poste « mission impossible » (classe perdues pour le monde enseignant classique, en extrême perdition ) où ils arrivaient avec d’autres méthodes non reconnues à « sauver » quelques âmes… J’ai vu monter à Argenteuil où mes enfants étaient scolarisés les courants des communautarisme, avec les dérives mises en évidence depuis quelques années , il y a déjà 20 ans, je m’en suis inquiété en conseil de classe (représentant des parents d’élèves) en ne récoltant qu’un haussement d’épaules, et une position de l’autruche de mes contradicteurs, dont le slogan , à l’instar de nos politiques, était : « Pas de vagues, protégeons notre tranquillité ». Le port de cutters , et d’armes blanches au collège : « vous exagérez! »….
    En 1998 , une statistique parue au sein de l’établissement a démontré que les élèves d’origine « étrangère » étaient devenus majoritaires : une manifestation de joie orchestrée par un prof de même origine , avec cris de victoire et assaut des tables pour une danse incantatoire rythmée par des « on a gagné!!! » , a secoué l’établissement, en ayant pour conséquence que mes enfants, et d’autres « autochtones » n’ont plus voulu se rendre en classe…. Il nous a fallu toute une débauche de diplomatie et de conviction pour reprendre un cours plus normal des choses…. Aucune réaction de la direction…
    Le mal est encore plus profond aujourd’hui. Les enseignants n’ont plus aucune crédibilité auprès des parents , et n’ont pas (non plus) la moindre parcelle de culture ( je ne relèverai même pas toutes les fautes dans les cahiers de correspondance, ni les bévues dans des sujets comme l’art ou la musique pour lesquels je me suis battu en permanence).
    Je ne pense pas que votre action soit essentiellement différente dans son esprit de ce que vous critiquez (avec raison parfois). Le sujet mériterait un débat plus élevé qu’une simple alternance de méthodes, toutes dépassées.
    Seulement l’organisation politique actuelle qui se radicalise et n’écoute plus la nation, ne le permettra pas, aussi suis-je très pessimiste sur l’avenir de notre société…. Tous les niveaux de formation sont en chute libre, y compris des secteurs comme la médecine où on recommence à former des médecins de Molière imbus de leur savoir dès la sortie de l’internat et sûrs de détenir toute la science sans réelle formation, aussi l’avenir me paraît bien sombre et la décadence bien amorcée sans que personne ne puisse en l’état actuel de notre société en inverser le cours….

    Je respecte votre combat, même si je ne partage pas vos points de vue.
    Respectueusement votre, Marc GIRAUD

    • Monsieur Giraud
      Merci infiniment pour votre réaction. J’en partage chacun des mots et en particulier les derniers « Je respecte votre combat, même si je ne partage pas vos points de vue ».
      Sur l’expérience individuelle d’abord. Par exemple, à une fin de conseil de classe où, en aparté bien sûr, je m’inquiétais d’un enseignant complètement dépassé par son métier, le principal me répondait « je sais, vous avez raison, tout le monde le sait ; mais le système fait qu’on ne peut rien faire. Et puis après tout, ce n’est pas si grave ; ce n’est qu’un professeur. » Le fait que des joints soient fumés pendant son cours ne mobilisait pas plus que ça ! Ou un autre exemple : l’impossibilité dogmatique de pouvoir parler de pédagogie à un prof. Et le grand écart quand il faut passer du « les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants » (difficile de dire non, alors on l’admet du bout des lèvres) à « les parents n’y connaissent rien en pédagogie, donc il n’ont rien le droit de dire ». Y compris dans un petit cercle de parents investis dans une association de parents d’élèves et qui ont écarté toute considération « politique » et surtout « politicienne ».
      Sur le fond ensuite. Oui, les fondamentaux (lire, écrire, compter, mais aussi au moins une langue étrangère, un peu d’informatique, des repères historiques et citoyens…) sont absolument indispensables. Mais ils sont aujourd’hui notoirement insuffisants. Sans verser dans le pédagogisme, on peut aussi dire que l’école traditionnelle ne cultive que deux dimensions de l’intelligence : les chiffres et les lettres. Mais ce n’est pas à vous, architecte, qu’il faut expliquer que l’image et la vue en 3D, le fonctionnement collectif d’un groupe ou la relation avec un élu ou tout autre individu sont, parmi d’autres, des formes d’intelligence que l’école devrait développer et reconnaître. Sans compter le mouvement, le rythme, la musique, la connaissance de soi, j’en passe… Et le « apprendre à apprendre », « apprendre à discerner »… L’école aujourd’hui ne peut plus enseigner le dixième, ni même le centième des connaissances existantes quand nous les avons toutes au fond de notre poche. Alors, il faut bien travailler sur les deux fronts : les connaissances de base ET le « apprendre à apprendre ». Pourquoi les opposer ?
      Et finalement, le plus compliqué, même quand on est d’accord sur ce fond, c’est de travailler ensemble. Il suffit de petits différents, ou même seulement de souhaiter « exister » et se faire un place au soleil… Regardez par exemple ce collectif : http://www.lemanifesteheureuxalecole.fr Tout y est, je trouve. Je fais partie de ses initiateurs. Et bien même dans un groupe comme celui-là, où le mot « coopération » devrait régner en maître, le quotidien n’est pas à la hauteur des enjeux. On avance, on avance. Mais si lentement…
      Votre réaction m’a paru particulièrement ouverte. Je suis un incorrigible optimiste. Malgré votre pointe de pessimisme de la fin de votre message, le noyau dur du Manifeste Heureux à l’Ecole sera très heureux de recevoir votre contribution de citoyen, quelle qu’elle soit 🙂
      Et puis, qui sait, nos chemins pourraient se croiser pour construire une école ? Je suis maître d’ouvrage public quand je ne me consacre pas à certaines activités associatives !!
      Bonne route.
      Arnaud

  3. Tout à fait clair, édifiant et fondé, ce texte raconte tout haut ce que beaucoup subodoraient en silence..
    Cependant, je ne crois pas qu’il faille ajouter en bas de cette page, ce Post-Scriptum, car cela devient un peu une forme de « chaine », perdant du coup une grande partie de son intelligence et de sa juste légitimité.
    La méthode blog, (méthode de diffusion assez classique aujourd’hui) sans encouragement du type chaine, est plus efficace parce que naturellement moins susceptible d’être un « Fakek » , ce genre de message adressé à tous mais ne contenant que du vent et des alarmes creuses.
    Quoi qu’il en soit merci

  4. Le tout « transmissif » est aussi illusoire que le tout « apprentissage ». En dénonçant le tout « pédagogisme », ne tombait pas dans l’excès contraire du tout « didactisme ».
    On enseigne une discipline, mais on instruit une personne. Les deux sont nécessaires si l’on veut que ce que l’on désire transmettre soit approprié (incorporé) par la personne.
    Oui, il est nécessaire d’avoir des enseignants maîtrisant leur discipline et sachant en faire découvrir les enjeux par une didactique adaptée aux différentes classes pour obtenir une bonne qualité de l’enseignement.
    Cependant, ce n’est pas suffisant si l’on a pour objectif que tous les élèves apprennent. La recherche sur les apprentissages se traduit par l’élaboration de méthodes pédagogiques qui concourent à l’efficacité de l’instruction.
    Les différentes réformes du système éducatif français ont eu pour effet une massification et non une démocratisation de l’enseignement. La suppression de l’examen d’entrée en 6e n’a pas été accompagnée par une refonte suffisante de la formation des enseignants qui auparavant intervenaient auprès d’élèves représentant 5% d’une classe d’âge. Or, la non-maîtrise des prérequis par beaucoup d’élèves pour suivre un enseignement secondaire implique de la part des enseignants de procéder autrement.
    « Parmi les nombreux modèles de l’enseignement qui ont été proposés, la pédagogie de maîtrise occupe une place particulière. D’une part, il s’agit probablement du modèle le plus abouti et, d’autre part, c’est très certainement le modèle qui a eu la plus grande influence sur l’enseignement dans la seconde partie du 20e siècle, du moins à partir des années soixante-dix.
    Le point de départ de la pédagogie de maîtrise s’ancre dans le constat que, pendant longtemps, l’école s’est contentée de sélectionner les meilleurs pour préparer un groupe limité d’élèves bien formés. Cette manière de penser la formation des nouvelles générations, qui était acceptable dans une société industrielle basée sur une répartition stricte des fonctions et où les activités répétitives avaient une place importante, n’est plus adaptée dans la société cognitive qui se met en place. Il ne s’agit plus aujourd’hui pour l’école de sélectionner, mais plutôt d’amener le plus grand nombre d’élèves au plus haut niveau.
    […]À l’occasion de ses études sur les variables susceptibles d’influencer les résultats d’apprentissage, Bloom a été amené à mettre en évidence le poids des variables individuelles comme les stratégies cognitives et la maîtrise des prérequis qu’elles soient d’ordre cognitif ou affectif. L’originalité de la démarche de Bloom a consisté à considérer que ce poids ne constituait pas une prédétermination, mais qu’il était au contraire possible, par des interventions inspirées de la pédagogie de maîtrise, d’en arriver à limiter très fortement leurs effets négatifs. En particulier, il démontre que l’influence de l’intelligence sur les apprentissages est faible lorsqu’on neutralise l’effet de la maîtrise des prérequis et qu’il est possible d’agir directement sur certaines variables d’apprentissage pour limiter très fortement leurs effets. » Christian Depover, Université de Mons, 2016

  5. La doxa de la bien-pensance pédagogique nous a souvent habitués à des discours mêlant à la fois des idées aux antipodes du principe du rasoir d’Ockham et des intentions, simulées ou non, de vouloir simplifier les pratiques d’enseignement. À titre d’exemple, on prétend que les nouveaux programmes du primaire sont centrés sur les fondamentaux, mais on y incorpore, toutefois, des matières qui ne le sont pas (informatique, langue étrangère, histoire de l’art…). L’ambivalence de ce discours s’illustre allègrement, aussi, à travers des idées que l’on veut innovantes ; sauf que, dans un examen rigoureux de leur substrat, ces idées s’avèrent de vraies fausses bonnes idées, plutôt que des panacées drapées de la vertu de pouvoir panser les maux en matière de pédagogie.

    Devant la vacuité scientifique de ses avatars (pédagogie différenciée, suppression de la note, construction des apprentissages par l’élève, interdisciplinarité, classe inversée, dictée négociée…), la vulgate pédagogiste ne devrait-elle pas commencer à battre sa coulpe ? Car le constat est amer : l’échec scolaire est toujours là et tous les traitements pédagogistes des difficultés scolaires ont montré leurs limites, selon les témoignages de ceux qui les ont expérimentés en toute sincérité. Alors pourquoi Torquemada continue-t-il à nourrir son discours avec les vertus illusoires de cette doxa prétendument novatrice, au risque de laisser transparaître l’idée qu’elle participe en réalité de ce qui s’apparente à un simple conglomérat de préjugés idéologiques ?

    Dans cette perspective, il sied de rappeler que le syntagme nominal  » échec scolaire  » est ambivalent : il pourrait désigner à la fois l’échec d’un élève dans sa scolarité et l’échec d’une doctrine scolaire. Cette ambivalence, Torquemada ne l’a que trop comprise. Il en joue même, tant il sait que l’échec dans les apprentissages pourrait traduire aussi l’échec de sa théorie de l’éducation. Tant est si bien qu’il ne lui reste que ce pis-aller : ériger le culte de l’innovation pédagogique en arme de culpabilisation massive destinée presque à jeter systématiquement l’opprobre sur toute velléité d’un conservatisme de bon sens. En se positionnant dans le camp religieusement moderniste, les rapports de force, aux yeux de l’opinion profane, lui sont ainsi favorables et les apparences sauves. Or, faut-il rappeler que si la pertinence en matière d’enseignement se mesurait à l’aune d’un modernisme effréné, du neuf à tout prix, pourquoi considère-t-on toujours comme valides les théorèmes de Thalès et de Pythagore et la géométrie d’Euclide, pour ne citer que ces exemples vieux de plus de deux mille ans ? En quoi un conservatisme de bon sens serait nécessairement pathologique ? Au nom de quelle sagesse doit-on juger nécessairement bon tout ce qui est nouveau ?

    Le pédagogisme ne voit-il pas qu’il prive l’élève de l’immense capital de connaissances accumulées par les générations, auquel seuls les élèves culturellement nantis ont accès par le truchement de leur environnement familial ? Comment ne voit-il pas, ce faisant, que les inégalités préexistantes qu’il prétend juguler se trouvent ainsi considérablement accrues ? Et lorsqu’il donne, par son égalitarisme aveugle, l’illusion d’une réussite constamment garantie (que l’on se rappelle la fameuse « réussite différée »), ne réalise-t-il pas que cela revient à occulter la réalité de l’échec à l’élève concerné et à sa famille et à réduire ainsi chez les enfants la perception de la valeur de l’effort et le désir de se surpasser.

    Jean-Claude Milner, qui récuse le principe même d’une pédagogie possible et nécessaire à l’acte d’enseigner, verrait, à ce titre, dans le pédagogisme, moins une école soucieuse d’un enseignement efficace, qu’un outil de culpabilisation :

    « Si l’on s’adresse à la pédagogie pratique, une situation curieuse se découvre : parmi ceux qui aiment enseigner, le font souvent et avec succès, beaucoup affirment très haut qu’ils ne croient pas à la pédagogie ; certains mêmes avouent leur haine et leur dégoût à l’égard de ce qui se propose sous ce nom : un mot, disent-ils, inventé par les ignorants pour faire peur à ceux qui savent. À l’inverse, parmi ceux qui vantent la pédagogie, déplorent qu’on n’en fasse pas une discipline reine, proclament en définir leur compétence majeure, beaucoup n’ont jamais enseigné, beaucoup n’enseignent plus, beaucoup avouent ne pas aimer enseigner, beaucoup enseignent mal. Cela prouve du moins une chose : en tant que technique, la pédagogie ne peut se flatter d’aucune efficacité manifeste ; encore moins peut-elle se prétendre nécessaire tant logiquement que pragmatiquement. » (De l’école, p. 75)

    « À vrai dire, c’est presque passer pour un bourreau naissant que de révoquer en doute les postulats : l’enfant doit être au centre de l’école ; la théorie de l’enfance doit fournir à l’école ses principes fondamentaux ; le bonheur de l’enfant doit orienter tout son effort. Il y aurait là pourtant beaucoup à redire : une institution peut-elle se proposer d’assurer le bonheur de qui que ce soit ? On a de fortes raisons d’en douter. La pédagogie dispose-t-elle d’une théorie complète et adéquate de l’enfance ? Une telle théorie est-elle même simplement possible ? Rien n’est moins sûr. » (Ibid., p. 76)

    Qu’on le dise sans ambages, si les alchimistes du culte de l’innovation avaient pu accoucher de cette pierre philosophale, capable de transformer le vil métal de l’élève en difficulté en métal précieux du bon élève, il y a bien longtemps qu’ils auraient remué ciel et terre pour protéger leur trouvaille par un brevet garantissant leur propriété intellectuelle et que des entreprises privées s’y seraient mêlées, eu égard au lucre que ce marché pourrait générer. Ce graal étant introuvable, les griefs de l’inquisition se cristallisent aisément sur ce pauvre « albigeois » du bon sens pédagogique qu’est l’enseignant, jugé hérétique et affreux conservateur par la bien-pensance pédagogiste, pour en faire une proie facile d’une croisade culpabilisatrice. À quand un sursaut d’honnêteté intellectuelle pour admettre l’évidence ? Parvenant seulement à empêcher l’élève « cognitivement sain » de progresser plus vite, ces pédagogies dites novatrices n’ont jamais pu éradiquer l’échec scolaire qu’elles arrivent seulement à occulter. Où réside alors leur bénéfice pédagogique ?

    Allez ! Par-delà tout ce qui précède, laissons le mot de la fin à cette simple remarque : tous les contempteurs du pédagogisme seraient-ils simplement animés par une propension viscérale à sa critique ? Tout ce beau monde, fait de chercheurs, philosophes, orthophonistes, parents, journalistes, essayistes, enseignants… n’aurait aucune raison de douter de cette doxa si son efficacité n’était pas loin de sauter aux yeux ? Si l’on continue de ne pas voir, chez ces marchands d’orviétan, que le sempiternel argumentaire de l’innovation pédagogique, désormais éculé, est moins un paralogisme qu’un sophisme, alors il reste, comme ersatz, la morale de Lafontaine pour conclure que la raison du plus fort est toujours la meilleure.

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