Les droits de l’homme valent-ils aussi… pour les professeurs ???

Cher collègue,

Vous avez sans doute lu dans le journal Le Monde du dimanche 22 novembre 2009 l’histoire atroce de notre collègue Claudine Lespagnol, professeur d’anglais au Lycée Jean-Lurçat dans le 13ème arrondissement de Paris.

Claudine a demandé à ses élèves d’arrêter de téléphoner et d’envoyer des SMS en classe. Elle n’a pas confisqué de téléphone puisque, comme vous le savez, c’est interdit.

Résultat immédiat, ses élèves ont signé – à la quasi-unanimité de la classe – une lettre au proviseur dans laquelle ils lui « conseillent vivement d’opérer un changement de prof ».

Certains élèves ont également écrit à Claudine pour lui demander d’arrêter immédiatement de leur faire des remarques au sujet de leur téléphone portable :

« Si ce n’est pas le cas et qu’il n’y a aucun effort de changement de votre part, nous n’avons plus que quelques mots à vous dire : allez vous faire enc… »…

De plus, pour la « punir », ils lui ont volé la clé USB sur laquelle elle a ses cours.

Vous et moi devons réagir immédiatement.

Ces agressions ignobles envers notre collègue seraient normalement passibles de poursuites pénales, pour vol et injures, peut-être même pour menaces, si elle était un citoyen normal.

Mais seulement voilà : Claudine n’est qu’un simple professeur de l’Éducation nationale.

Dans son cas, les Droits de l’homme semblent ne pas s’appliquer !!

En effet, elle n’a reçu que très peu de soutien de la hiérarchie.

Elle aura dû attendre un mois pour qu’enfin l’inspecteur d’académie se déplace. Et encore : il s’est contenté pour le moment d’un simple rappel à l’ordre sous le faux prétexte que « les punitions collectives » sont interdites par le règlement!!!

Pourtant, c’est bien les uns après les autres que les élèves ont signé cette pétition et se sont engagés pour demander la tête de leur professeur…

Et ils vont peut-être obtenir gain de cause : de sources syndicales, il est question de remplacer Claudine par un autre professeur au nom de la « continuité du service public » !!!

Le proviseur, d’abord en arrêt maladie, lui aurait finalement apporté son soutien.

La seule solidarité qu’elle a reçue pour l’instant est celle de ses collègues, qui ont débrayé depuis jeudi 19 novembre.

JUSQU’À QUAND LES PROFESSEURS VONT-ILS CONTINUER À SE LAISSER MENACER ET HUMILIER ?

Ne sommes-nous que des moins que rien ?

Des citoyens sans aucun droit, et que des devoirs ?

N’y aura-t-il personne pour faire la moindre remarque à nos élèves, pour qu’ils arrêtent de nous cracher dessus, et parfois pire encore ?

C’est pourquoi je vous demande de signer la pétition au ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel, en solidarité avec notre collègue Claudine Lespagnol.

Ce qui se passe là est d’une gravité sans précédent. Notre collègue doit recevoir notre soutien, il y va de notre dignité.

Personnellement, si après avoir demandé à mes élèves d’arrêter de jouer avec leur portable en classe, je recevais de leur part un tissu d’insultes aussi violentes, et que la hiérarchie leur donnait raison, je me sentirais humilié, sali, déshonoré, jusqu’au plus profond de moi-même.

Heureusement, il semble que Claudine soit d’une force morale exceptionnelle, et qu’elle tienne le choc jusqu’à présent.

Mais ce n’est pas une raison pour la laisser toute seule. C’est pourquoi signer cette pétition de solidarité avec elle est si important. Et j’espère que vous la transmettrez immédiatement à tous les collègues !!

Les élèves le savent : circulaire après circulaire, toute la réglementation que le ministère de l’Éducation Nationale a savamment écrite jour après jour, est là pour défendre « l’enfant roi » contre la « tyrannie » de l’enseignant, pour que le professeur n’abuse pas de sa supériorité d’adulte …

Il faut bien reconnaître que nous-mêmes, nous ne savons parfois plus ce que nous avons le droit de faire. Chaque fois que l’on réprimande un élève, on se demande toujours si on en a bien le droit.

D’ailleurs, les élèves sont les premiers à vous le faire remarquer : « M’sieur, vous avez pas le droit de faire ça ». Ils vous expliquent ce qui est interdit. Avisez-vous de leur demander de se taire, certains osent vous rétorquer qu’on est en démocratie et que tout le monde a le droit de s’exprimer !

Et n’oubliez pas que de votre côté ce n’est pas la même chose. Si un élève vous menace, il faut qu’il vous menace deux fois avant que vous ne puissiez faire quelque chose. Les avertissements ? Depuis trois ans, il est interdit de les faire figurer sur le bulletin scolaire.

Ça rime à quoi ?

Aujourd’hui, on a ruiné l’autorité des professeurs parce que l’on a considéré que l’autorité c’est l’application d’une procédure.

Le résultat est tout simplement CATASTROPHIQUE, et ce sont les élèves eux-mêmes qui en sont les victimes également.

Car si nous ne pouvons plus faire cours, que vont-ils apprendre ? Comment peuvent-ils préparer leur avenir ???

Notre devoir d’éducateurs est de mettre fin à cette situation ubuesque. Mais pour l’heure, il y a vraiment le feu à la maison et je vous demande de signer la pétition.

Je vous tiendrai évidemment au courant des résultats et des suites que nous donnerons à cette action, avec tous les membres de l’association SOS Éducation.

Et surtout, faites passer à tous les COLLEGUES !!!

Un grand merci,

David Barbaud

Professeur certifié d’histoire-géographie

Gisors, le 24 novembre 2009

Signez la pétition !

48 réflexions sur “Les droits de l’homme valent-ils aussi… pour les professeurs ???

  1. bonjour à tous

    il faut revoir le bon coup de pied dans le cul et la bonne baffe dans la gueule,ensuite vous serez de nouveaux respectés!!!!
    respectueuses salutations

  2. bonjour à tous

    il faut revoir le bon coup de pied dans le cul et la bonne baffe dans la gueule,ensuite vous serez de nouveaux respectés!!!!
    respectueuses salutations

  3. Je ne sais qu’en penser. Ce qui est décrit me semble assez binaire en l’occurence un cas absolu de sales gosses impunis qu méritent une sanction là ou ça fait mal: du travail supplémentaire!!

    En revanche depuis que mes enfants vont à l’ecole puis au college, je suis sidere de la deliquescence de cette profession et du nombre de professeurs qui n’auraient jamais du faire ce metier:
    ceux qui se contentent de lire le livre
    ceux qui repondent au telephone en cours
    ceux qui sont trop souvent absent
    ceux(souvent helas celles) qui ont besoin de se faire soigner urgemment (hurlements pour rien)
    ceux qui ne donnent jamais de punitions, car une punition c’est du travail en plus
    ceux qui sont contre le principe de l’uniforme a l’ecole mais qui trouvent tres bien le deploiement de t shirt prada à 150€. C’est top pour la mixite sociale…
    etc.
    Heureusement suivant mes satistiques locales il y a encore environ 60% des professeurs qui essaient de bien faire leur metier, malgré des syndicats defendant les avantages acquis et malgré une administration crevant de trouille.
    Les autres soyons clairs n’auraient pas leur place dans la moindre entreprise.

    J’ai beaucoup de sympathie pour vos positions mais je ne peux accepter la defense aveugle de tous les professeurs, c’est une profession qui a besoin de se purger elle même pour reconstruire son autorite de l’interieur.
    La motivation principale pour faire cette profession c’est le temps libre, c’est bien pour cela que la proportion de femme a augmenté.
    Pur produit de l’enseignement laïque des annees 60 j’ai mis mes enfants avec desespoir à l’école privée.
    Et on continue a nous parler d’ascenseur social. mais l’ascenseur il n’y a pas d’effort. Il y a 30 ans on avait de la selection et un escalier social.
    Dommage qu’on aie pas applique les recos de laurent schwartz, payer plus les enseignants et les faire travailler plus et on aura un autre profil de recrutement.

    • Toc,

      S’il est vrai que ma profession comprend son lot de professeurs dépassés ou peu motivés, il ne faudrait pas non plus exagérer. En 20 ans de métier la plupart des collègues observés prennent (parfois trop, au risque de leur santé) à cœur leurs, élèves surtout en collège. Si certains sont englués dans leur dogmatisme pédagogique (le jeune « constructeur » de son savoir, ils sont néanmoins toujours sincères dans leur démarche.
      Ceci dit, il est impossible de laisser faire sans bruit le scandale advenu au lycée jean Lurçat : lettre d’injure, menaces de la part d’une classe qui ne sait simplement pas le distinguo entre vendetta corse de cour de récréation et rapport à l’autorité, ce qui en dit long sur la manière dont ils sont élevés et surtout pleutrerie de l’inspection académique, incapable de prendre la moindre responsabilité d’une sanction envers la classe. A vomir.
      Mais vous avez raison de relever le manque de considération et de soutien (financier et moral) du monde enseignant qui subit de plein fouet la mutation d’une société en pleine déstructuration.
      Il faut cependant se poser aussi la question suivante : que font ces adolescents dans ce lycée ? Quid de leur orientation? a force de les faire passer de classe en classe et de reculer au maximum le choix de leur formation, on finit par leur imposer une filière dont il n’ont cure.
      C’est l’ensemble du système éducatif qu’il convient de révolutionner.

  4. je ne suis pas enseignante,je suis assistante maternelle,mais je sais que le métier d’enseignant est très dur!!j’estime que les téléphones portables doivent être éteints en classe(élèves et professeurs)les cours sont faits pour étudier!!alors que des élèves fassent une pétition contre leur professeur,c’est une honte!ils se moquent du monde! j’éspère que les élèves qui ont signés la pétition seront sanctionés.qu’ils se conduisent en adulte ça les changera un peu !!ils sont mal élevés et trop gâtés!!je suis contre la violence mais là y a des coups de pieds au c-ls qui se perdent!!!!bon courage à Madame Lespagnol,j’éspère qu’elle sera soutenue comme elle le mérite!!

    • Isabelle,

      Les textes interdisent la punition collective (sauf sous forme de devoir à rendre) même pour des faits relevant de la classe entière.
      C’est une des (nombreuses) absurdités du système.
      Il est déjà extrêmement compliqué de punir un élève autrement que par l’heure de retenue.
      Quelque soit son comportement il faut d’abord une masse de rapports d’attitude conséquente sur une longue période, puis la réunion d’une commission de vie scolaire qui en général peut statuer au pire sur un renvoi de trois jours ou sur une…. exclusion en inclusion! (c’est à dire exclus des cours mais devant rester dans l’établissement sous la surveillance de la vie scolaire). Enfin, si ces mesures s’avèrent inefficaces, vient le conseil de discipline avec son lot d’avocats et de promesses jamais tenues de la part du petit délinquant. Dans de rares cas, l’enfant peut être exclu huit jours et au pire exclu de l’établissement mais avec obligation à l’Académie de lui trouver un nouveau collège ou lycée dans le quel il s’empressera en général de reprendre ses bonnes habitudes.
      En revanche, un professeur qui dans un moment d’énervement parfois bien compréhensible serait amené à gifler un élèves se verra au mieux convié à une réunion de conciliation avec les parents qui peut se terminer sur l’air du grand pardon humiliant ou sur la plainte à la gendarmerie, et au pire mis à pied sans délai, avec garde à vue et condamnation éventuelle.
      Il n’est évidemment pas question de revenir à la pratique des châtiments corporels, mais il y a deux poids deux mesures qui expliquent en partie la situation délétère des collèges et des lycées de France.

          • Je crois que ce ne sont pas les signataires de la pétition qui devraient être sanctionnés…

            Le libé d’aujourd’hui distingue clairement les signataires de la pétition (légitime comme mode de revendication, peu importe le motif) et la lettre d’insulte (qui quel que soit le motif est anormale…).

            Il y a clairement deux débats à avoir avec ces jeunes :
            – est-ce qu’insulter est Normal ? Utile ? Efficace ?
            – est-ce que le portable est indispensable en classe ?

            Sur cette dernière question, je répondrai non, mais visiblement beaucoup d’élèves pensent le contraire.

      • Remplacée par la démission collective, oui. Cette absence de courage et surtout de prise de responsabilité est un des fléaux contemporains. Je m’en suis aperçu ne serait-ce que dans le domaine associatif. dans l’organisation de mes voyages pédagogiques comme dans celle de ma troupe théâtral, depuis une vingtaine d’année on assiste à un manque d’engagement, un manque de courage face aux difficultés (texte à apprendre, encadrement des élèves, ponctualité, persévérance, travail de fond..). Autour de moi, toutes les associations disent la même chose : une ou deux personnes tiennent un projet à bout de bras. Les autres se gardent de mouiller leur chemise. triste époque. Egoïsme et pleutrerie. Je n’ose imaginer la réaction des français en cas de guerre.

  5. J’ai été avisée par une amie,ancienne institutice ; moi-même suis à la retraite ; évidemment scandalisée, mais pas vraiment surprise ; en revanche, impossible de trouver la clé our signer la pétition ;vite, éclairez-moi …

  6. Ces comportements d’élèves sont scandaleux et si la société dans son ensemble n’était pas un peu derrière eux pour saper le moral des enseignants et les dénigrer (trops souvent) sans chercher à comprendre la difficulté de leur tâche, ces absurdités n’arriveraient jamais. Essayer de renverser les rôles en donnant des « appréciations & recommandations » au professeur et au proviseur, ça prouve à quel point le monde d’aujourd’hui marche sur la tête et se permet n’importe quoi !
    Je suis complètement solidaire de cette collègue et de tous les autres, bien que retraité depuis 10 ans. Courage à tous et ne baissez pas les bras !

  7. Bonjour,
    Je ne suis pas enseignante mais j’ai signé la pétition.
    Je suis scandalisée par l’attitude de ces élèves qui se croient tout permis et n’ont aucun respect pour leurs professeurs ! Si on en arrive là aujourd’hui, c’est parce que depuis bien trop longtemps les enseignants sont dénigrés par les PARENTS de ces mêmes élèves ! Ils défendent leurs chérubins en toute circonstance avec une subjectivité qui me sidère…
    L’autorité des enseignants ne pourra être restaurée que s’ils obtiennent du soutien (en actes, et pas seulement en mots) au plus haut niveau de l’état.

  8. Pétition signée, j’ai pu lire la lettre des mômes … Quelle beau vocabulaire … Que ces mômes soient Français de parents Français ou d’origine étrangère, qu’ils s’en aillent de France métropolitaine et aillent empoisonner la vie d’autres nations.

  9. Personnellement je ne comprends pas comment ces jeunes peuvent simplement se permettre d’avoir un téléphone (en général ils ont plutôt le dernier modèle), sans compter l’abonnement. Je viens d’un milieu aisé, pour autant à leur âge, je n’aurais pas eu l’argent pour un i-phone ni même i-Pod : mes parents ne me donnaient pas d’argent de poche régulier mais se contentaient de me donner « au cas par cas » l’argent dont j’avais besoin au moment où j’en avais besoin. Et d’ailleurs à cet âge, j’aurai été navré de mettre mes sou-sous dans le paiement d’un abonnement de téléphone ! Il y avait d’autres choses prioritaires qui me faisaient rêver.
    Qui leur achète ces téléphones ? Avec quel argent ? Qui leur apprend que ces instruments infernaux sont indispensables ? Pourquoi pousse-t-on à l’usage de ces outils de loisir et de « communication » ? Pourquoi déroule-t-on le tapis rouge aux crétins électroniques ?
    http://unoeil.wordpress.com/2009/10/19/cretin-electronique/

  10. Je vais à mon tour vous raconter un épisode de ma carrière de prof d’EPS.

    Balancé dans un collège du centre de Bordeaux (Goya pour ne pas le nommer) suite à un long conflit avec l’Education nationale, je me trouve confronté à une bande de gamins qui n’avaient aucune notion de la discipline nécessaire à une certaine qualité de travail.
    Pas habitué à ce genre de situation j’emploie alors les grands moyens pour m’imposer. Face aux provocs, insultes et autres comportements inacceptables dans un premier temps je m’informe des sanctions possibles. Une litanie d’une douzaine de sanctions hiérarchisées avant d’en arriver à l’exclusion …
    J’ai beau relire, je n’y vois malheureusement ni la paire de baffes, ni le coup de pied au cul. Je décide donc de les inclure immédiatement après le premier et unique avertissement.
    La plupart des garçons comprennent rapidement qu’il ont intérêt à changer d’attitude, les filles, elles, sont contentes de pouvoir enfin travailler tout en « s’éclatant » en EPS. Un mois de paires de baffes généreusement distribuées à de petits insolents et ça commence à ronronner comme un moteur bien huilé.

    Seuls quelques rouleurs de mécanique insistent.
    Quelques exemples:

    1) Pour aller au stade il nous fallait prendre le bus de ville. Déjà de la sortie du collège à l’arrêt de bus c’était infernal. Les gamins s’étaient bourrés les poches de marrons ramassés sur la place voisine, qu’ils balançaient sur les passants du trottoir d’en face. Au passage devant le buraliste, si celui-ci n’avait rentré ses présentoirs, ils lui piquaient des cartes postales etc. Quant aux sonnettes elles étaient débranchées dans la journée.

    Un jour dans le bus, un gamin sort de son sac un ballon en mousse et se met à jongler envoyant le ballon sur les voyageurs. Je lui demande de cesser. Il continue. « Tu n’as pas compris ? » Il persiste. Je lui balance alors une bonne baffe à la satisfaction des voyageurs. « Vous allez voir mon père ! » me menace-t-il. Seule une bonne femme voulant se singulariser se met à vitupérer: « Vous n’avez pas le droit de frapper les enfants ! etc… » Suivent quelques insultes. Excédé, je vais me planter devant le mari assis à côté d’elle et lui dis « Si tu ne fais pas taire ta mégère (et comme je ne tape pas sur les femmes) c’est toi qui va dérouiller! » J’ai dû être convaincant. Silence total dans le bus et sourires complices des voyageurs qui depuis des années se plaignaient et subissaient ces galvaudeux mal maitrisés par mes prédécesseurs.

    L’affaire n’en resta pas là. Le gamin avait raconté je ne sais quoi en rentrant chez lui. Dans le bureau du principal je suis alors confronté au père qui était … gendarme à qui je relate l’affaire. Celui-ci se lève alors, me tend la main, en me disant  » Je vous remercie. Désormais vous avez mon autorisation pour sévir à votre guise si une telle situation se reproduit. » Je relate ce court entretien à la classe. Affaire réglée …

    2) Un autre gamin de troisième bien planté voulant plastronner devant ses copains alors que je tentais d’instaurer un semblant de discipline me dit un jour : « Vous avez une Peugeot bleu marine ? Toute neuve ? Pas de rayure ? »
    Comprenant tout de suite ses menaces non dites, je ne le laisse pas terminer, l’attrape par le colbac et l’avertit :  » Ecoute-moi bien ! Désormais tu es responsable de ma bagnole. A la moindre égratignure je te casse les reins que tu en sois l’auteur ou pas. Alors surveille bien ! » Personne ne touchera jamais à ma voiture. Affaire réglée pour cette autre classe.

    Après avoir maté les meneurs, l’ordre s’installe dans mes cours et chacun y trouve plaisir y compris les meneurs et moi le premier.

    3) Mais un jour je demande son carnet de correspondance à un gamin sournois qui me cassait les pieds depuis un certain temps afin de convoquer sa mère. Celui-ci après ma demande réitérée finit par sortir son carnet et me le balance à la figure. Réflexe, le gamin prend une baffe de grande volée avant même que son carnet ne retombe à terre.
    Puis une autre pour l’obliger à le ramasser et à me le tendre de la main à la main.

    Même scénario: le gamin relate les faits à sa mère qui au lieu de venir me voir adresse un courrier au rectorat.

    Convocation du principal : « Vous allez être inspecté suite à aux claques données à … » Cela ne m’émeut guère.
    Le jour de l’inspection arrive. Tous les gamins sont au courant dans l’établissement, qui ne savent pas si l’inspecteur (trice en l’occurrence) vient pour eux ou pour le prof. Evidemment les gamins impressionnés ne bronchent pas pas pendant le cours.
    Et c’est moi furieux qui irait vers l’inspectrice pour lui dire à peu près ceci :  » Madame, ce n’est pas en claironnant votre arrivée que vous pouvez faire votre travail d’inspection proprement et vous rendre compte. Moi il m’indiffère que vous veniez à l’improviste. Je prépare mes cours, mon attitude avec les enfants est ce qu’elle est et je n’en changerai pas tant qu’il n’y aura pas un climat de travail. Vous pouvez revenir demain sans crier gare, je ne vous en ferai pas grief. Ces inspections télécommandées, c’est de la foutaise ! »

    Son rapport d’inspection arrivera quelques semaines plus tard, sans reproches aucuns ni félicitations (dont je n’avais d’ailleurs que faire). Je le lui retournerai signé mais aussi avec quelques commentaires et toutes les fautes d’orthographe soulignées en rouge (environ une par ligne)… »

    Suivra un entretien avec un inspecteur de la vie scolaire. D’entrée je lui demanderai « à quoi il servait ». Sortant d’un long détachement à Jeunesse et sport je n’en avais réellement jamais entendu parler …
    Un peu interloqué il me bafouillera je ne sais plus quoi et je ne sais toujours pas à quoi ça sert un « inspecteur de la vie scolaire » … Il terminera son laïus en me demandant: « Bon pour en venir à l’objet de ma visite, comment voyez vous l’évolution de la situation ? » Je lui répondrai clairement; « Pour moi pas de problème. Je suis là pour enseigner, pas pour me substituer aux carences éducatives des parents et à l’incapacité du chef d’établissement à instaurer une discipline. Donc, hormis cet incident, je constate que ma méthode a du bon et si vous n’avez rien d’autre à me proposer, je ne vois pas de raison d’en changer. Le premier qui emmerde la classe prend mon pied au cul. »

    Le lendemain dans la matinée, j’étais appelé au téléphone: « C’est le rectorat! » me dit la secrétaire.
    « Oui, bonjour, j’écoute. – Ici la Direction des ressources humaines au rectorat. Je vous appelle suite à votre inspection. Acceptez-vous une mutation au lycée Pape Clément ? – Oui bien sûr. Permettez moi toutefois de vous dire que si vous résolvez mon problème, vous ne réglez certainement pas celui du collège dont tout le monde se fout. »

    Et voilà comment tournait et tourne sans doute encore l’Education nationale ! On se refuse à sanctionner. Lâcheté à tous les étages !

    Juste un dernier mot. Lors du premier conseil de classe, je suis effaré en entendant une déléguée de classe de 6ème dire « Dans la classe Mme X les garçons courent sur les tables pendant les cours. » Une ombre passe, pas un mot du chef d’établissement et le conseil se poursuit … comme si de rien n’était.
    Puis c’est une petite prof boulotte qui à son tour annonce fièrement : « Oh moi j’ai pas de problèmes. J’arrive le matin avec mon kilo de bonbons et ça les calme… »

    Je suis à la retraite depuis quelques années. Je rencontre mes toutes premières élèves qui me rappellent les heures de colles du samedi après-midi rarement volées et des jeunes collègues qui me racontent leurs déboires et la médiocrité administrative de leur établissement qui ne m’étonne guère.

    En effet, j’ai pu constater tout au long de ma carrière qu’une grande majorité de principaux de collèges voire de proviseurs de petits établissement, ainsi que nombre d’ inspecteurs pédagogiques n’étaient que de piètres enseignants, mal à l’aise dans leur confrontation avec les gamins, qui par le truchement d’un examen tout théorique devenaient donneurs de leçons pédagogiques …

    Une autre plaie tout au moins en EPS, ce seront les agrégés : tous des théoriciens de l’enseignement mais piètres éducateurs sur le terrain qui en fait n’aspiraient qu’à faire moins d’heures en étant mieux payés …
    Ce sont eux qu’il faudrait envoyer dans les établissements difficiles : ces super-pédagos qui ont moins d’heures à faire que les leurs collègues donc plus de temps pour réfléchir et préparer leurs cours …

    Bon courage chers collègues! Je suis bien heureux d’avoir quitté ce merdier ! Et détrompez vous malgré cette anecdote j’ai été un enseignant passionné jusqu’au bout …

    • Je suis un peu…sceptique devant le témoignage (en double exemplaire) de « dénidejustice »…

      Est ce un vrai professeur ? Ce qu’il raconte est simplement impossible dans nos établissement. Je ne pense pas que les châtiments corporels doivent retrouver leurs lettres de noblesses dans nos écoles et l’attitude proclamée de notre interlocuteur me donne un vrai sentiment de malaise. Tous ses exemples semblent fort caricaturaux et le message douteux. Est un « troll » chargé de déconsidérer ce blog en tentant d’en appeler au populisme ?
      L’épisode du bus notamment me semble totalement fantaisiste.
      Aujourd’hui, un professeur qui frappe un élève ne se fait pas discrètement déplacer, mais se retrouve directement devant les tribunaux. Il peut y avoir un incident de ce type mais ici apparemment, il s’agit d’une vraie « pédagogie de la baffe ».
      Je sais bien que le monde de l’EPS possède quelques « privilèges » par rapport aux autres matières (possibilité de faire faire des « pompes », jets de cahiers d’appel sur les têtes (véridique!) et caractère parfois quasi militaires de certains profs.
      Mais ce témoignage franchement ne tient pas à mes yeux. De toute manière on ne répond pas à la violence des élèves par la violence adulte. Tout du moins pas dans les « normes » de ce monsieur.

  11. Je lis avec intérêt votre texte. Il y a clairement eu un dérapage. En plus, pouvoir envoyer des sms en cours n’est pas légitime.
    Je me posais tout de même une question : quelle place pour des revendications parfois légitimes pour les jeunes ?
    C’est tout le sens d’un certain droit à « voir son avis pris en compte » comme le dit la convention des droits de l’enfant. Comment cela peut-il s’appliquer à l’école ? J’en parle sur mon blog…

    • De quelles revendications légitimes voulez vous parler ? Il me semble que les « droits » des enfants se font voir partout et que leurs « devoirs » ne sont guère mis en exergue dans notre société scolaire et d’ailleurs dans notre société en général.
      Le droit d’utiliser son portable en classe et de ne pas être attentif au cours ? Un droit de pétition? Ce professeur a-t-elle insulté ses élèves ? Les a-t-elle frappés? Sur quel critère des élèves peuvent décider de la teneur d’un cours et de la façon dont le professeur exige une certaine attention?

      Votre discours rapporte le discours ambiant. Je suis navré mais les enfants et adolescents scolarisés sont au collège et au lycée pour travailler et non pour bénéficier d’un joyeux lieu de vie dans le quel ils ont tout loisir de s’amuser.

  12. Le fait de suivre des cours n’est pas forcément incompatible avec un joyeux lieu de vie… Pourquoi les Français sont-ils si fiers de leur système scolaire ? Ont-ils tant raison que ça ?

    Il y a eu un commentaire plus haut de TOC sur les mauvais profs. Peu importe leur proportion… L’éducation est un service public comme les autres et les usagers ont tout à fait le droit d’évaluer ce service public… Et les mineurs d’avoir des revendications…

    La démocratie au sein d’un établissement scolaire n’a jamais fait de mal, si ?

      • Vous mélangez tout Gilles. La démocratie est une chose, la transmission du savoir est autre chose. Elle n’est pas démocratique, elle se fait verticalement et non horizontalement comme le souhaiteraient les pseudos sciences de l’Education. L’enfant est un réceptacle vide, ne vous en déplaise, et l’on peut à guise lui verser soit de quoi le remplir des savoirs passés pour lui donner la possibilité de construire le savoir futur, soit de remplir de de vagues notions « citoyennes » en lui faisant croire qu’il détient la force et le savoir en lui.
        L’ecole est un sanctuaire du savoir. La démocratie n’a rien a y faire, elle s’exerce à l’extérieur, dans la cité et en toute connaissance de cause. Sans savoir, la démocratie n’est que foutaise démagogique au service de ceux qui…savent, eux.

        • Donc en gros, à l’intérieur de l’établissement scolaire, aucun apprentissage de la citoyenneté active n’est possible pour vous ? C’est purement vertical, hierarchique. Les ordres ne se discutent pas. Adieu débat, adieu négociation ? Il y a ceux qui ont toujours raison et ceux qui doivent se la fermer ?

          • La réponse de SOS a le mérite d’être courte. 😀

            En fait, la « citoyenneté active » ne s’apprend pas dans n’importe quel façon de discourir. Il ne suffit pas de parler pour pouvoir savoir dialoguer, argumenter, jauger et décider.

            Le jugement pratique requiert l’éclairage et l’entraînement de la raison : apprendre les rudiments de logique, d’histoire…

            La responsabilité civique de l’élève est de s’appliquer dans son travail.

            Ce n’est pas à l’élève de jauger son maître. Il y a des inspecteurs pour ça, et il n’aurait de toutes façons pas le recul. Il y a suffisamment de gens « à l’écoute » de l’élève pour qu’il n’ait pas besoin de pétitionner…

            Cela dit, rien n’empêche l’élève de s’engager dans des activités extra-scolaires !

  13. Aussi longtemps que l’Education Nationale sera sous la coupe d’un PR ignare, d’un Ministre genre « lou ravi », d’IPR et de Recteurs,tous en place uniquement pour se faire un maximum de fric, il est hors de question de penser qu’une telle hiérarchie qui n’est que méprisable pourra soutenir ces manants taillables et corvéables à merci que sont les profs.

    Sans oublier les parents qui, dans l’ensemble, considèrent que l’école est un produit de consommation courante et qui n’ont aucun respect pour ces valets au service de leurs chères têtes blondes auxquelles il ne faut surtout pas toucher, pour ne pas les traumatiser.

    Quant à la culture : c’est quoi ça ? Les gens ne savent même pas ce que ce mot signifie. Ce qu’on entend à longueur de journée à la radio, ce qu’on voit à la télévision, les jeux stupides pseudo-culturels, les musiques de singe, les polars ineptes… la « non-éducation » à des fins politiques, quoi.

    Enfin comment enseigner quoi que ce soit à des élèves qui ne sont même pas capables d’aligner une phrase simple correcte en Français ?
    La tâche est impossible à ces enseignants qui ne peuvent compter que sur l’hostilité de leur hiérarchie, des élèves et de leurs parents, à quelques exceptions près.

  14. À la vue de cette navrante affaire, débordements depuis des années de certain élèves qui sont assurément soutenus par des parents dans le syndicalisme.
    Tout parent est responsable de son enfant jusque 18 ans, qu’attendons nous pour faire respecter la loi.
    Nous savons très bien qu’il est plus facile de faire des lois que de les appliquer,
    derrière chaque parent un électeur est présent.
    Que ce soit, les grèves dans les collèges, ou dans d’autres établissements de l’éducation, la loi n’est que rarement appliquée.
    Ne faut il pas avoir un numéro de sécurité sociale pour pouvoir être syndiqué.
    Pour ce qui a été mis en place dans nos écoles et communes par quelques (instruits) conseil municipal pour enfants, nous sommes dans la songerie, irréalité,dans le faux semblant, avec un peu de vision, nous apercevons le fantasme socialiste.

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