Les professeurs ne sont pas des geôliers !!

Le ministre de l’Éducation Luc Chatel a annoncé hier aux États généraux de la sécurité à l’école, qu’il allait limiter radicalement le recours aux exclusions, et compliquer les procédures des conseils de discipline, afin de dissuader les professeurs d’y recourir.

Seuls les élèves « les plus dangereux » continueront à pouvoir être exclus des écoles et être placés, comme c’est le cas actuellement, dans des « structures adaptées » (allusion possible aux centres éducatifs fermés ? Luc Chatel n’a donné aucun détail sur ces « structures »).

Autrement dit, tant qu’un professeur ne pourra pas prouver concrètement qu’un élève représente un danger physique, il sera désormais obligé de le garder dans sa classe et de trouver le moyen de faire cours malgré sa présence !

SOS Éducation rappelle que l’enseignement nécessite toujours une part minimale de bonne volonté de la part des élèves. Le professeur seul ne peut pas transmettre des connaissances à des élèves qui ne souhaitent pas apprendre ni faire des efforts, et encore moins à des élèves qui refuseraient de respecter leur professeur.

Nul n’est besoin pour un élève perturbateur d’être dangereux physiquement pour ruiner l’atmosphère de travail dans une classe, et réduire à néant tous les efforts d’un professeur pour faire cours.

SOS Éducation s’oppose donc avec la plus grande fermeté à cette nouvelle restriction apportée à l’autorité des professeurs. Ceux-ci ont déjà été privés de la plupart des moyens d’assurer la discipline. Ils sont déjà largement abandonnés par leur hiérarchie, qui ne les soutient pas suffisamment face aux élèves perturbateurs. Trop de professeurs se retrouvent même sanctionnés, voire poursuivis en justice, pour avoir pris leurs responsabilités éducatives (voir le cas de Claudine Lespagnol, persécutée pour avoir voulu interdire les portables en classe, ou celui de Thérèse-Marie Cardon, sanctionnée pour avoir giflé un élève qui mettait de grands coups de pied dans la porte de sa classe en hurlant). Les professeurs enfin, sont de plus en plus victimes des agressions des parents, et de l’impertinence des élèves qui ne se privent ni de leur rappeler leurs devoirs (« Vous n’avez pas le droit de faire ça, M’sieur »), ni de les injurier, ni même parfois de les frapper.

Il est donc totalement décalé et contreproductif de vouloir prendre aujourd’hui de nouvelles mesures contre les professeurs qui essayent d’instaurer la discipline dans les classes.

La volonté de Luc Chatel d’interdire les exclusions provient en réalité du fait que de plus en plus d’élèves sont exclus de classe, et qu’ils se retrouvent souvent très nombreux à errer dans les couloirs des établissements, à commettre toutes sortes de dégradations et de violences (voir le rapport d’Alain Bauer publié mercredi 7 avril 2010 sur la violence scolaire). Mais pour remédier à cette situation, il est absurde de vouloir obliger les professeurs à reprendre ces élèves en cours !!

Cette situation est la conséquence des problèmes gravissimes de discipline qui gangrènent un grand nombre d’établissements, et qui sont dus à l’échec éducatif massif de l’Éducation nationale depuis trente ans, causé par la perte d’autorité des enseignants, l’abandon des surveillants professionnels, et la culture de l’excuse qui conduit à tolérer des comportements toujours plus inacceptables de la part des élèves.

Ces élèves exclus doivent être pris en charge autrement. C’est un problème extrêmement grave pour la société dans son ensemble, et il n’est pas sûr qu’il existe de solution simple et réjouissante pour eux. Mais il est certain, en revanche, que ce n’est ni de la capacité, ni de la responsabilité des professeurs, que de gérer, dans leurs classes, ces cas difficiles.

Leur imposer de le faire malgré tout, ce n’est pas seulement dévoyer leur mission et les prendre pour des gardes-chiourmes (sans les moyens disciplinaires de la fonction). C’est aussi compromettre l’instruction de l’ensemble de leurs élèves, qui ne peuvent plus bénéficier de cours dans une ambiance de travail normal.

Alors au nom de l’éducation du plus grand nombre, au nom de la vocation des professeurs et du respect du à leur fonction, SOS Éducation demande à Luc Chatel de renoncer à lier encore plus les mains aux enseignants, et attend au contraire que des mesures fortes soient prises en urgence pour restaurer leur prestige et leur autorité.

0 réflexions sur “Les professeurs ne sont pas des geôliers !!

  1. Cette école syndicalo fonctionnarisée me semble irréformable …d’ailleurs , le ministre prend ici encore le pb par le petit bout de la lorgnette , les enfants qui posent pb l’étant car , ayant du mal à comprendre ce qu’ils lisent et faisant quelques dizaines de fautes par groupe de quatre à cinq ligne d’écriture ( le pb de la méthode globale , semi globale , superbement ignoré pour ne pas mettre en cause les instits du primaire qui savent bien se défendre — les profs de collège pourraient , s’ils existaient , demander un examen d’entrée en sixième , qu’ils gèreraient sans les instits et laisser aux dits instits les éléèves illètrés , ava pb de lecture , maths —les instits deviendraient alors vite responsables et seraient + efficaces) …
    non , le véritable pb est déja que les enseignants éduquent alaors que leur boulot devrait être d’enseigner et de transmettre un niveau de connaissance et d’autre part , que l’enseignement soit assurée par des fonctionnaires et ne soit pas une activité de service assurée , via contrat avec l’état ( chèque éducation valant pour le côut annuel d’un élève remis aux parents qui cholisissent leur école ) , par des entreprises privées , comme l’est l’assurance ou la banque …

    je suis sûr que si les enseignants étaient sous statut privé , ils ne fairaient pas plus grève que les employés du privé lambda , LOL !!!

  2. Je pense qu’il n’y a plus rien à faire pour réformer cette institution.
    L’état de pourrissement est trop avancé. Il faut faire autre chose, créer des écoles.

  3. Deux mesures indispensables pour que l’école retrouve ses lettres de noblesses: exclure des établissements les pertubateurs et pas seulement les dangereux pour les acheminer vers des établissements spécialisés et ne laisser passer en classe supérieure que les enfants qui en ont le niveau. C’est simple, il suffit d’appliquer et les classes retrouveront leur sérénité avec des élèves qui cherchent à apprendre.

  4. Enfin quelqu’un qui a tout compris. Je suis enseignante et ça fait des années que je dis de revenir aux fondamentaux.Tout ce que l’on déplore aujourd’hui de la part des élèves (violence, incivilités etc..) est lié au fait qu’ils ne savent pas s’exprimer. Imaginez la frustration d’un être en âge de communiquer, de dire ce qu’il ressent afin d’interagir sur ce qui l’entoure mais qui ne peut pas le faire. Quels sont ces moyens? Il ne comprend pas des énoncés simples (similaire? ça veut dire quoi madame?) et se rend compte que plus il grandit moins il comprend ce qu’on lui dit. Il faut bien que ça explose! Et ça explose avec qui? Avec les gens qui le mettent en difficulté jour après jour:les profs! C’est pourquoi je pense très sincèrement qu’il est grand temps de revenir à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul au primaire et de se concentrer dessus (pas de faire du zapping d’activités comme c’est préconisé aujourd’hui). La violence est toujours présente là où la parole disparaît. Cela n’a jamais été plus vrai qu’aujourd’hui. Au lieu de blinder les collèges avec des surveillants-animateur de colonies, redonnons à cette génération les outils pour s’exprimer et comprendre le monde qui les entoure. Sans cela, nous allons de toute façon droit dans le mur.

  5.  » La violence est toujours présente là où la parole disparaît.  »

    Excellente réflexion de la précédente intervenante.
    Tout est dit.

  6. J’approuve tout à fait votre billet. Je constate sur le terrain (j’enseigne dans un collège dirigé par une sorte de Gaby Cohn Bendit au petit pied persuadé que dès la 6° les élèves ont un sens inné de l’autonomie, pour ne pas dire de l’autogestion) que de plus en plus mes collègues demandent la restauration de l’autorité, même du côté de certains syndiqués de base (à ne pas confondre avec les syndicalistes professionnels planqués au siège de la FSU). Il est donc drôle de voir une gauchisation de la (fausse) droite au sujet de l’autorité au moment même où la gauche enseignante se droitise face à la montée des incivilités et de l’insécurité.

    Voici un communiqué du SNALC, syndicat pédagogiquement et politiquement incorrect :

    Communiqué de presse du SNALC-CSEN (FGAF) du 7 avril 2010 :

    Etats généraux de la sécurité :

    la noblesse et le clergé sans le Tiers état

    Pour le SNALC-CSEN, second syndicat le plus représenté chez les professeurs des lycées et collèges, les « Etats généraux de la sécurité » ouverts aujourd’hui à La Sorbonne n’accoucheront pas, malgré une appellation soignée, de la Révolution à laquelle ils se réfèrent.

    Le SNALC-CSEN dénonce l’omniprésence à la tête de ces « débats » des deux ordres principaux responsables de la violence à l’Ecole, par soumission ou idéologie : d’un côté une Aristocratie administrative composée de hauts fonctionnaires totalement coupés d’une réalité de terrain qu’ils n’ont de toute façon jamais connue, et de l’autre un haut-clergé pédagogiste, composé des pires sociologues et autres experts ès sciences de l’éducation et dont la principale ambition est le maintien du statu quo.

    Le SNALC-CSEN dénonce la sous-représentation du Tiers état, professeurs et élèves roturiers victimes de cette violence, et juge que l’appellation « Etats généraux » constitue déjà en ce sens une usurpation.

    Le SNALC-CSEN a rappelé au cours des débats que la violence à l’Ecole est la conséquence inéluctable de trente ans de décisions politiques plus lâches et laxistes les unes que les autres : l’abandon de la mission première de l’Ecole qu’est la transmission des savoirs au profit de l’éducation et de l’élève au centre du système, la commisération en lieu et place de considération pour l’Enseignement professionnel et symbolisée par la logique persistante du moule unique au collège, la volonté de « casser » l’autorité du professeur et de dénigrer son travail, l’absence de soutien et de réactivité de l’institution envers ceux qu’elle est censée protéger, la déresponsabilisation des parents encouragés à couvrir les exactions de leurs rejetons au lieu de les éduquer… mais de tout cela, hormis celles de rares esprits éclairés et pragmatiques, il n’en fut jamais question parmi les interventions toutes plus fades et pompeuses les unes que les autres.

    Le SNALC-CSEN, dont les idées sont reprises quotidiennement par les vrais gens, politiques et médias au contact de la population, garde plus que jamais l’espoir d’une vraie révolution à l’Ecole. Mais celle qui sortira de ces Etats généraux ne sera, à n’en pas douter, rien de plus qu’une énième révolution de palais.

  7. Mille fois d’accord avec le texte et les commentaires qui précèdent.
    Et puisque « la noblesse et le clergé » d’aujourd’hui (bien trouvé) ne savent raisonner qu’en termes de droits et jamais de devoirs, il pourrait leur être utile de réfléchir à ce simple constat de bon sens : la présence en classe des élèves perturbateurs entrave le droit de s’instruire des autres élèves, droit fondamental et constitutif de toute démocratie, puisqu’ils empêchent tout bonnement le cours d’avoir lieu. Ce n’est pas quatre heures de français ou de maths qu’ont certaines classes : mais 4 quarts d’heures émiettés, pulvérisés par mille interruptions. Les emplois du temps officiels sont donc, comme tout le reste, une sinistre poudre aux yeux.

  8. Tout est dit ci-dessus. Il n’y a que les sourds qui ne veulent pas entendre… Le ministre est trop ignorant de ce qu’est l’école pour comprendre le degré de découragement ou de démobilisation de ceux qui voudraient (veulent encore ?) poursuivre ce pour quoi ils ont été formés (du temps où les IUFM – usines à déformer- n’existaient pas) et ce qui est la base de leur vocation : transmettre, initier, accompagner, expliquer, susciter, montrer,
    encourager…
    Rendre les conseils de discipline plus rares, cela n’aidera ni les enseignants ni les chefs d’établissement et renforcera l’impunité des trublions (euphémisme) qui continueront de priver la majorité des élèves de l’enseignement auquel ils ont droit.
    N’est-il pas curieux que ce soit le SNALC-CSEN qui parle de révolution à l’Ecole ? Vivement que le système implose ! Et que les décideurs retrouvent la raison et nos établissements le calme pour que chacun puisse enfin enseigner ou apprendre en paix !

  9. FAIRE Vert sans les VERTS
    Cajoler des Eléphants roses. pour quels résultats?
    Maintenant, le MEN se cache derrière les fossoyeurs de l’EN , par paresse et par commodité, dans le plus pur esprit munichois . Que reste-t-il à sauvegarder ? L e Privé ? ( 20%, cela ne fait pas une majorité ! Pauvres Profs § Pauvres élèves! Pauvres de nous !

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