Les profs ont la parole (6)

Je suis professeur de lettres modernes à la retraite depuis septembre 2007.

À quelques mois de cette retraite, dans ma classe de sixième, j’ai observé qu’un des élèves était absent depuis plusieurs jours.

J’ai averti la CPE, qui a téléphoné à la mère, laquelle est tombée des nues. Interrogeant son enfant, il lui a dit qu’il ne venait plus au collège parce que je lui faisais peur et que je le battais. La mère, n’écoutant que son « cœur » et l’alcool qu’elle avait ingurgité, se précipite au collège, pour, vocifère-t-elle, me « casser la gueule » (sic).

Heureusement, pour arriver jusqu’à ma classe, elle a dû passer par la salle des professeurs. Mes collègues ont donné l’alerte et elle a été arrêtée dans le couloir où le principal a subi ses foudres se faisant traiter de « sale juif », j’en passe et des meilleures. J’étais dans ma classe où la CPE est venue me dire de ne pas m’inquiéter, que la gendarmerie arrivait. Passablement étonnée, j’obtempérais, je n’étais toujours au courant de rien.

Quand j’ai eu enfin l’explication de tout ce tintamarre, j’ai immédiatement porté plainte à la gendarmerie pour mensonge et diffamation contre cette mère qui, au lieu de demander à me voir, employait la manière forte contre un professeur qui s’inquiétait de savoir où était son fils lequel, d’ailleurs, venait en classe sans livre ni cahier et dont le seul travail consistait à dormir ou faire du chahut.

Le principal a aussi porté plainte et nous avons averti ensemble notre assurance « autonome ».

Le principal, dès le lendemain, a changé l’élève de classe pour que l’un comme l’autre nous ne souffrions pas de la situation conflictuelle qui aurait pu s’installer, sachant qu’il disait à ses petits camarades que sa mère m’avait envoyée à l’hôpital.

La procédure a suivi son cours et un médiateur a raisonné cette dame, lui demandant de nous écrire une lettre d’excuses, que nous avons acceptée et l’affaire en est restée là. Considérant qu’elle avait assez de problèmes, nous n’avons pas voulu en rajouter.

Je dois dire que mes collègues se sont montrés solidaires, et que le recteur de l’académie de Bordeaux a fait prendre de mes nouvelles et m’a assurée de son soutien.

Cette histoire m’a assez perturbée, car après 30 ans passés au service de l’Éducation nationale, j’étais accusée d’une chose totalement invraisemblable : frapper un enfant. Il faut dire que depuis quelques années, l’école est considérée comme un supermarché. Les parents ne se préoccupent pas du véritable comportement de leurs enfants.

E. Castet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *