Les ravages des méthodes semi-globales : le témoignage d’une orthophoniste.

Françoise Cousin exerce à Paris depuis plus de 32 ans.

« Je vois beaucoup d’enfants qui viennent pour des problèmes d’apprentissage du langage écrit. Je vois aussi des enfants qui viennent pour des problèmes logico-mathématiques. Aussi bizarre que cela puisse paraître, ce sont ces problèmes logico-mathématiques qui m’ont amenée à me poser des questions.

La première question que je pose à un enfant qui vient pour un problème logico-mathématique, que ce soit au CP, en CE1, en sixième, en cinquième, c’est s’il se souvient de la méthode avec laquelle il a appris à lire. Et là, c’est assez confondant : je retrouve toujours une méthode semi-globale. Pour moi, semi-globale ou globale, même problème !

Parmi ces enfants, il y en a qui sont réellement dyslexiques, dysorthographiques, et là c’est un autre problème. Sauf qu’une méthode semi-globale les fait plonger trois fois plus : ils ont déjà la tête sous l’eau, et on appuie dessus.

Ceux qui viennent parce qu’ils ont un problème pour appréhender l’écrit, on ne devrait pas les voir  s’ils avaient été formés avec une autre méthode. Ce n’est pas notre rôle.

On est formé pour rééduquer des pathologies, on n’est pas formé pour faire du rattrapage scolaire. Sauf que si on laisse ces enfants comme ça, ça finit par devenir pathologique.

En ce moment, je vois les élèves qui ont démarré le CP dans l’enthousiasme. J’en ai 4 qui viennent d’arriver. Ils ne comprennent pas. Le stock de mots appris par cœur est complet. Ils n’arrivent pas à en rajouter. Ils n’ont pas compris qu’ils pouvaient jouer avec les sons, avec les lettres. Ils sont en train de se créer un « catalogue de la Redoute » dans la tête, au lieu d’avoir un mécano avec plein de pièces et avec lequel on construit, on peut faire des mots qui existent ou qui n’existent pas. »

Retrouvez bientôt Françoise Cousin ainsi que les autres témoignages du colloque SOS Education « Vaincre l’illettrisme, ça commence au CP » en vous inscrivant ici

Une réflexion sur “Les ravages des méthodes semi-globales : le témoignage d’une orthophoniste.

  1. Bonjour

    On m’a envoyé votre lettre pour les candidats à l’élection présidentielle, afin que je la signe.

    Voici quelques remarques à son sujet :

    Je cite :

    – « Le vrai problème, c’est ce que l’on enseigne aux enfants »

    Oui, sans doute, mais encore ?

    – « Vous aurez beau dédoubler les classes de CP, si vous ne changez pas les méthodes pour apprendre à lire, cela ne donnera rien. »

    Le dédoublement des classes de CP était une bonne idée, mais il n’a jamais été mis en application donc on ne peut juger de son efficacité. Quant au changement des méthodes de lecture, je suis d’accord… Encore faut-il savoir de quoi on parle ! J’y reviendrai plus loin.

    – « On le sait, on l’a déjà fait et cela a été un échec monumental. »

    Donc, si je comprends bien : (1) il faut changer de méthode, (2) on le sait car on l’a déjà fait et (3) cela a été un échec monumental. J’ai beau tourner et retourner ce genre de raisonnement, je n’y vois qu’une double contradiction, au moins sémantique…

    – « Le seul moyen de changer les résultats de nos enfants et de les faire réussir, c’est de leur enseigner les bonnes méthodes, celles qui ne les embrouillent pas, mais qui leur permettent de se construire en même temps qu’ils acquièrent des savoirs pour la vie. »

    Reste à savoir ce que sont ces « bonnes méthodes ».

    Dans la lettre que vous nous proposez de signer pour « influencer les candidats », je lis :

    « 2. Transmettre les savoirs à l’aide de méthodes et d’exercices éprouvés : méthode syllabique dans toutes les classes de CP, calcul mental, calligraphie… »

    Si l’on excepte la calligraphie (je souhaite bien du plaisir aux enseignants de CP), ces fameuses « méthodes éprouvées » sont déjà en place partout ou presque, en particulier la méthode syllabique. Vous devriez le savoir. D’autre part, ivous devriez aussi être au courant que la méthode syllabique a été mise en place dans les années 60 et qu’après un début suscitant l’enthousiasme, on s’est rendu compte 15 à 20 ans plus tard qu’elle entraînait un désintérêt prononcé pour la lecture, un appauvrissement constant du vocabulaire et une épidémie de dyslexie… D’où l’essai de la méthode globale, de la méthode « naturelle », des méthodes mixtes, semi-globales, etc. qui n’ont fait qu’accentuer les phénomènes évoqués plus avant. (je ne parle même pas des charlatans comme Foucambert qui ont tenté de nous imposer l’abandon total du déchiffrage au profit d’une lecture idéographique, à la chinoise).

    La seule méthode dont l’efficacité a été prouvée, aussi bien pour les élèves bénéficiant d’une culture familiale élevée que pour les autres, c’est la méthode alphabétique (appelée aussi méthode Boscher), mais elle n’est plus utilisée dans nos classes de CP depuis presque 50 ans hélas…

    Jean-Christophe

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