Les savoirs, grands absents de la consultation sur la réforme des lycées

6000 lycéens ont été consultés

6000 lycéens ont été consultés

Sophie Fouace, inspectrice de l’académie de Paris, et Caroline Maes, déléguée académique à la vie lycéenne, ont remis le 29 avril dernier leur «Synthèse de la consultation sur le lycée de demain» à Patrick Gérard, recteur de l’académie de Paris. Il sera transmis avant le 15 mai au ministère de l’Education nationale et à Richard Descoings, pilote de la consultation.

Cette consultation, réalisée de février à avril, a concerné 6000 lycéens de 75 établissements parisiens, ainsi que 200 enseignants et personnels d’établissement, responsables des services d’information et d’orientation, des organisations confessionnelles et des établissements privés et universitaires, élus parisiens, partenaires associatifs et économiques.

Tous devaient réfléchir sur les quatre axes de travail proposés par Richard Descoings : l’entrée au lycée, le lycée comme cadre de vie, le choix et la construction de son orientation au lycée, la préparation à l’enseignement supérieur.

Le rapport fait état des préoccupations sur «la perte des valeurs» et «la perte des repères», l’effondrement du niveau en mathématiques et en français, le mauvais enseignement des langues vivantes, l’absentéisme scolaire et le «niveau limite, voire non adapté» des élèves. On aurait pu penser que les savoirs seraient au centre des propositions finales.

Pourtant, c’est moins le lycée comme lieu de travail que comme «lieu de vie» qui est préconisé par cette synthèse.

Le rapport prône par exemple la constitution de «clubs», le développement d’options artistiques et culturelles et d’activités périscolaires, le travail «interactif» au moyen d’une réduction des cours magistraux. Si les devoirs ne sont pas négligés, ils devraient être réalisés, non plus à la maison, mais «dans des plages horaires intégrées dans l’emploi du temps». En somme, alors même que les personnes consultées font preuve d’une grande lucidité sur le constat d’échec du lycée, elles proposent de renforcer les méthodes qui ont jusqu’à présent fait la preuve de leur inadaptation.

Afin de veiller à l’orientation post-secondaire des lycéens, le rapport propose aussi l’instauration de «modules de préparation aux études universitaires», de semaines d’immersion à l’Université, en classes préparatoires, en BTS et en IUT pendant la Terminale, de stages en entreprise pendant la Première, etc. Tout le temps dévolu à l’orientation sera nécessairement pris sur le temps de travail en cours, alors même que les rapporteurs déplorent la baisse du niveau.

Le contraste entre la lucidité des acteurs sur les lacunes des lycéens dans les disciplines fondamentales et l’absence totale de revalorisation des savoirs dans les propositions finales permet de douter de la représentativité de ces propositions. On peut par exemple s’étonner que les rapporteuses affirment que «les élèves restent dans l’ensemble très dubitatifs sur l’applicabilité d’une nouvelle réforme dans un climat de réduction confirmée de postes peu propice à une réelle réorganisation judicieuse du lycée», avant de s’interroger, dans des termes similaires : «Comment envisager une réforme du lycée alors que la réduction de postes risque de compromettre sa faisabilité ?»

A moins d’une unanimité générale, et surprenante,  sur la question de la réforme du lycée, la tentation est grande de penser que les rédactrices de la synthèse ont prêté aux lycéens des idées qu’elles voulaient défendre par ailleurs.

Roman Bernard

21 réflexions sur “Les savoirs, grands absents de la consultation sur la réforme des lycées

  1. La « concertation » qui consiste à prendre l’avis de milliers de personnes pour aboutir à une déclaration commune est un principe à l’efficacité douteuse pour trouver les bonnes solutions. En anglais, un dicton dit  » a camel is a horse designed by a comittee ».

    • En français on pourrait tout aussi bien dire que toute dictature (ouverte ou cachée, qu’elle soit sous forme de groupe réunissant des intérêts corporatistes communs, ou qu’elle ait un seul représentant) est plus efficace qu’une authentique démocratie…

  2. La « concertation » qui consiste à prendre l’avis de milliers de personnes pour aboutir à une déclaration commune est un principe à l’efficacité douteuse pour trouver les bonnes solutions. En anglais, un dicton dit  » a camel is a horse designed by a comittee ».

  3. Au ministère, on essaie visiblement de ressusciter le bon vieux « Certificat d’Etudes Primaires » sans y parvenir car les résistances sont grandes de la part des enseignants qui ne veulent pas que les résultats de leur travail puisse être comparé en particulier à l’enseignement privé. D’autre part, les parents d’élèves ne veulent pas voir la réalité des choses: Il y a des enseignants qui réussissent mieux que d’autres, il y a des établissement qui réussissent mieux que d’autres. Jamais le travail d’un enseignant n’est évalué si ce n’est dans des « inspections » en vase clos où l’application des directives est plus importante que la façon d’enseigner. Or, comme dans tous les domaines,il y a de très bons professionnels de moins bons, de même, il y a de très bons enseignants mais aussi de moins bons. Mais l’important n’est-il pas de s’assurer que les élèves aient acquis les bases nécessaires à leur réussite en secondaire? J’en doute parce que les revendications sont toujours les mêmes: Des effectifs supplémentaires! Or, tout le monde sait que la réussite n’est pas proportionnelle aux effectifs d’enseignants. Dans certains pays d’Europe, les enseignants sont jugés sur des critères objectifs.

  4. Au ministère, on essaie visiblement de ressusciter le bon vieux « Certificat d’Etudes Primaires » sans y parvenir car les résistances sont grandes de la part des enseignants qui ne veulent pas que les résultats de leur travail puisse être comparé en particulier à l’enseignement privé. D’autre part, les parents d’élèves ne veulent pas voir la réalité des choses: Il y a des enseignants qui réussissent mieux que d’autres, il y a des établissement qui réussissent mieux que d’autres. Jamais le travail d’un enseignant n’est évalué si ce n’est dans des « inspections » en vase clos où l’application des directives est plus importante que la façon d’enseigner. Or, comme dans tous les domaines,il y a de très bons professionnels de moins bons, de même, il y a de très bons enseignants mais aussi de moins bons. Mais l’important n’est-il pas de s’assurer que les élèves aient acquis les bases nécessaires à leur réussite en secondaire? J’en doute parce que les revendications sont toujours les mêmes: Des effectifs supplémentaires! Or, tout le monde sait que la réussite n’est pas proportionnelle aux effectifs d’enseignants. Dans certains pays d’Europe, les enseignants sont jugés sur des critères objectifs.

  5. Nous allons fort logiquement vers une école de masse qui sera avant tout un lieu de sociabilisation avant d’être un lieu de transmission de savoirs. L’école est de plus en plus le lieu d’intervention des préoccupations sociétales : éducation à la citoyenneté, sensibilisation à l’écologie, au développement durable, à la diversité, lutte contre le racisme, l’homophobie etc…C’est ce que les gens veulent. C’est ce qu’ils auront. Les profs devront s’adapter. Ou aller d’en d’autres lieux, privés ou publics élitistes, qui maintiendront tant bien que mal le fameux  » niveau ». A l’anglo-saxonne.

    • Certes, mais faut-il pour autant se résigner à cette évolution ? Et est-ce vraiment ce que les gens veulent ? Ou ce que prétendent des associations de parents d’élèves qui sont des émanations des syndicats enseignants ?

  6. Refuser l’inspection n’est pas aussi scandaleux qu’on le pourrait croire, vu que la « doxa » prônée (et sanctionnée) par les inspecteurs est en général un catalogue de mesures confinant à la promotion des lieux de vie, à la pratique d’activités chronophages fort éloignées de l’acquisition de savoirs structurés, et vise souvent à mater un enseignant qui ose faire un cours devant sa classe. Donc, à étudier au cas par cas…

  7. Refuser l’inspection n’est pas aussi scandaleux qu’on le pourrait croire, vu que la « doxa » prônée (et sanctionnée) par les inspecteurs est en général un catalogue de mesures confinant à la promotion des lieux de vie, à la pratique d’activités chronophages fort éloignées de l’acquisition de savoirs structurés, et vise souvent à mater un enseignant qui ose faire un cours devant sa classe. Donc, à étudier au cas par cas…

  8. La mesure qui m’étonne le plus est celle qui consiste à consacrer des heures pour la préparation à l’enseignement supérieur. Et comment? En venant faire une « immersion » dans une université ou une classe prépa!

    Pour moi, la meilleure préparation à l’enseignement supérieur consiste à faire de ces jeunes gens des êtres intellectuellement autonomes. Capables de penser au lieu réciter bêtement des vérités gravées dans le marbre de leur mémoire pour être sûrs d’avoir la moyenne au bac. Capables de poser des questions, de douter (dans le bon sens du terme) et de persévérer dans l’apprentissage. Conscients enfin que les études c’est fait pour apprendre quelque chose, pour savoir, et non pour passer des examens. Et que pour apprendre il ne suffit pas d’avoir vu en classe : « Regardez, les enfants, c’est une intégrale! On va passer maintenant aux probabilités ».

    Comment des gens bienpensants s’imaginent que tout cela viendra tout seul comme par magie une fois que l’élève se retrouve « immergé » dans les locaux de la sacrée-sainte université?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *