« Il faut avoir une vision systémique »

Lettre ouverte au nouveau ministre de l’Éducation nationale

 

FIGAROVOX/LETTRE OUVERTE – « L’échec n’est plus une option », rappelle Jean Paul Mongin, délégué général de SOS éducation, qui se réjouit de la vision de l’école pragmatique et enracinée du nouveau ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. 

 

Monsieur le ministre,
cher Jean-Michel Blanquer,

L’annonce de votre nomination a eu le premier mérite de faire grimacer la précédente locataire de la rue de Grenelle. Quelques minutes après avoir assisté à cette séquence télévisuelle réjouissante, j’ai reçu un message d’un ami professeur d’histoire, installé de longue date en Guyane : « Comme recteur de 2004 à 2007, il n’a laissé ici que d’excellents souvenirs. »

Ces souvenirs de la France d’outre-mer, vous les avez évoqués dans le bel essai que vous avez consacré en 2014 à la question éducative – L’École de la vie (Odile Jacob).

Vous y racontez l’émerveillement de visiter des écoles établies au cœur de la jungle amazonienne, les péripéties vécues à bord de votre pirogue de fonction, le partenariat noué avec la fédération locale d’échecs pour faire progresser les enfants en mathématiques…

Puis il y eut le rectorat de Créteil, où vous avez initié d’autres expérimentations remarquables – le micro-lycée pour élèves décrocheurs de Sénart, les primes d’installation pour les nouveaux enseignants titulaires, la pédagogie Montessori dans les classes de Céline Alvarez, la « mallette des parents » qui visait à resserrer les liens entre les familles et l’école…

Patron de la Dgesco de 2009 à 2012, vous avez déployé le programme éducatif le plus marquant du quinquennat Sarkozy : les internats d’excellence, qui visaient à permettre à des élèves motivés de poursuivre leur scolarité hors d’un contexte familial difficile. Y étant intervenu à de nombreuses reprises pour organiser des rencontres philosophiques, j’ai mesuré combien le changement culturel induit par ce dispositif était, tant pour les équipes pédagogiques que pour les pensionnaires, impressionnant.

Prenant la direction du groupe Essec, vous avez eu l’occasion de confirmer votre expertise de l’enseignement supérieur et de la recherche, tout en continuant de porter votre intérêt sur un grand nombre de sujets internationaux, juridiques ou scientifiques, par l’effet d’un éclectisme exigeant qui semble vous accompagner depuis vos années de formation au collège Stanislas.

Vous n’avez pas cessé, pour autant, d’irriguer le débat éducatif hexagonal, par votre critique nuancée de la réforme du collège en 2015, par vos multiples tribunes et par vos livres dont le dernier, L’École de demain (Odile Jacob, 2016), développe une réflexion systémique sur la réforme du secteur, largement irriguée par les comparaisons internationales et les apports des sciences cognitives.

Le principe de subsidiarité structure votre vision : vous proposez ainsi de promouvoir une logique d’évaluation et de contractualisation entre les différents niveaux du système, d’alléger la pression administrative pour favoriser la flexibilité et l’expérimentation, d’encourager la mobilité et la possibilité pour les acteurs de se choisir.

Vous savez mieux que quiconque qu’un certain nombre des mesures qui s’en déduisent susciteront une opposition déterminée de la part des syndicats et d’une partie de votre administration. Mais comme vous avez eu l’occasion de me l’expliquer, l’acceptabilité du changement est pour vous une question de méthodologie :

« Toute réforme, même minime, peut épuiser le système tant ce dernier est à bout […] il faut donner de la liberté à certains territoires, à certaines structures, sur la base du volontariat. Il faut faire réussir des initiatives à moindre échelle, avant de les généraliser. »

Ad augusta per angusta. Ce pragmatisme, tout autant que l’héritage humaniste que vous défendez, doit permettre de tourner définitivement la page d’une politique éducative jacobine et égalitariste, longtemps démagogique et brouillonne, devenue proprement ruineuse.

Ce n’est pas rien d’avoir l’avenir d’un pays, de sa jeunesse, entre les mains – surtout quand l’échec n’est plus une option. Mais vous pouvez vous appuyer sur les véritables attentes des parents et des professeurs.

Lire en ligne sur le site du Figarovox

 

 

8 réflexions sur “Lettre ouverte au nouveau ministre de l’Éducation nationale

  1. je suis enseignant et je dis merci à mr macron pour cette nomination et surtout de nous avoir libéré de Mme la ministre qui a fait beaucoup de mal à l’écducation

  2. Monsieur le ministre de l’Education, j’aurais une requête expresse à vous formuler Est-il possible d’avoir un lien pour vous la communiquer ?

    respectueusement

    dbm

  3. Cet échange de vues peut prêter à sourire: on dirait du Molière, à la mode contemporaine; l’enflure des mots et le pédantisme des références dissimulent mal un manque d’originalité certain des idées (?).
    Au-delà, ces attitudes suscitent la réflexion sur l’état de certaines parties de la société, qui se fabriquent des méta-langages destinés: 1) à susciter l’admiration des catégories inférieures: profs, instits, parents d’élèves…2) à se faire valoir auprès des grands dirigeants dont on espère qu’ils se diront: « Diantre! Mon choix était bon: Mon ministre s’exprima HHadmirâblement!! »
    Bref, nous avons là une preuve de hiérarchisation démentielle de notre société par ce jargon inaccessible au Français Moyen…

  4. Hé ben en voilà un beau réac ! Du coup on s’étonne du rejet d’SOS éducation qui ne rime pas avec modernité. Mais c’est pour dire qu’il y a encore pire effectivement je suppose. Je vous laisse voter Force Ouvrière et regretter la 3e République où c’était le bon temps le lycée ne concernait que 20% des jeunes d’une classe d’âge au plus. A l’époque on ne bradait pas le niveau, on pouvait rester entre soi dans sa classe sociale !

  5. Je suis une citoyenne et professeure en colère, dans une colère incommensurable et dévastatrice pour moi-même. Pas seulement, car elle représente une part de cette colère qui habite ces citoyens qui votent aux extrêmes -ou qui ne veulent même plus aller voter. Elle donne à imaginer la colère qui pourrait se changer, un jour, en révolte du désespoir.
    Pourquoi cette colère ? On me demande de m’accommoder d’une situation inacceptable, insensée. Et cela non seulement m’est impossible en soi mais en plus me déclenche un véritable ulcère par ce simple fait qu’on me le demande ! Voilà comment double la colère, puis triple, se nourrissant jour après jour d’elle-même, à l’infini ! Quand cela finira-t-il ?
    Que peut encore espérer un pays où les citoyens sont mus et convaincus par leur zone de confort, par la solution de facilité que sont le déni, le fatalisme et le défaitisme ?
    On me dit : « Mais pense à ta santé. Il ne faut pas te mettre dans un état pareil, ça ne sert à rien …la société est comme ça …»et moi de répondre « non , cela relève de notre responsabilité ; c’est une affaire de civisme pour tout dire .C’est nous, ici et maintenant ,qui sommes en charge de construire , de façonner la société de demain en enseignant tous ces gamins et en corrigeant leurs écarts ! Il ne faut pas les laisser avoir la main, sinon nous sommes complices, c’est insensé ! »
    Et voilà qu’une des vraies raisons de l’effritement du système se fait jour : les adultes sont entièrement responsables de ce désastre, chacun à leur niveau. Celui qui m’insupporte le plus concerne les acteurs au sein du Mammouth. Trop nombreux sont ceux qui ne croient plus ( ou pas)à leur mission: c’est la raison de la Bérézina actuelle, mais à long terme ?
    Une société d’individus, non civilisés, parfaitement incultes, mais très décomplexés, particulièrement egocentriques et violents à tout point de vue. Que restera-t-il de l’humain, excepté l’apparence physique ? Et nous devrions nous accommoder de cette perspective sous prétexte que nos élus et beaucoup de parents méprisent ou sous-estiment la question ?
    Comment ne pas rougir d’abêtir la France et d’attenter à sa renommée ? Car ne rien faire, c’est être complice! Moi je refuse de rester les bras ballants et j’hurle mon désaccord tous les jours. La France, tradition des Lumières et de la liberté ? Un jour risque de venir où l’on en doutera.

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