Folie du numérique : Michel Serres garde les pieds sur terre

INTERVIEW – Le philosophe et académicien Michel Serres revient sur cette évolution de l’éducation et de la formation imposée par les MOOC.

Quel impact auront ces cours en ligne sur l’enseignement?
La fonction d’enseignant a déjà évolué depuis longtemps. Quand je pénétrais dans mon amphithéâtre, il y a à peine trente ans, mes étudiants ne savaient rien de ce que j’allais dire. Depuis quinze-vingt ans, quand j’y rentre, je me demande si mes élèves ont regardé le sujet du cours sur Internet, sur Wikipédia. La présomption d’incompétence a fait place à une présomption de connaissance : nos étudiants sont déjà informés. Ces nouveaux cours en ligne auront un impact très important. Mais à quel point? Nous sommes encore, aux États-Unis comme en France, dans une phase de rodage.

Le « prof classique » est-il voué à disparaître?
Le métier changera, mais le prof classique qui donne son cours dans une classe ne sera pas éliminé pour autant. On aura toujours besoin d’un expert pour un détail, une explication supplémentaire. Quand vous êtes paumé dans les rayons d’un grand magasin, vous cherchez toujours un vendeur. Face à la profusion des savoirs, ce sera la même chose avec les enseignants. De plus, Internet et les nouvelles technologies permettent de faire beaucoup de choses depuis chez soi, ce qui accentue la solitude. Toute la question sera de savoir : est-ce que je peux trouver de nouvelles manières d’être avec quelqu’un? La classe, c’est aussi un lieu d’échanges, d’exemples, de questions : une communauté.

Alors pourquoi la France doit-elle développer ces cours en ligne?
L’enjeu principal, c’est la biodiversité des langues. Il est très important que la France publie en français, ait des cours dans sa langue…

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