Nos professeurs souffrent trop

En direct de la salle des profs…

Les professeurs qui travaillent en zone violence, RAR et autres réseaux prioritaires souffrent toujours autant.

De quoi ? De l’indiscipline au quotidien. Ils souffrent d’une lutte sans merci qu’ils livrent chaque jour pour pouvoir dégager 10, 20 voire 30 minutes par heure où enfin ils se consacrent à leur métier : enseigner, apprendre aux élèves, les tirer vers le haut.

Chaque jour les professeurs luttent. Ils ne restent pas sans rien faire. Au contraire. Ils développent des systèmes D, s’organisent entre eux. « Moi, je fais cours porte ouverte, on s’est organisé par pallier. On est huit collègues, on fait tous cours porte ouverte. Quand on entend que cela va mal dans la classe de son voisin. On intervient. », témoignait hier un professeur à la réunion du groupe de travail sur la violence à l’école qui s’est tenue dans les locaux de SOS Éducation.

Une autre de souligner : « J’arrive à faire cours à peu près normalement. Mais je suis un vrai sergent-chef. Je suis odieuse. Je me déteste moi-même. Je sur-joue ».

Pour ces professeurs, qui sont chaque jour en première ligne, être autoritaire est une question de survie. Ils ne sont pas en train de se demander si c’est trop ou pas assez.

Mais ils ne se sentent pas suivis. On (administration, chef d’établissement, ministère, inspecteurs, parents,…) leur laisse gérer le problème seul. C’est à eux que revient de trouver la solution ! Et si justement ce n’était pas si simple.

Que fait le chef d’établissement ? Il compte. « A partir de maintenant, il nous est interdit de faire des conseils de discipline. On est début février et on a déjà atteint notre quota. Alors on nous demande de faire le canard », témoigne un professeur.

Que fait le ministre ? Il tergiverse. Plus de 140 députés ont soutenu les 8 mesures contre la violence à l’école proposées par SOS Éducation. Ils comprennent combien il est important de soutenir les professeurs, combien il est urgent d’établir toutes les conditions permettant d’asseoir leur autorité. Mais voilà, ce que l’on finit parfois par considérer comme secondaire sur le terrain est par contre particulièrement efficace dans les arcanes du ministère : les forces syndicales. Elles font de la résistance et vident petit à petit tous les textes en préparation sur la question des sanctions de leur contenu.

Les services du ministère ont élaboré un décret qui vise à rendre le recours à la sanction en cas de problème évident pour tout le monde – même si dans le même temps il demande de ne plus exclure les élèves au-delà de huit jours et donne du même coup l’impression de demander tout et son contraire. Mais focalisons-nous un instant simplement sur les aspects positifs de ce texte et non sur ses ambigüités ; il fait en sorte que la sanction devienne bel et bien automatique dans le cas où un professeur est agressé verbalement, agressé physiquement ou dans le cas où un élève récidive. Annoncé à grand renfort de trompettes, à la une de tous les journaux à la fin du mois d’août dernier, juste avant la rentrée scolaire 2010-2011, il aurait pu être un début de signal. Qu’en est-il au final ? Les professeurs n’en ont même pas entendu parler ! Normal, il est toujours dans les cartons. Mais qu’attend le gouvernement ? De nouvelles dépressions, démissions, suicides … d’autres agressions … Non, depuis des mois le texte est discuté et rediscuté au Conseil Supérieur de l’Éducation, instance exclusivement consultative. La dernière « concertation » a duré plus de dix heures ! Syndicats de professeurs, syndicats de lycéens et fédérations de parents s’appliquent à détricoter savamment les quelques bases que le Ministre hésite encore à poser.

Résistez, Monsieur le Ministre. Les professeurs ont besoin d’être soutenus. Ayez le courage de déclarer l’indiscipline grande cause de l’Éducation Nationale en 2012 puisqu’en 2011 le créneau est déjà occupé. Vous donneriez enfin un message positif aux professeurs. On ne peut pas faire de la discipline à l’école un sujet tabou. Pour que cela fonctionne, les mêmes positions fondamentales doivent être partagées par tous. L’heure ne doit pas être à la compassion ou la réflexion mais à l’action. Aller à l’école est une chance et doit le rester, encore faut-il pour cela que les professeurs puissent enseigner. Établir des limites, préserver les conditions d’enseignement, faire que chacun partage les mêmes exigences de respect des adultes est urgent. Certains élèves ne connaissent que la loi du plus fort. Être une racaille, est un compliment à leurs yeux. Il est de notre devoir de leur apprendre autre chose dans les meilleures conditions pour tous.

Accès à l’observatoire des violences à l’école

5 réflexions sur “Nos professeurs souffrent trop

  1. Bravo, et encore bravo!!!
    J’enseigne depuis 5 ans dans un collège Ambition Réussite de l’Académie de Créteil, suis formateur en gestion de classe et quand je dis tout haut ce que vous pensez, en salle des professeurs, je passe pour un con: eh oui, le prof bobo, post 68ard, idéaliste – et qui n’attend qu’une chose, sa mut’ pour un établissement plus calme ou ses pseudo principes éducatifs fonctionneront – est encore bien présent dans les collèges de France.
    Bilan moi aussi je m’en vais, mais sans idéaux… je me serai battu mais en vain… je serai passé pour un con

  2. Il faut dire et redire bien haut et bien fort que le problème est PARTOUT, et pas seulement dans les ZEP. Les lycées de centre-ville, bien sûr, ne voient en général pas de rixe au couteau; mais l’indiscipline y est généralisée, à tous les niveaux: bavardages compulsionnels, refus d’écouter, refus d’obéir, refus de travail, triche, mensonges et manipulations, bruits divers, déplacements spontanés en classe, cris, portables, insolences, disputes d’élèves en plein cours, commentaires permanents sur tout et tous: les élèves français moyens maintenant suivent la devise: « je fais et je dis ce que je veux, quand je veux, où je veux, comme je veux… » comme sur les pubs: ils suivent leurs impulsions et non pas les consignes. Mais chez les profs règne l’omerta, et la hiérarchie ferme pudiquement les yeux….

    Les conditions aujourd’hui ne sont plus réunies pour enseigner, et chacun se contente de faire semblant…TT le monde y trouve son cpte, puisque tous réussissent au BAC.

  3. En effet, il n’y a pas que les ZEP qui sont concernées par les violences. D’ailleurs, bon nombre d’établissements scolaires non classés sont bien plus difficiles que des établissements classés. Mais ces établissements classés ont peut-être des enseignants qui ont du courage et une direction qui ne se laisse pas faire.
    J’ai l’impression que depuis que les établissements scolaires sont devenus des « lieux de vie' », la violence de l’extérieur y est entrée. Cela était prévisible, non?
    C’est une politique de « tolérance zéro » (comme dans ma classe, d’ailleurs) qui serait efficace car aujourd’hui nous devons palier les manques éducatifs d’une politique de l’Ecole qui a duré pendant 20 années. Nous sommes obligés de nous battre – et le terme n’est pas faible – pour nous faire respecter.
    Le mieux, dans cette histoire, c’est que les élèves ADORENT la discipline et en redemandent: un prof qui se fait respecter, qui fait travailler les élèves, qui tient sa classe et permet à tout le monde, dans le calme, la sérénité, la sécurité, d’apprendre est, à leurs yeux, un « bon professeur. »…

  4. C’est vrai que les élèves aiment être cadrés mais les enseignants sont davantage formés en didactique que dans ce domaine (gestion des conflits..psychologie de groupe…).
    Je trouve formidable que des groupes d’entraide se mettent quelque fois en place mais je constate que la plupart du temps au contraire il est tabou d’oser avouer en salle des profs qu’on a des problèmes avec une classe…
    Je n’ai pas appris pendant mon cursus comment réagir quand des élèves « pètent ou rotent » pendant le cours????

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