Punitions : faire confiance aux professeurs

Si les textes règlementaires sont précis lorsqu’il s’agit de proscrire des punitions – la circulaire du 11 juillet 2000, par exemple, interdit les lignes à recopier et le zéro de conduite -, ils sont lacunaires dès qu’il s’agit de donner aux professeurs des moyens matériels d’assurer leur autorité.

Des circulaires officielles ne ressortent que cinq types de punitions que le professeur peut souverainement prononcer (sans recours au conseil de discipline) :

  • 1) l’inscription sur le carnet de correspondance ;
  • 2) l’excuse orale ou écrite ;
  • 3) le devoir supplémentaire (assorti ou non d’une retenue) ;
  • 4) l’exclusion ponctuelle du cours ;
  • 5) et enfin la retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait dans les délais.

Les deux premières ne relèvent pas de la punition à proprement parler : l’inscription sur le carnet de correspondance n’est qu’une communication à destination des parents de l’élève, tandis que l’excuse orale ou écrite constitue simplement la politesse élémentaire d’une personne ayant été prise en faute.

Il reste donc trois types de punitions véritables. C’est bien peu si l’on prend en considération la recrudescence des actes de violence, et l’indiscipline chronique qui gangrène des milliers d’établissements.

Mais c’est également dérisoire au regard de l’immense palette de sanctions qui ont existé et que les enseignants ont utilisées depuis les débuts de l’école.

La plupart seraient aujourd’hui impensables : le bonnet d’âne, coller sur le dos de l’élève sa dictée corrigée en rouge pendant la récréation, ficeler sur leur chaise les enfants remuants, coller du scotch sur les lèvres des bavards, leur imposer de tenir un stylo entre les lèvres, sans utiliser les dents… sans oublier les célèbrissimes coups de règles sur les doigts. Et ne parlons pas des châtiments corporels : mettre un élève à genoux sur une règle, le fesser avec une canne (spécialité anglaise)…

Il est vrai que plusieurs études récentes ont démontré que les séquelles psychiques longtemps attribuées à ces pénibles punitions (la fessée rendrait dépressif ; le bonnet d’âne fabriquerait des impuissants…) ne semblent pas avoir de base scientifique (1).

Néanmoins, même en excluant toutes celles-là, la palette des punitions qui seraient aujourd’hui politiquement acceptables dans les écoles reste très riche. Et on ne voit pas au nom de quoi l’administration cherche à priver les professeurs de s’en servir. (Le « bien-être » des enfants est un alibi commode ; il n’est pas sûr que les écoliers d’aujourd’hui n’aient pas perdu au change, avec la violence et l’indiscipline dont ils sont victimes et dont les séquelles à long terme sont, pour le coup, aussi graves qu’incontestables).

Il est possible de regrouper les punitions en quatre catégories, comme l’a fait le chercheur Eirick Prairat dans son livre La Sanction, petites méditations à l’usage des éducateurs (1997) :

  • la punition-expiation, qui doit être pénible, pour faire prendre conscience à l’auteur de l’infraction qu’il a fait quelque chose de mal,
  • la punition-signe, qui fait honte à son destinataire, ce qui est la meilleure des dissuasions,
  • la punition-exercice, qui vise à corriger le défaut d’assiduité (retards, absences), d’activité (inattention, négligence, manque de zèle), de discipline (impolitesse, désobéissance), de tenue (attitudes incorrectes, gestes non conformes, malpropreté), de décence…
  • la punition-bannissement, qui exclut d’un lieu ou assigne à un lieu.

Au titre de la punition-expiation, on peut citer par exemple le « mauvais point », qui serait l’envers du « bon point ». L’un comme l’autre pourraient d’ailleurs donner lieu à une note de comportement indépendante des notes prises en compte dans la moyenne de la matière.

Certains enseignants trouvaient pratiques autrefois de faire faire des pompes aux élèves agités, ce qui était vécu par eux comme une punition pénible, sans pour autant tomber dans le châtiment corporel, et qui avait l’avantage de leur faire faire de l’exercice.

La punition-signe, autrefois symbolisée par le « bonnet d’âne », est sans doute la plus délicate à mettre en place. Il ne s’agit ni de ressusciter le bonnet d’âne, ni de revenir aux châtiments humiliants comme la fessée, la gifle ou le tirage d’oreille ou de cheveux.

En revanche, il peut être tout à fait humain d’afficher, dans la cour de l’école, là où cela sera visible de tous, un tableau avec la liste des élèves sanctionnés, liste mentionnant les actes commis ainsi que les sanctions infligées.

La punition-exercice est la seule que prévoient les textes : retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait dans les délais, devoir supplémentaire (assorti ou non d’une retenue). Il ne s’agit, en fait, que de tâches purement éducatives, et donc gratifiantes pour l’élève.

Il ne s’agit donc pas de punitions pénibles, qui auraient plus de chances de dissuader l’élève de recommencer à être indiscipliné : lignes à copier ou verbe à conjuguer, ce qui implique de modifier les dispositions réglementaires les interdisant, copie du règlement intérieur de l’établissement, une ou plusieurs fois.

Il peut aussi s’agir de tâches d’intérêt général, dont la visibilité publique est propice à faire réfléchir à deux fois l’élève perturbateur : ramasser les feuilles mortes dans la cour, nettoyer les sanitaires, collecter les ordures dans les couloirs et la cour, réparer le matériel s’il y a eu dégradation, etc.

Enfin, la punition-bannissement, théoriquement interdite, est utile à l’élève pour qu’il prenne conscience de l’importance de la vie en groupe et des règles à y respecter : priver l’élève de récréation, l’exclure du cours dans le couloir, le mettre au coin, éventuellement avec les mains sur la tête, lui faire faire des tours de la cour en courant, sont quelques-unes des mesures d’isolement propres à faire changer l’élève d’attitude.

(1) « Findings Give Some Support To Advocates of Spanking », sur le site du New York Times.

6 réflexions sur “Punitions : faire confiance aux professeurs

  1. dans la vraie vie, la sanction pénale a pour objet de punir, de dissuader et de réinsérer, et les mineurs ont droit (peut-être pas pour longtemps) à un huis clos pour leur procès.

    les punitions-signes établissent les élèves dans un statut de « hors-la-loi » duquel ils ne savent pas sortir, et dans lequel ils s’installent définitivement, ce qui n’est pas le but recherché par l’éducation.

    ce qui est la principale source de mauvais comportements, à mon avis, c’est l’absence de motivations pour se comporter bien, ou pour éviter de se comporter mal. Or cette motivation prend sa source dans des relations satisfaisantes, et chez les jeunes, dans la relation avec l’adulte. Les comportements négatifs qui augmentent viennent de la diminution incroyable du lien entre les enfants et les adultes, à commencer par leur(s) parent(s).

    Pour être plus simple, un enfant qui aime ses parents ou ses éducateurs va chercher à leur plaire en faisant ce qui est fléché « bien ». Un enfant qui n’aime pas parce qu’il est mal ou pas aimé ne cherchera pas à plaire mais à déplaire. Et puis il y a aussi l »égoïsme qui, s’il n’a pas été réduit, va pousser à mal agir quand il y trouve un intérêt. Ces deux forces s’équilibrent en donnant des comportements positifs ou négatifs.

    On peut donc agir sur l’égoïsme, en le réduisant, mais il ne faut pas oublier d’agir sur l’augmentation du lien positif avec l’adulte, qui est un moteur plus efficace (sans égoïsme ni amour, l’enfant deviendra un dépressif)! Et c’est tout le problème des sanctions, qu’il faut savoir donner comme si c’était une règle, mais sans détruire la relation de l’enfant avec l’adulte qui la donne, sinon, le remède est pire que le mal…

    ET c’est très gourmand en temps, ce qui est souvent impossible dans une éducation collective, d’où l’évolution de la société.

    Il faudrait rendre les enfants à leur famille, ou plutôt leurs familles aux enfants! Seuls les parents sont capables d’aimer assez leurs enfants pour leur donner envie de faire les efforts sans lesquels ils n’évolueront jamais! Ou alors de très bons éducateurs, avec assez de temps pour cela… Mais on ne fait que s’écarter de ce chemin, et devinez à cause de quoi? à cause de l’égoïsme des adultes (parents comme professionnels) qui préfèrent aller gagner de l’argent ou se reposer que d’écouter un enfant parler de ses problèmes.

    Les enfants qui ont une bonne relation avec leurs parents (lesquels ont donné de leur temps pour ça) ont ensuite une bonne relation avec les enseignants, et deviennent de bons adultes.

    Les autres ne font que dégringoler, … jusqu’à ce que adultes, ils trouvent des adultes pour les aider (psy, prêtre, amis, …)

    Il faudrait que les parents aient le courage d’élever leurs enfants, même si la société n’y aide pas. c’est des sacrifices financiers, souvent, mais c’est un investissement.

    l’E.N. ne verra jamais les choses comme ça.

    • Tout à fait d’accord avec vous sur le rôle éducatif des parents, avant celui de l’école. C’est d’ailleurs celui-ci que nous défendons en promouvant le libre choix de l’école par les parents. Quant aux punitions, je vous invite à lire notre article sur les récompenses, lequel constitue un complément indispensable à celui-ci.

  2. dans la vraie vie, la sanction pénale a pour objet de punir, de dissuader et de réinsérer, et les mineurs ont droit (peut-être pas pour longtemps) à un huis clos pour leur procès.

    les punitions-signes établissent les élèves dans un statut de « hors-la-loi » duquel ils ne savent pas sortir, et dans lequel ils s’installent définitivement, ce qui n’est pas le but recherché par l’éducation.

    ce qui est la principale source de mauvais comportements, à mon avis, c’est l’absence de motivations pour se comporter bien, ou pour éviter de se comporter mal. Or cette motivation prend sa source dans des relations satisfaisantes, et chez les jeunes, dans la relation avec l’adulte. Les comportements négatifs qui augmentent viennent de la diminution incroyable du lien entre les enfants et les adultes, à commencer par leur(s) parent(s).

    Pour être plus simple, un enfant qui aime ses parents ou ses éducateurs va chercher à leur plaire en faisant ce qui est fléché « bien ». Un enfant qui n’aime pas parce qu’il est mal ou pas aimé ne cherchera pas à plaire mais à déplaire. Et puis il y a aussi l »égoïsme qui, s’il n’a pas été réduit, va pousser à mal agir quand il y trouve un intérêt. Ces deux forces s’équilibrent en donnant des comportements positifs ou négatifs.

    On peut donc agir sur l’égoïsme, en le réduisant, mais il ne faut pas oublier d’agir sur l’augmentation du lien positif avec l’adulte, qui est un moteur plus efficace (sans égoïsme ni amour, l’enfant deviendra un dépressif)! Et c’est tout le problème des sanctions, qu’il faut savoir donner comme si c’était une règle, mais sans détruire la relation de l’enfant avec l’adulte qui la donne, sinon, le remède est pire que le mal…

    ET c’est très gourmand en temps, ce qui est souvent impossible dans une éducation collective, d’où l’évolution de la société.

    Il faudrait rendre les enfants à leur famille, ou plutôt leurs familles aux enfants! Seuls les parents sont capables d’aimer assez leurs enfants pour leur donner envie de faire les efforts sans lesquels ils n’évolueront jamais! Ou alors de très bons éducateurs, avec assez de temps pour cela… Mais on ne fait que s’écarter de ce chemin, et devinez à cause de quoi? à cause de l’égoïsme des adultes (parents comme professionnels) qui préfèrent aller gagner de l’argent ou se reposer que d’écouter un enfant parler de ses problèmes.

    Les enfants qui ont une bonne relation avec leurs parents (lesquels ont donné de leur temps pour ça) ont ensuite une bonne relation avec les enseignants, et deviennent de bons adultes.

    Les autres ne font que dégringoler, … jusqu’à ce que adultes, ils trouvent des adultes pour les aider (psy, prêtre, amis, …)

    Il faudrait que les parents aient le courage d’élever leurs enfants, même si la société n’y aide pas. c’est des sacrifices financiers, souvent, mais c’est un investissement.

    l’E.N. ne verra jamais les choses comme ça.

    • Tout à fait d’accord avec vous sur le rôle éducatif des parents, avant celui de l’école. C’est d’ailleurs celui-ci que nous défendons en promouvant le libre choix de l’école par les parents. Quant aux punitions, je vous invite à lire notre article sur les récompenses, lequel constitue un complément indispensable à celui-ci.

  3. Il y a du vrai dans ce qui est repris, mais comment se fait il que dans un pays comme la France, ou les femmes travaillent moins , voir beaucoup moins que leurs homologues Allemande le comportement des enfants n’est pas le même.
    Encore une spécificité Française, une de plus?
    Ce n’est pas que je ne sois pas en accord avec la présentation qui est faite, mais je me pose la question.
    Dans un autre domaine, pourquoi moins les personnes travaillent, plus elles achètent de plats préparés.

  4. Toutes ces dérives qui s’amplifient de jour en jour découlent du laxisme des parents . Pourtant c’est eux qui ont le devoir d’éduquer leurs enfants…ce manque de responsabilité devrait même être sanctionné !
    Laissons à l’école le soin d’instruire nos enfants , soutenons tous les enseignants , y compris pour préserver des programmes cohérents qui soient le reflet de notre culture séculaire .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *