Qui a saboté le socle commun ?

Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture est un élément central de la refondation. Il a pour but de permettre à tous les acteurs à l’intérieur, utilisateur ou en accompagnement du système éducatif français de partager une compréhension commune des finalités de ce dernier.

Une première version du socle, non finalisée, avait fuitée dans la presse le 12 mai 2014. Que doivent savoir tous les élèves ? Le nouveau défi de Benoît Hamon, par Maryline Baumard. (Le monde.fr abonné).

Le document avait des défauts de cohérence, des phrases peu accessibles à des spécialistes, un vide sur la partie évaluation, mais j’ai tout de suite était convaincue de la pertinence de l’approche. En effet, pour réussir le changement d’un système complexe, une des étapes les plus essentielles consistent à faire partager une compréhension de finalités pertinentes de tous les acteurs concernés.  C’est ce qui permet aux groupes sur le terrain de se mettre d’accord sur ce qui convient de faire. C’est ce qui permet à chaque enseignant, à chaque personne impliquée dans la vie de l’établissement de donner du sens à son action.

 La partie sur la construction de la compétence en sciences et en technologie, me semblait infiniment plus pertinente que l’approche officielle du système éducation nationale. D’ailleurs, je n’ai pas pris le temps de lire la version diffusée par l’Education Nationale le 8 juin 2014, persuadée que la dynamique en place à l’intérieur du CSP ne pouvait qu’aboutir qu’à un document pertinent pour le  contexte donné.  Ce n’est quand j’ai voulu synthétiser mon avis sur ce socle, il y a quelques jours, que j’ai vu que le document, bien meilleur sur la forme, avait subi des changements inapproprié sur le fond dans le domaine 4, celui qui concerne la construction de la compétence en Sciences et en Technologie.

Il s’agit d’un sujet que j’ai déjà abordé dans plusieurs billets le plus synthétique est celui-ci :

Education : une mécompréhension organisée autour du constructivisme ou des théories inductives

La compétence scientifique  et technologique, a  pour intermédiaire la construction cognitive d’une représentation du monde basée sur des concepts et notions, basée sur des représentations de fonctionnement réel d’objet ou de système de production.  Devant un problème, l’humain (jeune ou adulte) réutilise ces modèles appris ou adapte (en utilisant les nouvelles technologies par exemple) des systèmes existants.

Pour enseigner ceci, une pédagogie qui pourrait être appelé active est quasiment toujours utilisée par l’enseignant de manière à ce que l’élève mémorise les représentations en leur donnant du sens et développe une curiosité pour « comprendre comment cela marche ? ».  Il s’agit d’astuces qui servent à capter l’intention, d’expérimentations étudiées pour redécouvrir certains concepts (cela ne marche pas pour tout).

C’est ce que je retrouvais dans les  deux premiers paragraphes du domaine 4 intitulé : « se construire une représentation cohérente de l’Homme et de son interaction avec le monde qui l’entoure par les sciences et la technologie »  et « comprendre et mettre en œuvre les démarches scientifiques et technologiques ».

Ce n’est pas l’orientation qu’a choisi l’éducation nationale depuis une dizaine d’années. Le modèle est «  Le môme qui en faisant des projets scientifiques allaient par lui-même retrouver les concepts que les esprits les plus structurés ont mis plus de 20 siècles à stabiliser ». Pour eux, il y a un truc magique. En manipulant, en tâtonnant à partir de rien, en analysant des données (ayant en réalité bien peu de sens pour la majorité d’entre elles) forcément le môme allait avoir des illuminations et la capacité de faire des sciences allaient venir naturellement. Il suffit de regarder l’histoire des sciences pour comprendre que cette façon de voir ne fonctionne pas.  L’invention de la roue, du moulin à eau, des étriers pour l’équitation,  du zéro pour permettre le calcul, de la construction de voute permettant de faire des cathédrales gothiques, du vélo sont des choses extrêmement simples à expliquer mais il a fallu des siècles à l’humanité pour les créer.

Le pire est que les enseignants qui ne s’appliquaient à vanter ces délires étaient parfois caricaturés en mauvais éléments incapables d’évoluer.

Je suis convaincue de l’intérêt des projets scientifiques pour les élèves. Cependant, la mise en œuvre est quasi-impossible avec des élèves non motivés ou avec des groupes supérieurs à 10 élèves. Cela peut donner du goût aux sciences, mais c’est une manière d’apprendre extrêmement lente, et totalement inadaptée à l’apprentissage systématique des concepts et notions avec des élèves normaux, y compris en demi-classes.

Or, il y a eu entre la version du 12 mai 2014 et celle du 8 juin 2014, des changements ont eu lieu pour se rapprocher de la doctrine pédagogique voulue par les services centraux de l’éducation nationale. Par exemple l’introduction d’aujourd’hui est inadaptée alors que celle de mai 2014 était tout à fait pertinente. L’angle est mis sur les activités de création au détriment de celle qui est de la construction d’une représentation. Pour plus de détails, je vous suggère d’aller voir mon avis sur le socle que j’ai mis en ligne.

Je perçois cette évolution vers une moindre pertinence comme un sabotage.

Alors pourquoi le socle a été modifié vers moins de pertinence entre le 12 mai 2014 et le 8 juin 2014 ?

On peut se demander s’il y a un lien avec la démission du président du conseil supérieur des programmes (CSP). Alain Boissinot, le 9 juin 2014, lendemain de la parution de socle. Le communiqué de l’AEF indiquait qu’il n’était « pas toujours compris au sein du CSP » et où « il demande clairement au ministre de prendre le relais d’une mission qu’il estime du ressort de la Rue de Grenelle et non d’un comité indépendant ». Il indique que « certains [Membres du CSP] ont du mal à trouver un consensus suffisant ». Boissinot a, entre autres, dirigé la direction de l’enseignement scolaire (DGESCO ).Voir à ce sujet l’article deMaryline Baumard dans le monde.fr  édition abonné.

Je participe à des groupes de travail internationaux où les 5 continents sont représentés, qui se mettent d’accord sur des documents normatifs portant sur des concepts ayant trait à un domaine du management.

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