Soigner sa tenue pour tenir sa classe

De toute ma scolarité, je ne me suis jamais senti aussi mal que pour M. Perrichon, mon professeur principal de troisième.

Il se démenait pour être toujours présent, motivé, disponible. Pas une semaine ne passait sans qu’il ne nous réunisse pour « faire le point ».

Mais pendant le cours, c’était toujours la même ambiance désolante : boulettes de papier, bavardages, tricheries, quand ce n’était pas de cruels sarcasmes échangés entre élèves, et chuchotés à voix basse contre ce professeur pourtant si dévoué.

C’est que son survêtement usé, troué, souvent douteux, ses auréoles de sueur sous les aisselles, et ses éternelles baskets, constituaient pour les trente garnements que nous étions, un motif inépuisable de railleries et de dissipation.

C’était d’autant plus injuste que d’autres professeurs, pas forcément plus consciencieux par ailleurs, s’attiraient le respect des élèves par leur tenue stricte, qui nous en imposait.

A quatre semaines de la rentrée scolaire, des milliers de professeurs réfléchissent déjà à leur tenue vestimentaire. Ils savent en effet que, dès leur entrée en classe, ils seront scrutés par trente paires d’yeux impitoyables, et que le moindre faux pas pourra alors leur être fatal.

Pour aider les nouveaux venus à bien commencer l’année, voici quelques conseils tirés de l’expérience :

  • Par principe, le professeur a intérêt à porter des vêtements le plaçant « un cran au-dessus » de ses élèves. Cela lui permet de se placer d’emblée en position de force, et d’autorité. Ainsi, dans un établissement où le T-shirt est de mise chez les élèves, le professeur aura intérêt à porter une chemise. Là où les élèves portent des chemises, il aura intérêt à porter un veston.
  • Il est préférable de choisir des vêtements simples, et des couleurs neutres, afin que l’attention des élèves soit captée par le cours, et qu’ils ne soient pas distraits, même involontairement, par des détails inattendus de la tenue de leur professeur.
  • Les chaussures un peu sonores sont pratiques, car elles permettent au professeur de faire des bruits de pas, sur l’estrade ou dans la salle de classe, ce qui impressionne toujours les élèves. Les baskets, dans cette optique, sont un handicap. (J’emprunte cette idée à Daniel Faivre, professeur de lettres en lycée, dans les colonnes de Marianne).
  • Lorsque la matière enseignée le permet, le professeur a intérêt à porter la tenue consacrée : blouse blanche en sciences, bleu de travail en technologie, tenue sportive en EPS, même s’il n’y a pas d’utilité directe. En effet, cela fait partie du décorum, contribue à créer une ambiance de travail particulière, et crédibilise le professeur dans sa discipline.
  • Pour les professeurs femmes, les hauts talons sont à éviter, en raison des risques de chute sur l’estrade.
  • Il va sans dire que les garçons, à un âge où travaillent les hormones, seront ravis que leur professeur (femme) porte des mini-jupes suggestives, des décolletés plongeants, ou laissent apparaître leurs sous-vêtements. A chacune de juger si elle est prête à assumer les regards et les jeux auxquels les élèves ne manqueront pas de se livrer.
  • Les vêtements doivent bien sûr toujours être propres. Inutile de souligner l’effet désastreux que peut avoir une simple tache, lorsque les élèves s’en aperçoivent. La même remarque est valable pour les accrocs, les auréoles de sueur, les boutons déboutonnés, et le cas particulièrement dévastateur de la braguette mal fermée…
  • Dans le même ordre d’idée, une parfaite propreté corporelle est indispensable : cheveux propres et bien coupés, déodorant et parfums discrets, rasage quotidien pour les hommes, maquillage léger pour les femmes.
  • Dernier point, particulièrement délicat : l’hygiène bucco-dentaire. Si le professeur n’est pas irréprochable sur ce plan, il y a fort à craindre que les élèves en fassent un vrai sujet de préoccupation.

Ce tour d’horizon ne serait pas complet si l’on n’abordait pas la question fort discutée de la cravate.

Bien entendu, cet attribut qui tend à disparaître même dans la plupart des entreprises, restera pour beaucoup de professeurs inenvisageable.

Cependant, sous-estimer les avantages de porter la cravate serait dommage. Des études sociologiques ont montré que celle-ci augmente de 30 % l’acceptation de l’autorité. Et pour ceux qui craignent le ridicule, n’oublions pas qu’à une époque pas si lointaine, les professeurs portaient la toge à l’université, et la redingote au lycée !

Chronique d’Isabelle Hannart

7 réflexions sur “Soigner sa tenue pour tenir sa classe

  1. Je souscris totalement Roman.
    Ce dont vous parler en fait ce sont des signes extérieurs propres à souligner la « distance » que le « chef » doit instaurer et sans laquelle par définition il ne peut exister d’autorité, à quelque niveau que ce soit. Surtout dans un monde ou la hiérarchie ne suffit plus à instaurer d’emblée cette autorité.
    Si cette distance passe par une tenue vestimentaire adaptée aux circonstances et au public auquel on a affaire, elle passe aussi par l' »attitude », le comportement.
    En effet, une tenue irréprochable ne servirait à rien si le prof « copine » par exemple avec ses élèves dans le seul but de se faire accepter et bien voir d’eux ; cette démagogie est suicidaire pour sa propre autorité, elle l’annihile. Mais il faut trouver la « juste mesure » car l’autoritarisme et le despotisme sont tout autant contre productifs : d’abord les règles et l’autorité, seulement ensuite, au cas par cas et en fonction de la personnalité des individus, la compréhension et l’ouverture qui ne doivent de toutes manières jamais sortir du cadre strict des règles établies au risque de perdre les avantages de l’autorité assise au départ.

    Dans notre époque naïve et perpétuellement dans le déni à propos des lois du comportement, on il est devenu tabou de dire que Tout est « rapport de force avec l’autre », aussi subtil que cela puisse être. Car nous ne sommes que des animaux.
    Lorsque les « pédagogistes » serinent que le respect vient par la « pédagogie », ils inversent les « lois de la nature », car il ne peut y avoir de pédagogie sans respect et le respect ne s’instaure que par l’autorité pour ensuite devenir la marque naturelle d’une éducation bien assimilée. Pour cette raison, l’éducation et l’enseignement ne peuvent être « démocratiques » car il faut obligatoirement qu’il y ait d’abord « contrainte » envers l’enfant pour que cette contrainte se transforme petit à petit en « savoir être » automatique.
    Les parents qui deviennent les « amis » de leurs enfants brouillent les repèrent et ne sont que l’expression du mal être des parents eux-mêmes déjà éduqués sans repères, cherchant à acheter l’amour de leurs enfants ou succombant à la mode du relativisme ambiant et d’une « proximité » qui abolit le rôle responsable de l’adulte, qui lors, n’est plus à sa place de parent.

    De Gaulle disait : « L’autorité ne va pas sans prestige ni le prestige sans éloignement ». Je dirai simplement que l’autorité ne va pas sans éloignement tout court. Le prestige souligne certes cette autorité ; mais hélas, aujourd’hui, dans quelque domaine que ce soit et particulièrement dans l’enseignement, le prestige, celui du savoir incarné par la figure professorale, par exemple, ne remplit plus son office dans un monde où on peut se glorifier publiquement d’être inculte et ou le prestige n’est bien souvent que celui d’une renommée illégitime que l’on peut simplement gagné en se montrant dans une émission people et non par ses qualités, son travail et son mérite. Dérive mortifère de la Démocratie de masse, de la société de consommation et du culte de l’individu.

    A cause de la faillite diabolique et perverse de l’autorité qui conduit à la négation même de l’enseignement et donc de l’ascension sociale, du goût de l’effort et du dépassement de soi, je suis pour un retour de l’uniforme, d’une mixité relative (pas pendant les cours où se joue très tôt des jeux de séductions entre garçons et filles, préjudiciables à l’apprentissage) et bien sûr la morale chère au grecs et aux romains, plus le réapprentissage des valeurs de la Nation et de la République, absolument non négociables.

    « La démocratie, plus qu’aucun autre régime, exige l’exercice de l’autorité » (St-John Perse)

    • « e suis pour un retour de l’uniforme, d’une mixité relative (pas pendant les cours où se joue très tôt des jeux de séductions entre garçons et filles, préjudiciables à l’apprentissage) et bien sûr la morale chère au grecs et aux romains, plus le réapprentissage des valeurs de la Nation et de la République, absolument non négociables ».

      Je vous rejoins totalement sur ce point. C’est un des thèmes auxquels j’ai réfléchi en construisant mon projet. A terme, il est très probable que pour les classes de Quatrième et de Troisième, j’imposerai la non mixité, tout du moins en guise d’expérimentation. Quant à l’uniforme je suis très heureux de voir que cette idée fait son chemin. Le principal adjoint de mon école publique y était favorable, mais la principale, horrifiée, a balayé le projet d’un revers de main. C’est pourtant une solution indispensable comme première étape vers la restructuration de l’enseignement.

  2. Quant à la tenue du professeur, j’avoue que depuis plusieurs années, j’ai tendance à porter de plus en plus la veste et la chemise. Elles imposent immédiatement respect et attention de la part des élèves. Plus jeune, je portais le tee shirt ou la chemisette, mais il est en fait indispensable comme le dit si bien l’article de se situer un cran au dessus de l’élève.
    A propos d’uniforme, il est ironique de se dire qu’aujourd’hui, les élèves sont tous en uniforme : pour les garçons survêtement ou jeans taille XXL + Baskets, pour les filles, jeans, petit haut qui se raccourcit avec le printemps et ballerines (insupportables ballerines) qui protègent autant leurs pieds que si elles étaient nu pieds.
    L’exemple venu des clips et du rap n’a pas fini de nous envahir.

    • A propos d’uniforme, il est ironique de se dire qu’aujourd’hui, les élèves sont tous en uniforme : pour les garçons survêtement ou jeans taille XXL + Baskets, pour les filles, jeans, petit haut qui se raccourcit avec le printemps et ballerines (insupportables ballerines) qui protègent autant leurs pieds que si elles étaient nu pieds.

      Et on peut avec malice ajouter que les professeurs en tee-shirt ont eux aussi un uniforme… 😉

  3. Oui, d’accord avec tout ça, mais certains points sont excessifs : maintenant, les élèves s’habillent souvent comme des adultes (regardez les filles de 14/15 ans en talons, qui s’habillent avec de beaux vêtements), alors acheter des vêtements qui se distinguent de ceux des élèves devient de plus en plus difficile, et tout le monde n’a pas les moyens (les profs n’ont pas un gros salaire, surtout quand ils débutent, et quand ils doivent déjà payer la caution, une voiture etc.) de s’acheter autre part que chez camaieu ou h et m juste pour se vêtir autrement que les élèves (qui achètent aussi leurs fringues là-bas)… Et pour les auréoles sous les bras, parfois on n’y peut rien, le professeur est ausi un être humain et malgré le déodorant, avec le stress et l’énergie dépensée à parler devant les élèves et être à l’affut des bavardages et autres perturbations du cours, on peut transpirer, cela ne veut pas dire qu’on ne se lave pas tous les jours hein…

  4. La tenue et le langage du professeur sont en effets des vecteurs sous-estimés d’autorité, dès lors qu’il se place immédiatement au-dessus des élèves, comme c’est bien expliqué dans l’article. Il est vrai qu’un peu plus de rigueur de l’institution envers la tenue des élèves (sans nécessairement imposer un uniforme, mais après tout pourquoi pas ?) serait salutaire. J’ajouterais à cela la ponctualité : un professeur parfaitement ponctuel est tout de suite plus respecté.

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