Témoignage d’une enseignante d’espagnol

« Je suis une future ex prof d’espagnol, titulaire et victime du harcèlement organisé par des élèves de deux classes de troisième, de leurs parents qui m’ont insultée devant les autres professeurs et devant leurs propres enfants. Les événements se sont déroulés dans un collège de centre ville durant l’année scolaire 2012-2013. Le public y est hétérogène. J’avais trois classes de troisième, deux de quatrième et un regroupement des deux troisièmes en classe Européenne. La première classe de troisième ne me causait aucun souci, les quatrièmes non plus. Mais dès octobre 2012, les élèves des deux autres troisièmes et qui se regroupaient dans la classe Européenne se sont alliés ensemble pour ne pas participer en classe, ne pas faire les exercices ni les devoirs sur table. Ce harcèlement sournois s’est déroulé sur toute une année, avec pour seul soutien de l’administration une demande de contrôle de l’inspecteur.

Je suis restée toute l’année malgré leur violence passive et active habilement entretenue avec la complicité (inconsciente ?) des collègues et de la direction, car je pensais qu’il ne fallait pas céder aux caprices des élèves. Pour couronner le tout, deux parents d’élèves, lors d’une réunion parents-professeurs ont dit devant tous les professeurs présents et devant leurs propres filles respectives que la direction n’avait pas de respect pour mon travail et «que je n’aimerais pas en entendre plus sur ce qu’avait dit la direction à mon sujet». Deux familles différentes avec le même discours.

Quand je suis allée voir la direction, pourtant mise en cause elle-même, pour parler de cette phrase, celle-ci m’a simplement dit que rien n’avait été dit à mon sujet, qu’il fallait admettre que j’avais des problèmes d’autorité. Alors que j’étais en train de reprendre le dessus, et que les parents des autres classes étaient ravis de mon approche dynamique en cours.

Je n’ai d’ailleurs eu aucun mot de la part des collègues témoins non plus !

Quelle belle éducation que d’apprendre à lyncher ! Qu’adviendra t’il de ces jeunes qui deviendront un jour des adultes ?

Je suis en colère et déçue également par les syndicats qui trouvent cela finalement normal, puisque j’avais eu des problèmes d’autorité auparavant (grave maladie). Je n’ai perçu aucune indignation. C’est quand même deux insultes à deux reprises en public et ils ne m’ont rien conseillé à ce sujet.

A la fin de l’année, un seul élève est venu avec une rose s’excuser.

Les autres ont finalement eu tous les droits et leur brevet.

Au début du premier trimestre 2013, dès le premier incident,  la direction m’a carrément demandé de partir en congé maladie, tant pis si je perds mes droits, arrivés d’ailleurs à leur fin. Cela fait sept mois maintenant, j’essaie très régulièrement de contacter le rectorat pour trouver une solution : j’ai fait une demande de poste adapté et une autre de reclassement. J’essaie de voir avec la cellule mobilité carrière ce qui pourrait être fait : il n’y a aucune solution pour le moment. Je n’ai aucune réponse.

Malgré tout, je retourne souvent au collège pour raisons administratives, je n’ai pas reparlé de ce qui me fâche, mais je le ferai. En attendant, j’ai besoin de trouver une solution professionnelle.

J’aurais dû porter plainte et je regrette sincèrement de ne pas l’avoir fait. Mais quand on sort d’une maladie, on dirige ses forces sur le travail et non sur la polémique. De plus, à force d’entendre qu’on est fatigué, on ne se sent plus crédible, en conséquence on adopte profil bas, ce qui renforce l’opinion des tiers.

L’Éducation Nationale ne s’intéresse qu’aux apprenants et non au personnel enseignant. »

Une future ex professeur d’Espagnol

5 réflexions sur “Témoignage d’une enseignante d’espagnol

  1. Je confirme ! Maintenant quand un enseignant a des problèmes avec des élèves qu’on n’arrive plus à recadrer, c’est l’enseignant qui devient le problème … C’est grave ! Une élève m’a même accusé à tort de l’avoir violenté. Elle a reçu le soutien de l’administration et même du rectorat qui sont prêts à aller jusqu’à mentir pour couvrir ce genre d »incident », c’est hallucinant et dire que nous sommes censés former la jeunesse de demain. Bonjour les dégâts ! Chacun aura ses actes à assumer en son âme et conscience …

  2. Bonjour

    Je suis aussi professeur d’espagnol depuis 34 ans, je suis adhérente à SOS éducation depuis 8 ans et je souhaiterais entrer en relation avec cette collègue.Pouvez vous lui transmettre mon mail
    merci

    ps j’espère que personne n’ a oublié le suicide de la prof d’espagnol l’an dernier..

  3. Bonjour,

    je souhaiterai apporter tout mon soutien à notre collègue d’espagnol qui souligne effectivement des manquements grave dans notre mission: celle de l’autorité…
    J’ai souvent été prise à partie par mes collègues qui sont dans l’affect avec leurs élèves et jouent au profs copains. Peu entendent que l’on peut fonctionner autrement…
    On ne met pas les élèves au travail parce qu l’on est gentil, qu’on apporte des bonbons etc. Je crois que l’on met les élèves au travail parce que l’on donne un enseignement de qualité et que l’on travaille sur la motivation de l’élève en lui apportant les clés pour réussir (pas d’interro surprise, jamais sans indiquer exactement les révisions à effectuer, pas de dm de recherche mais pour s’entraîner). On peut être « sévère » mais bienveillant!
    Cette société n’accepte pas les règles pour les règles, on est sans cesse obligé de se justifier. J’ai eu un début de carrière difficile car j’enseignais comme on m’avait enseigner: mais les élèves refusaient littéralement les règles imposées. A force de persévérance, j’ai appris à tenir ma classe mais cela demande une énergie incalculable: système de croix et de punition … sans parler des institutions qui ne manquent pas de nous rappeler l’interdiction des lignes et des punitions collectives. En ce qui me concerne, je pense que cette loi fut faite à cause d’enseignants brutaux … Donc pour ne pas déroger à la règle, je m’oblige toujours à faire des punitions éducatives. Au lieu de faire écrire « je ne dois mâcher du chewing-gum en classe. Je donne une photocopie du Bescherelle à la page devoir et je demande de conjuguer cette phrase aux temps indiqués… (Je précise que je suis prof de maths). Et surtout depuis plusieurs années, l’autorité venant de plus en plus naturellement, je ne punis les élèves que sur leurs résultats… et cela est beaucoup plus efficace. Un élève qui a eu une note que je juge trop basse doit recopier la correction par exemple.
    En résumé, je ne suis pas étonnée de ce que notre collègue d’espagnol à subit mais je voulais lui assurer que nous ne sommes pas tous comme ses collègues (peut-être d’ailleurs certains ignoraient la situation) et que cela dépend parfois des établissements , des équipes et des chefs.
    Bon courage à elle!

  4. Bonjour,

    Je suis un étudiant en Licence 2 AES qui envisage de poursuivre, l’année prochaine, en Licence 3 Science Politique ou de Droit public.

    Afin d’avoir une chance d’être sélectionné dans les Masters les plus sélectifs et prestigieux des universités parisiennes, il me faut présenter un dossier convaincant.

    Or les tests d’aptitude linguistique sont un excellent moyen pour valoriser mon dossier. C’est pourquoi j’avais l’intention de passer à partir de septembre 2015 plusieurs tests de langues vivantes étrangères comme le TOEIC, le TOEFL en anglais mais aussi le DELE et le COCEF en espagnol.

    Que pensez vous de cette initiative ?
    Est ce que l’obtention de ces certificats linguistiques peuvent me conférer un avantage concurrentiel majeur par rapport aux autres candidats en Masters ?

    Pour ce qui est du DELE et du COCEF : lequel de ces deux tests est le plus apprécié au sein des universités ? Au sein des écoles de commerce et IEP ?
    Me conseillez vous de passer le DELE au niveau intermédiaire (niveau B1-B2) ou au niveau supérieur (niveau C1-C2) ?

    Je vous remercie d’avance pour vos réponses.

    Cordialement,

    Francis Escob

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